31.12.2008

Écoutez cet homme, il a quelque chose à nous dire..



''Le courage est la première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres.'' Aristote.

''Plus qu'un humoriste, Dieudonné est un humaniste.
Sa dernière ''connerie'' n'est rien à côté de la lâcheté des politiques
devant les spectacles désolants des massacres
dont les images nous parviennent
comme si c'était d'une autre planète.''



Je ne sais pas si vous avez vu dernièrement à Montréal le spectacle de Dieudonné ou ''il fait l'con''..? Génial. Il n'est question de Palestine que vers la fin ou tout d'un coup, on ne rit pas, on ne rit plus. Ce n'est plus de l'humour, c'est de la poésie. Un magnifique slam qui révèle un autre aspect du talent de Dieudonné. Un touchant poème, dit sur une guitare manouche avec l'accent de son ami Nougarou. Plus qu'un amuseur public, c'est un poète sensible au sort de ses semblables. Dans ce même spectacle, il est aussi question d'un autre peuple qui n'occupe aucune place dans nos médias. Un peuple sans pétrole, sans territoire précis, qui ne fait l'objet d'aucun intérêt géostratégique: Les pygmées et leur souffrance totalement oubliée.

Ce qui ulcère Dieudonné et il n'est pas le seul, c'est de voir que la seule souffrance qui attire le soutien et l'appui réel des gouvernants et des grands médias est la souffrance juive. Depuis la deuxième guerre, il y'a eu dans le monde l'équivalent d'au moins trois guerres mondiales en terme de pertes humaines et de massacres. Je ne parle pas des pertes dues aux tsunamis et autres catastrophes naturelles. Il est quand-même incroyable qu'Israël et ses sionistes soient les seuls à bénéficier politiquement et financièrement d'un soutien ferme et constant des puissances occidentales, malgré l'appui des opinions publiques à la cause palestinienne. ''Israël a droit à se protéger'', c'est le refrain des Sarkozy, Harper, Bush et bientôt Obama.. À la première Intifada, il y a plus de 20 ans, j'avais cru réellement que c'était le début de la fin de la souffrance palestinienne. Quelques juifs de Montréal, qui ont fait partie des manifestants dernièrement contre le siège de Gaza, le croyaient aussi.

Quand les condamnations de millions de gens dans le monde face aux politiques d'Israël (incluant des juifs de bonne conscience) ne suffisent pas, quand toutes les sonnetes d'alarme sur le conflit du Moyen Orient ne change rien à la situation des assiégés, alors que faire..? Que faire avec une telle impuissance et face à un tel mépris..?

Que faire quand une souffrance fait ombrage à toutes les autres..? La moindre des choses, c'est peut-être de se poser des questions et les exprimer publiquement au risque même de se tromper, au risque de provoquer. Dieudonné, lui, il a choisi de mettre sa personne et sa notoriété au profit d'une cause. Brouiller les pistes de la pensée unique. Les pistes du prêts à penser. D'ailleurs nous le faisons tous sur bien d'autres sujets: Remettre en question. Pourquoi faire exception dès qu'il s'agit d'Israël et de l'histoire qui a aboutit à sa naissance..?

En défendant les palestiniens, Dieudonné défend tous les damnés de la terre. Ce sont eux qu'il perçoit comme plus grand que lui, plus grand que son succès et sa carrière. Plus qu'un humoriste, Dieudonné est un humaniste. Sa dernière ''connerie'' n'est rien à côté de la lâcheté des politiques devant les spectacles désolants des massacres dont les images nous parviennent comme si c'était d'une autre planète. En prenant le risque d'être poursuivi et peut-être aller en prison, Dieudonné a voulu opposer une petite manipulation médiatique à une beaucoup plus grande et plus aliénante. Celle qui entretient savamment nos silences et notre impuissance. Oui, il aurait pu trouver mieux que de faire appel à un révisionniste vue le contexte particulier de la France et son rôle dans la déportation des juifs vers la mort. Il a voulu probablement faire goûter aux faiseurs d'opinions leur propre médecine. Apparemment, ça marche.

Dieudonné a fait sa dernière ''connerie'' le même soir ou un autre massacre a eu lieu à Gaza, le 26 décembre dernier. Presque 400 morts, des centaines de blessés. Dieudonné porte le drame palestinien en lui comme une profonde blessure. À l'impuissance que Dieudo ressent, comme beaucoup parmi nous, devant la tragédie palestinienne, que peut-il faire ? Quand il ne fait pas un slam, Dieudonné provoque! Ce soir du 26 décembre, au Zénith de Paris, devant 5500 spectateurs, il a fait les deux. Juste après son slam ''Palestine'', il a provoqué avec Jean-Marie Lepen comme témoin parmi la foule.. !!

Pour qui sait lire entre les lignes, le plan de Dieudo est clair. Manipuler les manipulateurs, c'est à dire une grande partie des médias. Manipuler, voir troubler ceux qui nous manipulent. Faire goûter un peu d'impuissance à ceux qui s'activent à nous rendre impuissants. Voilà pourquoi il a invité Robert Faurisson, qui se dit ''révisionniste contre les affirmationistes'', à monter sur scène pour lui donner le prix de ''l'infrenquentabilité et de l'insolence''. Oui, c'est un scandale, mais Dieudonné savait bien ce qu'il faisait. Je le répète: Brouiller les pistes de la pensée unique.

À son dernier passage chez les Souverains anonymes, le discours de Dieudo était clair. L'élection d'Obama est un spectacle hollywoodien. Ça ne l'impressionne nullement. Les nominations qu'Obama vient de faire pour former son cabinet lui donnent déjà raison. Un cabinet clairement pro-sioniste. Dieudonné sait qu'Obama ne fera jamais traduire Bush devant le tribunal international pour crime contre l'humanité. Il sait qu'Obama ne fera que détourner la machine de guerre de l'Irak en Afghanistan. Obama déçoit déjà avant même le début de son mandat. Mine de rien, le 44 me président des États-unis d'Amérique poursuit le chemin que ses prédécesseurs ont tracé.

Pour quelqu'un qui a promis le changement à ceux qui espéraient que ça change, observez bien le parcours de chaque membre de son nouveau cabinet et vous y verrez déjà de la haute provocation, de l'incroyable manipulation. De l'indécence. Israël a vu dans le nouveau cabinet d'Obama un feu vert pour poursuivre le siège de Gaza dont nous sommes des impuissants spectateurs. Avec Obama, la machine de guerre n'arrêtera pas. Il paraît qu'en temps de grande crise, une guerre c'est toujours rentable..

En écoutant cette rencontre de Dieudo avec les Souverains on comprend pourquoi il a agit ainsi. Devant l'injustice des plus forts, que restent-ils aux plus faibles comme arme..? La libre expression dans l'humour, la dérision, l'absurde, le rire et parfois de la provocation. Poliquin aurait dit ''Vous n'êtes pas tannés de mourir bande de caves..''.

La rencontre de Dieudo avec les Souverains a été réalisé le 5 novembre 2008, au lendemain de l'élection d'Obama. Les Souverains célébraient ''l'élection d'un représentant de la forêt comme Président du monde'', mais Dieudonné ne partageait pas cette joie et il a bien expliqué à ses frères Souverains pourquoi il y a pas de quoi célébrer. ''Peut-on fêter au moins deux jours?'', ''D'accord, mais pas plus..!''. Je crains que le temps ne donnera encore davantage raison à Dieudonné quand les boys seront plus nombreux sur le territoire afghan.

Je conclue sur un extrait du mot de la fin de la rencontre entre Dieudonné et les Souverains anonymes:

''Dieudonné. On a déjà entendu certaines personnes à la télévision française dire que Dieudonné n’était plus un homme fréquentable. Moi et mes amis Souverains, nous sommes fiers de t’avoir fréquenté aujourd’hui. Personnellement, je n’ai jamais vu dans ton humour, aussi décapant soit-il, la moindre haine pour les juifs. Ben Soussan est mon nom d’artiste, je ne crois pas que j’ai à justifier mon amour pour les juifs. Ma douleur devant les six millions de victimes juifs de la Choa, je la vis en silence. J’aimerais qu’ils reposent en paix. Tout comme les millions d’esclaves noirs d’Afriques. Instrumentaliser la mémoire des victimes pour des fins idéologiques me paraît une chose indécente pour ne pas dire criminelle. Ceci dit le devoir de mémoire est important. Et c’est important de faire la nuance entre devoir de mémoire et instrumentalisation idéologique. Par exemple, à cet instant, j’ai une pensée pour ces deux jumelles pygmées décédées quelques semaines après leur naissance. Elles représentaient l’espoir de la survie d’un peuple menacé. Ton spectacle ‘’J’ai fais l’con’’, c’est ta façon d’entretenir cet espoir, celui des pygmées, celui des palestiniens et de tous les damnés de la terre. Mon cher Dieudonné, ça a été un plaisir de te recevoir à notre émission. J’admire ta résistance devant certains lobbies et certaines corporations, ça me rappelle ma propre résistance quand j’ai fais la grève de la fin en 2003 pendant 10 jours avant d’obtenir mon droit à mon alimentation Halal. Dans n’importe quelle résistance, il faut savoir patienter. Dieudonné.. Continue à faire le con sur scène. J’espère aller te voir un jour, peut-être au Stade de France après ton passage au Zénith de Paris. Je suis libéré dans quelques jours. C’est ma dernière émission à Souverains anonymes, tu as été mon cadeau de départ..''

http://www.souverains.qc.ca/ardieudo.html

Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur de l'émission
Souverains anonymes avec les détenus
de la prison de Bordeaux..

06.12.2008

Les bébés Lala de la démocratie.


''La pire des démocraties est de loin préférable à la meilleure des dictatures..''
Ruy Barbosa.


À chaque fois qu'une personnalité publique déclare publiquement qu'il n'irait pas voter, j'ai envie de hurler. Je pense à tous ceux et celles qui ont sacrifié leur vie pour que la démocratie triomphe. Pour qu'elle passe d'une main à l'autre tel un flambeau qu'il faut garder allumé quoi qu'il arrive. Déclarer publiquement que ''je n'irais pas voter'' c'est une insulte à la mémoire des anciens. Une insulte envers ceux et celles qui mènent actuellement un combat quotidien pour introduire et cultiver la démocratie dans leur pays. Des milliers d'hommes et de femmes croupissent dans des oubliettes avec le sentiment du devoir accompli. Ils croient fermement que c'est le prix à payer pour que leurs concitoyens puissent un jour jouir du droit de vote.

Sur l'échelle mondiale, la démocratie demeure encore un privilège qu'apparemment certains gâtés des démocraties occidentales ne savent pas apprécier.

Quelque soit les arguments qu'ils avancent pour justifier leur décision de ne pas aller voter, ces personnalités publiques oublient que, même dans les régimes démocratiques, la démocratie est toujours en construction. Voter en grand nombre est un moyen parmi d'autres pour contribuer à son évolution. Le philosophe français Jacques Dérida dit ''Être démocrate, ce serait agir en reconnaissant que nous ne vivons jamais dans une société assez démocratique''.

Quand au cynisme des citoyens envers la classe politique, ils en sont eux-mêmes en grande partie responsables. Les politiciens ne sont pas des extra-terrestres. Ils sont le miroir de ce que nous sommes. Ne pas aller voter c'est se renier soi-même. C'est lâche.

Faire le procès de la classe politique est devenu un sport facile auquel participent aisément certaines personnalités publiques. Racoleurs! Et si on faisait plutôt le procès de l'opinion publique ? Quand j'entends ces personnalités, telle que Marie-France Bazzo (dans sa dernière chronique au Journal de Montréal), parler ''des hommes et des femmes, des gens ordinaires'' qui seraient ''tannés de campagnes à répétition'', donc victimes de démagogie et de manipulation politique, je les trouve tout aussi démagogiques que certains politiciens. Et si les médias faisaient leur propre examen de conscience pour évaluer à quel point sont-ils responsables du cynisme débordant de l'opinion publique. Quand est-ce qu'une personnalité médiatique telle que Marie-France Bazzo fera-t-elle le lien entre le faible taux de participation au vote et les discours des médias sur la politique..?

Au lieu de contribuer au cynisme par le cynisme, ces personnalités publiques devraient jouir de leur notoriété pour faire de l'éducation populaire. Qu'elles exigent de nos médias de donner de la place à d'autres formes d'analyses politiques. Pourquoi invite-t-on toujours les mêmes analystes qui nous parlent plus de politiciens que de politique..? Plus des jeux de coulisses que d'enjeux réels. Oui les politiciens font des spectacles politiques à coup de clips parce qu'ils savent que la bataille de l'opinion publique passe par des médias avides de spectacles, de scoop et de sensations qui augmentent leur côte d'écoute. Faire la politique autrement c'est aussi l'exposer autrement. Qui parmi ces personnalités publiques va oser dénoncer le rapport incestueux entre politique et médias..?

Oui, je vais aller voter le 8 décembre et j'invite tous mes concitoyens de ne pas entendre les mauvaises langues. Ceci dit, je les invite aussi à faire de la politique leur affaire. Entre deux élections, ils ont d'autres moyens pour former l'opposition parallèle, celle qui a fait avorter le projet du Suroît, le financement à 100% de l'école juive et la vente du Mont-Orford aux intérêts privés. Celle qui, mine de rien, s'avère parfois plus efficace que l'opposition officielle. Mais quelque soit sa forme, directe ou participative, la démocratie doit user de tous les moyens à sa disposition pour redonner sens au pouvoir du peuple par le peuple.

Oui, j'irai voter le 8 décembre en ayant une pensée particulière pour un homme. Je l'avais croisé le 14 avril 2003 dans un bureau de scrutin à Montréal. Il faisait la file et attendait son tour pour exercer son droit de vote. Cet homme avait une larme à l'œil. Très ému de savoir qu'il allait voter pour la première fois de sa vie, il me racontait qu'au pays d'où il venait, la seule fois où il avait failli voter, une vague de violence l'avait empêché de sortir de chez lui.

Je ne sais pas pour qui il avait voté, mais ce 14 avril 2003, c'était de toute évidence son premier rendez-vous avec la démocratie, avec la liberté.

Le 8 décembre, je vais me joindre à cet homme parce que la santé que nous sommes nombreux à vouloir améliorer au Québec est aussi celle de la démocratie québécoise. Et ce n'est pas en n'allant pas voter qu'on y arrivera.


Mohamed Lotfi

20.10.2008

Aider Haïti: Passer de la parole aux actes.

Monsieur Harper,

Dans votre discours d'accueil prononcé, le 17 octobre dernier, devant 69 délégations et chefs d'États participants au Sommet de la Francophonie à Québec, j'ai retenu ces quelques phrases à propos d'Haïti: ''Notre solidarité envers ce pays est plus que jamais nécessaire. Haïti est le plus important bénéficiaire d'aide au developpement à long terme du Canada''.


Pour votre information, Monsieur le Premier Ministre, le Canada continue à renvoyer à leur pays d'origine des ressortissants haïtiens dont la plus part sont arrivés très jeunes au Canada. En quoi le pays que vous dirigez peut-il prétendre être solidaire avec Haïti en lui renvoyant des hommes dont la précarité et la vulnérabilité ne feront qu'aggraver l'instabilité du pays? En quoi le Canada peut-il restaurer l'État de droit en Haïti en lui renvoyant des hommes dont plusieurs, pour survivre à leur sort, n'ont d'autre choix que de se joindre à des groupes criminalisés?

J'ai déjà réalisé pour Radio-Canada deux documentaires radiophoniques sur la situation des déportés haïtiens. J'ai été envoyé en 2002 comme journaliste à Port-au-prince pour obeserver et rapporter leur réalité. Deux déportés du Québec m'avaient conduit au grand cimetière de la capitale haïtienne pour lire sur plusieurs tombes les noms de quelques hommes que j'avais connus à Montréal. Comment le Canada qui prétend défendre les droits de l'homme peut-il réserver à des hommes qui ont été longtemps sous sa responsabilité, un destin aussi tragique?

Même si les déportations touchent des ressortissants de plusieurs origines, celles qui touchent des membres de la communauté haïtienne méritent qu'on s'y arrête. Il y a présentement au Canada et surtout au Québec, plusieurs haïtiens qui n’ont pas la nationalité canadienne même s’ils sont arrivés enfants au pays. Parmi eux, certains ont commis, comme tant d'autres jeunes, pendant leur adolescence des actes criminels ce qui les a rendu indésirables aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration. Ils sont donc condamnés à la déportation en Haïti après avoir purgé leurs peines au Canada.

Monsieur le Premier Ministre, des témoignages d'une vingtaine de déportés que j'avais rencontrés à Port-au-prince, je vous transmet l'essentiel de leurs arguments en espérant que cela vous rend sensible au sort de ceux que le Canada envisage expulser dans les prochains mois:

1- Nous sommes arrivés jeunes au Canada. C'est là que nous avons grandi et c'est là que nous avons appris le crime. Donc, c'est au Canada que nous devons être réhabilités et réinsérés dans la société.
2- Nous avons au Canada une famille et des enfants dont nous avons été séparés. Ne trouvez-vous pas ça injuste pour nos enfants d'être séparés de leurs pères. Quand on sait le rôle négatif que peut jouer l'absence du père dans l'éducation d'un enfant.
3- Nous considérons que nous payons le prix de la négligence de nos parents. Ce sont eux qui n'ont pas rempli les formalités nécessaires pour l'obtention de notre nationalité canadienne. Notre vrai crime, c'est d'être les enfants de parents négligents.
4- Nous sommes déportés dans un pays où le taux de chômage dépasse les 80%, la pauvreté touche 90% de la population. La situation politique et sociale est très instable depuis le départ du Duvalier en 1986. Haïti n'est pas encore un pays assez organisé ni assez sécuritaire pour nous assurer un nouveau départ dans la vie.
5- Après avoir vécu toute une vie au Canada, on nous dit finalement que nous ne sommes pas canadiens. Déportés en Haïti, la population nous juge indignes d'être haïtiens. Si nous ne sommes ni canadiens, ni haïtiens, que sommes-nous..?
J'apporte à votre connaissance Monsieur Harper, qu'au Canada on ne déporte un contrevenant qu'à la fin de sa peine ce qui lui donne le sentiment de subir une double peine surtout quand la destination des déportés s'appelle Haïti.
La déportation des ressortissants haïtiens soulève des questions qui méritent un débat sérieux auprès de vos collègues de la Chambre des Communes:

Une personne qui arrive jeune au Canada devrait-il être jugée pour sa déportation au même titre que celui qui arrive à un âge adulte ? Beaucoup d'immigrants ayant un dossier criminel ne seront jamais déportés parce qu'ils ont obtenu leur nationalité canadienne et pourtant la plus part sont arrivés à un âge adulte. Quand on sait que certains ont choisi le Canada comme refuge après avoir commis des crimes contre l'humanité!

Quel est le vrai drame d'un déporté haïtien? Celui d'avoir un dossier criminel au Canada sans avoir la nationalité canadienne ou celui d'être né en Haïti..? Légalement le Canada a le droit de déporter des criminels qui n'ont pas la nationalité canadienne. On peut se poser néanmoins la question: Est-il moralement acceptable que les autorités canadiennes renvoient des personnes qui ont grandi et construit leur identité au Canada sachant pertinement que le pays où ils sont expulsés est aussi instable comme c'est le cas d'Haïti?

Si les autorités d’Immigration Canada ne font qu’appliquer la loi en renvoyant ces jeunes à leurs pays d’origine, cette mesure a été suspendue, par orde du gouvernement canadien, dans le cas des ressortissants haïtiens durant la période qui a suivi le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986 jusqu’au retour d’exil du Président Jean-Bertrand Aristide en 1995. Mais la situation sociale et politique en Haïti n’est pas toujours stable et la formation d’une police haïtienne par le Canada n’a aucunement amélioré la sécurité. Sans oublier que ces dernières années la nature n'a pas ménagé ce pays suite aux ouragans qui ont fait des milliers de morts et détruit le peu d'infrastructure de certaines régions.

Monsieur Harper, la politique de déportation de votre gouvernement envoie le message que le Canada n’est pas un pays ouvert à tous. Encore moins aux criminels de ce monde. Message destiné à rassurer une partie de l’opinion publique mais nous savons que la politique de déportation n’a jamais contribué à faire baisser le taux de criminalité au Canada. Notez bien que dans le cas de la plupart des déportés Haïtiens, c'est au Canada qu'ils ont été inités à la criminalité. Les déportés qui ont grandi et construit leur identité au Canada, payent trop cher le prix de l'obsession sécuritaire du gouvernement canadien et tous les dérapages qu'elle produit depuis le 11 septembre 2001.

Si vous désirez réellement que le Canada contribue au developpement d'Haïti, procédez SVP dès maintenant à rétablir le moratoire sur la déportation de tous les ressortissants haïtiens ayant un dossier criminel. Vous rendrez un meilleur service au Canada et à Haïti si vous choisissez comme alternative à la déportation, des programmes de réinsertion sociale.

Monsieur Harper, je vous demande en tant que canadien de donner à votre discours d'accueil prononcé devant plusieurs chefs d'États de la francophonique dont la Gouverneure générale du Canada, le sens de la cohérence. Notre solidarité envers Haïti ainsi que notre aide pour son developpement n'auront de sens que si votre gouvernement cesse dès maintenant de corriger une erreur par une autre erreur.

Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.

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Il neige pas à Port-au-Prince

« C'est ici que j'ai grandi, c’est ici que j’ai appris à voler, donc c’est ici que je dois changer… ». Plusieurs fois j'ai entendu ce genre de paroles, la première fois par Jean Wilder, quelques semaines avant sa déportation en Haïti, au printemps 1998 et la dernière fois par Carl Jean-Batiste déporté en mai 2001. À partir de 1997, je suis devenu le témoin impuissant de la souffrance de ces hommes considérés, du jour au lendemain, persona non grata aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration. « Tu commets un crime, tu n’as pas la nationalité canadienne, tu retournes là où tu es né » Ainsi le veut cette loi qui ne prévoit aucune exception pour les immigrés arrivés très jeunes, ceux qui ont grandi et construit leur identité au Canada.

Si c’est au Canada que Jean Wilder et Carl Jean-Batiste ont appris à voler, selon la logique d'Immigration Canada, c’est dans leur pays d’origine qu’ils doivent payer le prix de leur crime. Quelle punition plus sévère peut-on donner à un criminel d’origine haïtienne, quand on sait qu’Haïti est un des pays les moins stables politiquement et socialement ? Qu’est-ce que Jean, Carl, Jimmy et les autres peuvent faire dans un pays où 90 % de la population est pauvre et où le taux de chômage atteint 80 %? Qu’arrivera t-il par exemple à Carl, loin de sa femme (québécoise) et de ses deux enfants restés au Québec? Les autorités canadiennes ne savent-elles pas qu'en Haïti les déportés sont très mal acceptés de la population et des forces policières?

C'est quand j'ai appris la mort tragique en 1999 d'un déporté que toutes ces questions ont pris un sens plus grave. Il a été trouvé assassiné dans la rue à Port-au-Prince. On ne connaît pas les circonstances de sa mort. À son arrivée, il ne connaissait personne au pays. Il avait 37 ans, il avait vécu 23 ans au Québec, père de trois enfants, tous nés au Canada.

Et pourtant, on ne peut pas mettre sur le même niveau la déportation d’une personne arrivée très jeune au pays et une autre qui est immigrante seulement depuis quelques années. On devrait juger avec plus de nuances celui dont le profil criminel trouve ses racines dans sa terre d’accueil.

De tous les déportés haïtiens que j'ai connus, Jimmy est celui qui n'arrivait pas à croire à sa déportation, c'est pourquoi il est revenu illégalement au Canada après avoir été expulsé deux fois. Il me disait : « Mon pays c'est l'hiver. Il neige pas à Port-au-Prince ». Il a été déporté pour la troisième fois, laissant derrière lui deux anfants âgés maintenant de 6 et 5 ans.


Mohamed Lotfi

13.09.2008

L'art de ne pas se faire avoir.

Si la politique, d'après Paul Valéry, c'est l'art de se servir des gens, ça serait peut-être aux gens de servir de la politique pour faire de l'art. L'art de ne pas se faire avoir.

Quand le 21 avril 2002, Jean-Marie Lepen a été qualifié au second tour des élections présidentielles en France, 82% des électeurs français, de différents courants politiques, se sont mobilisés au second tour pour voter contre l'extrême droite. Des manifestations de masse avaient eu lieu tous les jours exprimant l'opposition populaire à la politique d'extrême-droite de Le Pen. Devant une telle mobilisation, les chefs des autres partis, les communistes, les socialistes et les verts, ont appelé à voter pour Chirac. Dans le Journal Libération, Daniel Cohn-Bendit avait qualifié la nécessité de voter pour le candidat de droite de ''super mensonge ludique''.

Chez nous, malgré le danger réel que représente la réélection du parti conservateur en gouvernement majoritaire, apparemment rien ne laisse présager que les autres partis politiques vont constituer en pleine campagne électorale un front anti-Harper. Le NPD ne se ralliera jamais au parti libéral et le Bloc ne cédera jamais la place au NPD. Et pourtant, nous avons au Canada, et particulièrement au Québec, une plus forte raison pour imiter les français, puisque notre extrême droite est déjà au pouvoir depuis deux ans et demie. Et nous savons maintenant concrètement de quoi elle est capable.

La division de la gauche a grandement contribué aux succès de la droite partout dans les démocraties occidentales. La montée spectaculaire de l'ADQ en 2007 et l'élection du parti conservateur en 2006 sont révélateurs de la faiblesse de la gauche et de son incapacité à former une coalition forte et solidaire. La menace d'un gouvernement majoritaire formé par le parti conservateur va-t-elle mettre fin à cette division?

À défaut de compter sur une coalition Bloc-NPD avec le parti libéral, le seul front capable d'empêcher Harper et son parti d'être réélus demeure celui des voix progressistes. Les objecteurs de conscience devraient s'exprimer haut et fort à l'intérieur et en dehors des partis politiques, pour réhabiliter une certaine conscience canadienne, celle fondée sur la justice sociale, les droits de l'homme, la promotion de la paix, le soutien à la culture et la protection de l'environnement. Des valeurs qui placent le Canada parmi les pays les plus modernes attirant chaque année des milliers d'immigrants. Des valeurs pour lesquelles le parti conservateur a démontré clairement son total mépris.

Durant son premier mandat, Harper et son gouvernement conservateur ont coupé dans le financement aux organismes d'aide à la condition féminine. Ils ont remis en question, avec leur projet de loi C-484, le droit à l'avortement. Ils ont consacré 15 milliards à l'armement. Ils ont voté contre l'adoption de la Déclaration des droits des peuples autochtones. Ils ont enfoncé le Canada en Afghanistan dans une guerre coûteuse, inutile et dont personne ne prédit la fin. Ils ont écarté toute possibilité pour le Canada d'adhérer aux objectifs de Kyoto. Ils ont coupé dans les programmes d'aide à la culture. Ils ont essayé de museler les journalistes de la Chambre des communes. Ils ont modifié la loi pour que les jeunes contrevenants de 14 ans reçoivent des peines pour adultes et ce malgré l'opposition de la cour suprême. Ils ont refusé de rapatrier un jeune canadien de l'enfer de Guantanamo lui enlevant toute possibilité d'être jugé au Canada dans un procès juste et équitable. En quoi ces actions et ces mesures du gouvernement conservateur correspondent aux valeurs canadiennes?

Quand Stephen Harper nous dit avec ironie qu'il se contenterait d'un autre gouvernement minoritaire, c'est parce qu'il sait lui-même à quel point les canadiens et particulièrement les québécois ne peuvent adhérer totalement aux valeurs de son parti. Des valeurs propres à une idéologie d'extrême droite que Harper essayent de camoufler derrière l'image d'un père aimant et un homme touché par la mort de jeunes soldats. ''J'ai pleuré'' a t-il dit aux journalistes pour parler des premiers soldats morts en Afghanistan.

Aucun de ces journalistes n'a osé demander à Harper quelle genre d'émotion avait-il ressenti face aux images d'un jeune canadien en détresse, détenu à Guantanamo depuis 2002. Apparemment les journalistes, ainsi que les autres partis politiques, ne considèrent pas l'affaire Omar Khadr comme un enjeux électoral. Quelle voix sera assez courageuse pour rappeler que l'affaire Omar Khadr, c'est notre affaire à tous. Une affaire de respect. Le respect du droit, le respect des droits de l'enfant et le respect des conventions internationales dont le Canada est signataire interdisant le recrutement et l’utilisation des enfants soldats. À nous de nous servir de la politique pour faire du respect de la dignité humaine un enjeu électoral.

Certains pensent que voter contre ou voter stratégique n'est pas la meilleure façon de servir la démocratie. Mais l'histoire nous enseigne que la démocratie est souvent une affaire d'ironie. Les présidentielles de 2002 en France est un parfait exemple. Des millions de français ont marché sur leur orgueil en votant pour un candidat qui n'était nullement leur préféré. Ils l'ont fait pour une bonne cause. Pour combattre la résignation.

Résignation, une pilule au goût amer que des sondeurs, des analystes et beaucoup de journalistes essayent de nous faire avaler pour supporter, selon eux, l'inévitable réélection du parti conservateur. Comme si l'histoire était écrite d'avance. Comme si Harper était un ouragan contre lequel on ne pouvait rien. Comme si les citoyens n'avaient plus leur mot à dire. Comme si aucune alternative aux conservateurs n'était possible. Et comme si le vent de changement et d'optimisme qui règne aux États-Unis ne pouvait pas nous inspirer.

Quel que soit le parti pour lequel vous envisagez voter le 14 octobre prochain, il serait peut-être pertinent de vous demander simplement si votre vote, pour votre candidat ou votre parti préféré, ne favorise pas indirectement l'élection d'un parti qui ne vous ressemble pas.

Une autre façon de mieux orienter votre vote, serait de faire partie d'un groupe d'électeurs échangistes anti-Harper. D'après Radio-Canada, cette nouvelle façon de voter a été initiée par un internaute de Hamilton en Ontario. Dans le cadre d'un réseau d'amis sur facebook, de plus en plus de citoyens canadiens envisagent voter de la façon suivante: ''Si par exemple un électeur néo-démocrate vit dans une circonscription où il est possible pour le parti libéral de battre les conservateurs, il peut proposer de voter libéral et, en échange, un autre internaute votera NPD dans une autre circonscription''.

Aussi stratégique, pour ne pas dire ludique, soit-il, votre vote doit tenir compte de la menace que représente la réélection d'un gouvernement conservateur, qu'il soit minoritaire ou majoritaire. C'est votre droit d'exercez votre art de ne pas vous faire avoir...


Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio

18.07.2008

Lettre à Michaëlle Jean.

Humaniser le sort d'Omar Khader.

Madame la Gouverneure Générale,

Au moment ou j'écris ces lignes, le Premier Ministre du Canada demeure obstiné et imperturbable devant les images de l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents de la SCRS. Aucune demande de son rapatriement n'est encore envisagée.

Comme des milliers de canadiens, je viens de signer la pétition d'Amnistie Internationale demandant urgemment à Stephen Harper de rapatrier le jeune Omar Khadr de l'oubliette américaine Guantánamo bay. Mais c'est sur vous Madame la Gouverneure Générale, que j'ose compter pour faire quelque chose.

Le Premier Ministre du Canada, selon son site web, a déjà démontré une plus grande sensibilité pour des chats et des chiens abandonnés, que pour un humain qui croupit dans une oubliette américaine. Comme tout le monde sait, Guantánamo bay a été déclaré comme illégal par la cour suprême des États unis. Il ne répond à aucun critère des conventions internationales encore moins à la Convention internationale des droits de l'enfant dont le Canada est signataire.

Le comportement du Gouvernement canadien dans l'affaire Kadhr depuis son arrestation en 2002 illustre grandement le recul de notre pays sur le plan du respect des droits de la personne. Si Omar Kadhr n'est pas rapatrié dans les prochains jours, c'est la réputation internationale de ce pays dont vous êtes le chef qui en souffrira. Déjà des milliers d’immigrants canadiens comme vous et moi, se demandent ce qui arrive à ce pays qu’ils ont choisi pour fuir justement le genre de calvaire qu’Omar Kadhr est en train de vivre.

En tant que Gouverneure Générale du Canada, demander officiellement au Premier ministre de rapatrier le jeune Omar Khadr pour être jugé selon nos lois, dans le contexte d'après 11 septembre, c'est un geste nécessaire pour rétablir dans ce pays certaines notions de respect de la dignité humaine:

1- Le respect du droit. Permettre à un citoyen canadien un procès juste et équitable.
2- Le respect des droits de l'enfant. Le Canada est signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant.
3- Le respect des protocoles et conventions internationaux (dont le Canada est signataire) interdisant le recrutement et l’utilisation des enfants soldats.

Avant la diffusion des images de l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents canadiens, cette affaire a dû sûrement vous interpeller à plusieurs niveaux: En tant que mère d'abord, en tant que citoyenne et aussi en tant Gouverneure Générale de tous les canadiens.

À plusieurs reprises j'ai été témoin de vos efforts, souvent loin des caméras, pour appuyer des initiatives citoyennes qui vont dans le sens de la mission que vous vous êtes donnée, celle de l’humanisation de l'humanité. Vous êtes allés, là où aucun Gouverneur Général avant vous n'est jamais allé. À la rencontre des jeunes marginalisés, des femmes victimes de violence conjugale, des communautés autochtones isolées. À deux reprises, vous avez rendu visite à des personnes incarcérées pour appuyer leurs efforts de réinsertion. Apparemment, les médias n'attachent pas une grande importance à cet aspect de votre mission, mais j'ose imaginer que c'est essentiellement pour cet aspect là que vous avez accepté d'occuper le poste de Gouverneure générale.

Une occasion historique se présente à vous Madame Jean pour accomplir une autre action plus grande que l'institution que vous représentez. Porter assistance à un jeune canadien en danger. En tant que Gouverneure Générale de tous les canadiens, vous avez le devoir moral d'intervenir officiellement pour demander au Premier Ministre du Canada de rapatrier Omar Khadr.

Le 12 août 2005, dans les pages du journal le Devoir j'avais publié un texte de soutien à votre nomination en le concluant par ces mots: ''Ma conviction, c'est que pour une fois, le passage d'une femme noire à la tête d'une des plus grandes institutions du pays sera pour une mission plus grande que l'institution elle-même..''.

Si vous considérez que l’objet de ma demande ne relève pas de vos fonctions de Gouverneure Générale, faîtes-le alors comme citoyenne de ce pays qui a une occasion privilégiée pour réparer une grave erreur. Toutes les bonnes actions que vous avez accompli jusqu’à maintenant pour contribuer à l’humanisation de l’humanité, prendront réellement leur sens en intervenant pour sauver le jeune Omar de l’injustice américaine.

Si le Premier Ministre du Canada ne répond pas à votre demande, je vous laisse juger de la pertinence de votre démission. Avant vous, aucun Gouverneur Général n'a jamais démissionné de son poste pour protester contre certaine politique du Gouvernement. À vous de juger si une éventuelle démission participera à cette humanisation de l’humanité.

Dans le même texte de soutien à votre nomination, j'avais écris aussi:

''Naturellement, si l'institution qu'elle s'apprête à représenter lui enlève toute liberté d'opinion, si elle exige d'elle uniquement la promotion de l'unité canadienne, et si finalement son combat au poste de gouverneure générale n'apporte rien ni à la dignité ni à la souveraineté de personne, je m'attends d'elle et de son mari à ce qu'ils se retirent honorablement. L'histoire lui dira alors deux fois bravo''.


Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.

Des femmes de passage à Oukacha

Pour Saïda Fikri c'est un vieux rêve qui se réalisait, celui de vivre un moment d'échange et de partage avec des personnes incarcérées. C'est donc sans hésitation que l'auteure compositeure intérprète marocaine a accepté de rencontrer des femmes détenues du Centre de détention Oukacha à Casablanca. C'était le vendredi 27 juin 2008.


Cette rencontre a été aussi une première expérience radiophonique dans un Centre de détention marocain réunissant une artiste et des femmes qui ont tant de choses à dire et à chanter.. Cette rencontre s'est déroulée dans une ambiance de fête, de joie, d'humour et de musique.

Depuis 2002, la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus a pour mission l'humanisation des centres de détentions marocains en établissant des programmes éducatifs, socio-culturels et de formation professionnelle. Le Roi Mohammed VI, qui est aussi le Président du Conseil d'administration de la Fondation, en six ans, il s'est rendu 25 fois à plusieurs centres de détention à travers le Maroc pour inaugurer différents programmes de réinsertion. Dans les bureaux de la Fondation on nous a présenté, à Saïda et moi, des oeuvres d'art signées par des détenus ainsi que des objets d'artisanat de grande qualité, fabriqués dans le cadre de différents ateliers de formation professionnelle.


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Depuis 1990, je réalise l'émission Souverains anonymes à l'Établissement de Détention de Montréal.
Mais c'est la première fois que j'ai l'honneur et le plaisir de réaliser dans mon pays d'origine une rencontre radiophonique derrière les murs d'une prison. Cela a été possible grâce à la grande collaboration de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et avec l'autorisation de l'administration pénitentiaire.

En 1995, deux ministres québécois étaient venus inaugurer un nouveau studio de radio et de télévision à l'Établissement de Détention de Montréal pour le programme Souverains anonymes. À cette occasion, je me rappelle avoir dis que je venais d'un pays où lorsqu'une personne entre en prison, ce n'était pas pour faire de la radio, encore moins de la télé, mais pour faire son temps..

Comparées à une autre époque de l'histoire récente du Maroc, force est de constater que les choses dans les prisons marocaines sont en train de changer réellement. Une évolution spéctaculaire a eu lieu en quelques années. En préparant cette rencontre radiophonique, j'ai eu l'occasion de visiter deux écoles de métiers, une pour hommes et l'autre pour femmes, installées au coeur même du Centre de Détention Oukacha. J'ai même assisté à un atelier de musique offerts aux jeunes. Plusieurs détenus bénéficient de cours de musique donnés bénévolement par des professeurs du conservatoire municipal. On m'a parlé aussi de pièces de théâtre qui ont été écrites, mises en scène et jouées entièrement par des détenus devant le public en dehors de la prison.

Dans la rencontre avec Saïda Fikri, Nadia et Salma, deux résidentes de Oukacha ont évoqué leur initiation à l'expérience théâtrale et leurs rêves de devenir un jour comédiennes et chanteuses. Saïda les a entendu chanter, elle n'a pas caché son émotion et son admiration devant tant de talent. C'est naturellement qu'elle a invité Nadia à chanter avec elle ''Khossara''. Impressionnée par la belle voix de cette dernière, Saïda Fikri lui a offert de l'aider à réaliser son propre album. Avec l'autorisation de la direction de Oukacha, Nadia a pu participé il y'a deux ans à l'émission de télévision Studio 2M (un genre de Star académie). En attendant de devenir un jour une chanteuse reconnue, Nadia compte à sa sortie de Oukacha ouvrir un salon de coiffure. Elle possède déjà deux diplômes en coiffure et en esthétique.

L'interprétation de la chanson Nadmana est un des moments les plus émouvants et les plus interessant de cette rencontre entre Saïda Fikri et les résidentes de Oukacha. Pour la première fois dans une rencontre radiophonique, la chanteuse a confié l'histoire qui a inspiré cette chanson. C'est pour rendre hommage à une copine de jeunesse délaissée par sa propre famille et par la société que Saïda a écrit cette chanson alors qu'elle n'avait que 16 ans. Derrière la chanson Nadmana (celle qui regrette) se cache un double regret, celui d'une jeune adolescente d'avoir franchis les ligne de la morale. L'indifférence et le mépris l'ont amené à l'alcoolisme au point d'en mourir. C'est aussi le profond regret de Saïda elle-même qui n'a jamais pu tendre la main à sa copine. Sa famille et la pression sociale lui interdisait de porter secour à une jeune femme égarée. Devant les résidentes de Oukacha cette chanson prenait tout son sens. Comme leur a dit Saïda, le regret c'est beau, mais à condition d'en faire une leçon pour avancer dans la vie. Sans doute que plusieurs résidentes de Oukacha savent très bien de quoi elle parlait Saïda. Elles savent apprécier le regard qui ne les réduit pas exclusivement à une erreur. Elles sont prisonnières, mais pas pour la vie.

D'ailleurs, une des participantes à l'émission a tenu à rappeler que toutes les femmes présentes à cette rencontre possèdent un métier qu'elle ont appris à Oukacha. Chacune d'elles quittera le centre de détention avec un ou plusieurs diplômes. Elles seront désormais cuisinières, coiffeuses esthéticiennes ou couturières.

Au Maroc, la réinsertion sociale des personnes incarcérées est une nouvelle culture qui se développe dans un esprit de respect des droits humains. Tranquillement mais sûrement.

La rencontre des femmes de Oukacha avec Saïda Fikri est une façon de mettre la radio au service de la réinsertion sociale de personnes incarcérées. Donner voix à des sans voix. La réinsertion passe aussi par une plus grande valorisation du potentiel créatif de ces femmes détenues. Dans leur rencontre avec Saïda Fikri, les femmes de Oukacha ont démontré, en réflexion et en création, de quoi sont elles capables. À travers leur invitée vedette, c'est à toute la société que la parole de ces femmes s'adressait.

Quelque soit la durée de leurs sentences, ces femmes ne sont que de passage en prison..

Leur avenir est aussi un peu le nôtre.


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Un grand Merci à Monsieur Abdellah Belamine pour sa grande collaboration à la réalisation de ce projet.
À Monsieur Azzedine Belmahi, Coordonateur de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.
À Assia El Ouadie pour sa précieuse collaboration.
Un Merci spécial à Kabira ainsi qu'à tous les administrateurs et aux surveillants du Centre Oukacha de nous avoir ouvert la porte.

C'était une première, ce n'est peut-être pas la dernière.

Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.

29.03.2008

T comme Tibet

« L’esprit des olympiades ne réside pas dans le fait de vaincre mais dans celui de participer » Coubertin


À tous les futurs médaillés québécois des Jeux Olympiques de Pékin.

Malgré les multiples appels au boycotte, l'évènement olympique chinois aura lieu cet été. Vous y participerez en représentant le Québec et le Canada. Je présume que certains parmi vous se sont déjà demandés, face aux images qui nous parviennent du Tibet, comment participer à de tels jeux sans paraître complices des atteintes aux droits de l'Homme dont les tibétains sont victimes ?

Si vous cherchez à souligner votre désaccord devant de telles atteintes sans pour autant boycotter les jeux, il se présente à vous une occasion en or pour l'exprimer en toute liberté, tout en donnant un sens historique à vos victoires.

Ce qui fera de votre médaille un objet unique, ce n'est pas l'incrustation d'un disque de jade au revers de chaque médaille, comme on peut l'apprendre dans un communiqué de l'organisation des jeux. Ce qui en fera une innovation audacieuse dans l'histoire de la confection des trophées olympiques, un objet de collection unique, c'est le sens que vous lui donnerez vous-mêmes en posant un petit geste.

Une fois sur le podium, après la réception de votre médaille rien ni personne ne peut vous empêcher de la dédier au peuple tibétain. Avec votre médaille dans la main, il vous suffit simplement d'exécuter face au monde entier un signe de ''Time out'' faisant allusion à la lettre T. T comme Tibet.

Suite à votre geste, vous n'êtes pas obligés de faire un discours ni aucune déclaration à la presse. Pas besoin de crier des slogans genre ''Nous sommes tous des tibétains''. Tout le monde aura compris votre message.

Voici cinq raisons pour justifier et motiver un tel geste:

1- Le Tibet existe comme pays et comme peuple depuis 127 av JC. La Chine a violé la souveraineté du territoire tibétain en 1950.
2- La souveraineté d'un peuple ainsi que la protection de sa culture est un droit inaliénable reconnu par l'Organisation des Nations Unies.
3- Revendiquer le droit des tibétains à leur territoire et à la pratique pleine et entière de leur culture, c'est plus qu'un geste de compassion. C'est un devoir de
solidarité internationale envers un peuple qui a choisi longtemps la non violence comme politique de résistance.
4- Les impacts d'un tel geste, les chinois seront les premiers à en bénéficier. Le respect des droits de l'Homme au Tibet, des millions de chinois le désirent pour
eux-mêmes. Pour une Chine véritablement moderne. Liberté d'expression, liberté de presse, ouverture sur Internet.
5- À quoi ça sert de gagner une médaille olympique, aussi unique soi-elle, si elle contribue à déshumaniser les Jeux et par le fait même, une certaine humanité..?

Si certains parmi vous doutent de la pertinence d'un tel geste ou de son impact auprès du gouvernement chinois, je vous cite l'extrait d'un article publié au Québec, au journal le Devoir le 22 mars 2008 où Gil Courtemanche nous apprend ceci:

''En 1968 à Mexico, les Américains John Carlos et Tommie Smith, médaillés du 200 mètres, avaient brandi un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination raciale dans leur pays. Ils sont passés à l'histoire, et aujourd'hui, sur le campus de la State University de San Jose, une statue rappelle leur geste courageux et exemplaire'' (voir photos ci-bas). Quarante ans plus tard, des millions d'américains blancs envisagent sérieusement de choisir un homme noir comme Président.

Si parmi vous, médaillés québécois, certains réussissent à accomplir un tel geste, sans doute que d'autres médaillés d'autres pays suivront votre exemple. Si au cours des Jeux, vous êtes de plus en plus nombreux à faire un T de vos deux mains, si votre petit geste fait boule de neige, votre plus grande victoire, votre véritable exploit, sera d'avoir réussi à redonner aux jeux olympiques leur dimension initiale, celle que Pierre Coubertin prônait, à savoir que ''le sport est un moyen de redressement de l'esprit''.

Un petit geste pacifique très rarement vu dans l'histoire pour faire réfléchir une partie de l'humanité, dont plus d'un milliard de chinois, sur le sort d'un peuple. Un geste qui peut s'avérer plus efficace que toutes les pétitions et de tous les scénarios de boycottage. Également, un geste qui fera sourire le Dallai Lama, lui-même pratiquant d'une résistance pacifique et spirituelle.

Au cours de l'histoire, le sport n'a t-il pas contribué à éviter des guerres et peut-être même des conflits mondiaux. En appuyant les tibétains et leur chef dans leur résistance pacifique, votre victoire sera aussi de faire mentir ceux qui prétendent que les enjeux et les intérêts commerciaux avec la Chine l'emportent sur les droits fondamentaux d'un peuple de 5 millions. La Chine ne peut accéder à la modernité sans en payer le prix. C'est à dire le respect des droits de l'Homme.

Ne vous laissez pas berner par ce mensonge que le sport et la politique ne vont pas ensemble. Si vous partez avec vos médailles sans faire le moindre geste envers les tibétains, votre silence sera aussi politique. Allez, osez donner une leçon d'honneur à tous ces chefs d'État du monde qui tremblent devant le ''monstre chinois'' en prétendant le faire dans notre intérêt..!!

Petit conseil, si l'idée de faire un T de vos deux mains vous paraît envisageable, n'en parlez à personne avant de le faire. Cela ferait partie de votre exploit..!

Le premier parmi vous qui osera cet été, du haut de son podium avec sa médaille à la main, porter assistance à un peuple en danger, entrera indéniablement dans l'histoire.


Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio..
Montréal.
www.souverains.qc.ca/flash4.html

15.12.2007

Libres de le porter, libres de l'enlever.

Une marche à la mémoire d'Aqsa Parvez.


Le 10 décembre dernier, Muhammad Parvez d'origine pakistanaise a tué sa fille de 16 ans, Aqsa Parvez, parce que cette dernière ne voulait plus porter le hijab. Ce crime commis dans la région de Toronto serait le premier du genre au Canada. Au Pakistan, on appelle ça un crime d'honneur.

En apprenant cette nouvelle, combien de femmes au Canada, portants le foulard islamique, auraient eu envie de laisser tomber leurs foulards ne serait-ce qu'une journée, pour exprimer toute leur indignation face un crime aussi horrible ?

Qui parmi toutes ces femmes musulmanes voilées de partout au Canada, seraient prêtes à initier une marche à la mémoire d'Aqsa Parvez ? Qui parmi ces femmes, oseraient faire partie de cette marche, la tête dévoilée ? Qui parmi elles, seraient assez lucides pour se dissocier d'une certaine aliénation derrière le voile ?

Voilà une occasion qui se présente à toutes ces femmes musulmanes voilées pour donner un autre sens à ce voile devenu l'objet d'amalgame par excellence.

Se défaire de son voile, le temps d'une marche, est un geste qui me paraît nécessaire dans les circonstances parce qu'il va va dans le sens même de la foi de ces femmes croyantes. Je les invite à poser ce geste symbolique frappant pour rappeler d'abord ce en quoi elles devraient croire profondément, à savoir que Dieu seul donne la vie et Dieu seul peut la retirer. Le prophète des musulmans n'a t-il pas dit qu'une personne qui tue une autre personne tue l'humanité toute entière.

Je les invite à se défaire de leurs voiles pour rappeler aussi qu'elles sont tout aussi libres de le porter que de l'enlever.

Elles sont nombreuses ces femmes musulmanes voilées qui ne manquent pas une occasion médiatique pour affirmer qu'elles portent leurs voiles par libre choix. Au nom même de cette liberté, je les invite à l'enlever pour une bonne cause. Celles qui pensent qu'elles n'ont pas de compte à rendre à personne, le meurtre d'Aqsa doit leur rappeler que certaines femmes ne sont pas au même degré d'exercice de leur liberté.

Le meurtre d'Aqsa Parvez me paraît aussi grave que la tuerie de Polytechnique. Qui mieux que des femmes portants le foulard islamique pour le dénoncer publiquement, en laissant tomber leurs voiles. Libres à elles de le porter à nouveau ou de le laisser tomber à jamais. L'important est de marquer l'imaginaire collectif par un acte de liberté. Ce même acte qu'une jeune fille de 16 ans a payé de sa vie.

Si elles ne sont que trois ou quatre femmes musulmanes à répondre à cette invitation, le combat solitaire d'Aqsa n'aura pas été vain.

Si j'étais une femme musulmane voilée, voilà ce que j'aurais fais. Parce qu'en tuant Aqsa Parvez, on a tué une partie de moi-même..


Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio / Montréal
www.souverains.qc.ca/flash4.html


ps: Le 25 février 2004, le Devoir a publié un texte dans lequel je proposais ''Que les jeunes musulmanes françaises tenant à porter leur voile à l'école le laissent tomber une seule fois, mais publiquement''. Cliquez pour la suite , Un autre article sur le voile :

Quelques textes publiés

Mon Québec à moi

Le dîner de con n'a pas eu lieu

L'amour avec un grand B

Lettre à Janette: Réaction 1

Lettre à Janette: Réaction 2

Dévoile-thon:

Qui a peur des sans statuts

''Réveillez-vous, avant que nous, on se réveille''

Partir, revenir

Racisme made in Québec

SVP, appelez-le par son nom

Nomination de Michaelle Jean, La souveraineté, la dignité, même combat.

Libération conditionnelles: Ce dont vraiment personne ne parle

13.12.2007

Monsieur le Premier Ministre, je vous écris une lettre...

''Dans la définition du Nous québécois, on devrait envisager la possibilité pour un homme musulman
de faire sa prière cinq fois par jour dans une église catholique. Je le fais depuis deux ans''.


Abdelkader Belaouni / le Journal le Métro 27 décembre 2007


12b732f07c1c3afbc99db039e6056372.jpgRichard Desjardins, Louise Vandelac, Louise Harel; Christian Mistral, Marc Dery; Geneviève Brouillette; Richard Séguin, François Avard; Jamil Azzaoui; Édith Butler, Coral Egan, Catherine Durant; Georges Leroux, Norman Baillargeon, François Gendron et Jean-Pierre Charbonneau font partie de la liste finale des 106 signataires de la lettre adressée au Premier Ministre Stephen Harper lui demandant de poser un geste humanitaire (Voir liste des signataires en bas de la lettre)

Si vous êtes d'accord avec le message de cette lettrejoignez votre nom en bas de la page ainsi que votre fonction. Retournez cette lettre à mon adresse anonymes@sympatico.ca, je me charge après de l'envoyer au bureau du Premier minsitre et aux médias. Il faut agir vite.. (Faîtes circuler SVP)

Merci.

ML

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Monsieur Harper,

Comme vous savez, le 5 décembre dernier, le président français Nicolas Sarkozy a lancé, lui-même, un appel au chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie Manuel Marulanda pour demander la libération de la franco-colombienne, Ingrid Betancourt. Les mots de Sarkozy prononcés en direction de la jungle colombienne sont ceux du premier chef d'État qui ose ce qu'aucun autre chef d'état avant lui n'a jamais osé. Malgré tout ce que je pense de Nicolas Sarkozy et de ses méthodes populistes, je salue solennellement son geste.

En écoutant l'appel de Sarkozy, j'ai pensé à Abdelkader Belaouni qui lutte depuis deux ans, à partir du sanctuaire de l'église St-Charles à Montréal, pour obtenir un statut de réfugié. Bien sûr, Belaouni n'est pas l'otage d'une guérilla et se trouve loin d'une jungle. Le seul point commun entre Belaouni et Betancourt, c'est l'état dégradant de leur santé. En tant qu'aveugle et diabétique, Belaouni aussi se trouve au bout de ses forces. Pour des raisons humanitaires, le Canada doit libérer cet homme de l'angoisse qui le ronge quotidiennement. Le 1er janvier 2008, l'angoisse aura duré deux ans.

Je vous invite Monsieur le premier Ministre à poser un geste humanitaire, un geste courageux qui ne sera pas le premier accordé par le Canada à un demandeur d'asile. Avant lui, plusieurs d'autres algériens ont déjà obtenu le statut de réfugié, pourquoi pas lui? Belaouni ne représente aucune menace à la société, son dossier est celui d'un homme qui a fui un pays où sa vie était en danger. Il y a quelques mois un réfugié iranien a obtenu, pour des raisons humanitaires le statut de réfugié. Lui aussi avait trouvé refuge dans une église anglicane à Vancouver depuis 2004.

Est-ce trop vous demander Monsieur Harper d'accorder un statut de réfugié à Abdelkader Belaouni avant la fin de ce mois pour qu'il célèbre lui aussi Noël, avec ceux et celles qui constituent maintenant sa famille?

Qui au Canada, Monsieur Harper, aurait peur d'un homme aveugle et diabétique? Un homme dont le parcours force compassion et admiration. Après avoir été champion national de judo dans son pays d'origine, le sort lui a réservé un autre destin. Après avoir perdu la vue en 1992, il aurait pu perdre la vie s'il n'avait pas fuit un pays oũ une guerre civile a fait quelques 150 000 morts. Ce sont les menaces répétées contre sa vie qui l'ont poussé à l'exil d'abord aux États-unis, puis au Canada en 2003. En tant qu'aveugle, Abdelkader a toujours peur pour sa vie, sa situation est trop vulnérable devant d'éventuels règlements de compte du passé.

D'autre part, depuis quatre ans, Abdelkader s'est très bien intégré au Canada où il se sent maintenant chez-lui. Il bénéficie d'un réseau de soutien extraordinaire. Cela prouve et confirme les capacités d'intégration de cet homme que ses amis appellent Kader. 54 associations et organismes dont la Ligue des droits et libertés, la Table de concertation Action Gardien de Pointe St-Charles, la Clinique médicale Communautaire de Pointe St-Charles et les Services Juridiques Communautaires de Pointe St-Charles et le Comité « Welfare Rights», ont clairement et officiellement exprimé leur soutien.

Jean Lalande, Coordonnateur de Welfare Rights affirme: "M.Belaouni s'est bien intégré à la vie de notre quartier, participant à de nombreuses activités communautaires et s'étant fait de nombreux amis dans la population locale. Abdelkader est maintenant devenu un des nôtres et c'est pourquoi tant de gens chez nous sont si préoccupés pour sa sécurité". D'ailleurs, 5 citoyens canadiens, issus de sa nouvelle communauté, sont prêts à le parrainer.

J'ai fait la connaissance d'Abdelkader Belaouni en 2005 lors de cette marche de 5 jours de Montréal à Ottawa en solidarité avec les sans-statut. Il ne savait pas alors que sa demande de statut de réfugié allait être rejetée. J'ai parlé longuement avec lui. Ma curiosité n'était plus du journalisme, mais celle d'un homme qui rencontre un autre homme. Il m'a raconté son parcours douloureux mais plein de courage. J'ai noté son humour et son optimisme naturel qui explique pourquoi il avait autour de lui autant d'amis. Des amis qui n'arrivent toujours pas à comprendre pourquoi le statut de réfugié lui a été refusé. Depuis deux ans, personne ne le laisse tomber. Cela explique pourquoi malgré son état de santé très fragile, Kader tient le coup. Cinq fois par jour il fait sa prière dans un sanctuaire catholique.

Monsieur Harper, l'enjeu des sans-statut nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statut et leurs enfants qui partagent déjà les bancs d'écoles avec les nôtre. Mine de rien, ils font partie de nous. ''Il suffit d'ouvrir les yeux'' me disait une femme qui soutient la cause de Belaouni. Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leurs vies.

Kader n'a pas la chance d'avoir le Président français comme ami. Les sans-statuts comme lui ont comme amis des hommes et des femmes ''ordinaires'', des citoyens canadiens qui se donnent corps et âme pour rétablir la dignité. Parfaitement conscients de leurs droits et de leur devoir, le sentiment d'impuissance ne les atteint pas.

Monsieur Harper, les citoyens canadiens qui soutiennent Kader perçoivent le Canada comme la terre des possibles. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une femme noire a été nommée au sommet de l'État. De plus en plus de canadiens venus d'ailleurs sont élus à la chambre des Communes et à l'Assemblée Nationale du Québec. Ça serait dans la suite naturelle des choses que de régulariser le statut d'un homme qui a démontré son attachement à sa société d'accueil. Abdelkader Belaouni aime le Canada et particulièrement le Québec parce qu'il s'y sent plus en sécurité. Avec autant de solidarité, comment ne peut-il pas se sentir chez-lui?

Monsieur le Premier Ministre, puisque les promesses de plusieurs députés de l'opposition ne donnent apparemment aucun résultat, je vous écris une lettre, vous la lirez peut-être, si vous avez le temps. C'est le temps des fêtes, le temps de poser un geste d'humanité.

Allez-y, SVP faites-le, je vous le demande solennellement.


Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio
anonymes@sympatico.ca


Appuyé par :

1- Louise Vandelac Professeure à L'UQAM
2- Richard Desjardins Artiste / Montréal
3- François Avard Auteur / Montréal
4- Richard Séguin Auteur - compositeur - intérprète
5- Edith Butler Artiste/ MONTREAL
6- Jamil Azzaoui Artiste/ Montréal
7- Catherine Durand Auteure-Compositrice-Interprète
8- Georges Leroux Professeur à l’UQAM
9- Coral Egan Artiste / Montréal
10- Pierre Jasmin Professeur à l'UQAM et président des Artistes pour la Paix
11- Marie-Michele Poisson Professeure de philo au CEGEP Ahuntsic
12- Clotilde Bertrand Membre d'Amnistie internationale / Montréal
13- Marcela Valdivia Avocate
14- Claude Grégoire Réalisateur / chargé de cours, Université de Montréal
15- Majid Blal Auteur, poète, chroniqueur et économiste / Sherbrooke
16- Nicodème Camarda Poète / Montréal
17- Bruno Bouliane Cinéaste / Montréal
18- Isabelle Burgun Journaliste / Montréal
19- Bianca Côté Auteure / Montréal
20- Nicole Fontaine Écrivaine / Eastman
21- Anne Lescot Cinéaste / membre du Collectif 2004 Images (Paris)
22- Tony Tremblay Poète, écrivain et communicateur
23- Béchir Gacem Éditeur
24- Silvia Martinez Féministe et Organisatrice communautaire
25- Denis Kosseim Professeur de philosophie Collège André-Laurendeau
26- Priscilla Bittar Conseillère syndicale CCMM-CSN
27- Clément Trudel Journaliste (retraité) / Percé
28- Alain Gerbier Journaliste / Sculpteur / Montréal
29- Bruce Katz Membre fondateur du groupe Palestiniens et Juifs (PAJU)
30- Louise Dugal Cinéaste
31- Jean-Luc DION Ingénieur / Trois-Rivières
32- Thibaud de Corta Artiste / Montréal
33- Audrey Bernard Artiste chanteuse / Montréal
34- Claire Vezina Musicienne, auteure-compositeure / Québec
35- Kattam Laraki-Côté Musicien percussionniste / Montréal
36- Pascale Hamet Intervenante en santé mentale / Montréal
37- Jean-Luc Thievent Artiste / Montréal
38- Amghar Mohammed Karim Rapeur & Poète urbain.
39- Céline Flahault Artiste / Montréal
40- Gaëtan Dostie Écrivain / Montréal
41- Serge Lemire Animateur radio / Sherbrooke
42- Mélissa Lavergne Musicienne percussionniste / Montréal
43- Eric Allain Agent d'artistes / Montréal
44- Geneviève Bilodeau Artiste / Montréal
45- Caroline d'été Auteur-compositeur-interprète / Montréal
46- Denise Babin Membre de l'AQOCI / Montréal
47- Anne-Marie Gélinas Auteure - compositeure - intérprète / Montréal
48- Lundo Musicien / chango family / Montréal
49- Martin Petit Chercheur socioéconomique IRIS / Montréal
50- Philippe Côté Artiste urbain / Montréal
51- Aicha Barkatis Sociologue
52- Karine Chapdelaine Artiste/ Montréal
53- Pierre-Alain Cotnoir Chercheur / Montréal
54- Aldo Miguel Paolinelli Montréal
55- Annie Bujo Artiste / Montréal
56- Maryse Letarte Auteur-compositeur-interprète / Mont-St-Hilaire
57- Bruno Dubuc Rédacteur / vidéaste / Montréal
58- André Le Corre Fondateur du groupe de Montréal des AmiEs du Monde Diplomatique
59- Rachad Antonius Professeur de sociologie a l'UQAM
60- Claire Lapointe Coopérante au Mali
61- Louise Harel Députée Hochelaga-Maisonneuve
62- Jack Costello Director, Jesuit Refugee and Migrant Service / Toronto
63- Marcel Sévigny Résident de Pointe-Saint-Charles et membre du comité de soutien à Kader
64- Marco Silvestro Étudiant au doctorat en socio, UQAM Chargé de cours en socio, UQAM / Résidant de Pointe-Saint-charles
65- Stéphane Gendron Maire de Huntingdon / animateur radio.
66- Ratiba Hadj-Moussa professeur de sociologie à l'Université York (Toronto)
67- Éric Tadros Artiste
68- Chafiik Membre de Loco Locass / Montréal
69- Marie-Claude Gagnon Auteure et professeure de communication
70- Isabelle Baez Enseignante èa l'UQAM et journaliste
71- Sylvain Beaudet Platrier
72- Yves Poisson Professeur retraité / Université Laval
73- Marc Déry Artiste / Montreal
74- Audrey Camirand Artiste et professeur / Centre du Québec.
75- Geneviève Lambert-Pilotte Intervenante chez Les Scientifines
76- David Barbeau Médecin / Montréal
77- Isabelle Senécal Psychologue / Hôpital du Sacré Coeur / Montréal
78- Alexandre Senécal Médecin vétérinaire / Montréal
79- Philippe Robert de Massy Avocat
80- Lou Vercelletto Étudiante en cinéma / Montréal - Lyon
81- Louise Boivin Doctorante en relations industrielles
82- Nadia Ghalem Écrivaine
83- Anna Kruzynski Professeure adjointe, École des affaires publiques et communautaires, Université Concordia
84- Sonia Béland Intervenante en sécurité alimentaire / Montréal
85- Christian Mistral Écrivain.
86- Éric McComber Écrivain
87- Norman Baillargeon Professeur èa l'UQAM
88- Maria-Hélèna Pacelli Photographe / Montréal
89- France Gauthier Journaliste, animatrice et auteure
90- Denise Robitaille-Robert, psychologue, psychothérapeute.
91- Dany Lafrenaye Capitaine.
92- Maryse Beauregard Producteur
93- Louise Caroline Bergeron Maitrisante en philosophie pour l'enseignement au collégial / Sept Îles.
94- Marie-Thérèse Fortin Directrice artistique / Montréal
95- Geneviève Brouillette Actrice / Actrice
96- Gaston Bellemere Éditeur
97- Nathalie Collin Recherchiste Radio / Huntingdon
98 - Marc Chabot Parolier / Québec
99- Iolande Cadrin-Rossignol Réalisatrice, scénariste
100- Khadija Mounib Conseillère en développement de carrière
101- Jean-Pierre Charbonneau Ancien président de l’Assemblée nationale du Québec
102- Guy Robert Psychologue
103- Gabor Szilasi photographe
104- Ève Lamont Documentariste
105- Yves Robitaille Administrateur errant et conteur ambulant, Montréal
106- Françcois Gendron Député d'abitibi-ouest

Reportage L'appel du sanctuaire. Cliquez :

03.11.2007

La bonne cause au cachot

Cet article est paru dans Voir et le Devoir en juin et juillet 1998.

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Empêcher un petit criminel d'en devenir un grand n'est pas une mince tâche. C'est toute une cause. La plus impopulaire, mais peut-être la plus noble. Celle qu'on nomme officiellement la réinsertion sociale des personnes incarcérées. Impopulaire, parce qu'il s'agit de criminels. Noble, parce qu'elle permet à des hommes et des femmes de retrouver une certaine dignité. Une cause perdue, pensent certains.

Les causes difficiles à défendre sont-elles nécéssairement perdues..? Les sans patries, les sans-abri, les sans voix, les exclus, les détenus.. Dans le cas de ces derniers, je crois qu'il y a toujours une part de responsabilité collective derrière chaque crime. C'est ce qui justifie, à mon avis, de faire de la réinsertion sociale des personnes incarcérées une cause sociale tout aussi importante que celle du sida, de la pauvreté ou de la mal nutrition des enfants.

Mais comment expliquer aux « honnêtes citoyens », qu'un détenu récidiviste a autant besoin d'aide qu'un malade du sida. Qu'avec un taux de récidive de plus 60% sur l'ensemble des détenus au Québec, la réinsertion sociale des personnes incarcérées n'est pas encore notre choix de société. Et pourtant, la réinsertion sociale des personnes incarcérées est la solution la plus économique à une véritable sécurité publique. De quoi donc souffre cette cause pour qu'elle soit aussi impopulaire..?!?

Elle est victime d'un manque de beauté. Un manque de marketing..!

De nos jours, les causes ne se contentent pas d'être bonnes, elles doivent aussi être belles. Pour cela, elles s'associent à des noms célèbres. Céline Dion et les autres que vous connaissez bien, parce qu'ils passent à la télé et donnent des autographes par milliers. Aujourd'hui, une bonne cause, ne peut exister sans être associée à un artiste très aimé de tous. Ainsi le veut le start- système..!

Quel organisme communautaire n'a pas fait appel à un artiste pour vendre sa cause..? Quel gérant d'artiste n'a pas magasiné dans le marché florissant des bonnes causes celle qui colle le mieux à l'image de son client. Parce qu'une cause, disons le, est très payante pour un artiste. Qu'il soit débutant ou non. Les retombées sont plus importantes que vous pouvez imaginer. Une publicité gratis. Les spécialistes de la pub vous le diront. Les produits les plus populaires ne peuvent se passer de publicité. C'est ainsi que certains artistes fonctionnent. C'est ainsi que les bonnes causes vivent. Un échange de service.

Et pourtant, je suis pour l'engagement social des artistes. Depuis huit ans j'ai invité moi-même quelques deux cents artistes québécois à rencontrer quelques 4000 détenus de Bordeaux dans le cadre de l'émission radiophonique « Souverains anonymes ». Je les invitais en tant qu'artistes citoyens. En tant que représentants de la communauté. Ces artistes, poètes et écrivains, pour la plupart, ils participent à la vie communautaire de leur environnement sans trompette ni tralala. En rencontrant les Souverains de Bordeaux, ils ont contribué à élargir l'ouverture des personnes incarcérées à la communauté. L'artiste citoyen est celui qui est au service d'une cause et non l'inverse. Ce que retiennent les auditeurs de l'émission Souverains anonymes, c'est moins les réponses des artistes-invités que les questions des Souverains. Des questions dans lesquelles les détenus se racontent et se réhabilitent en hommes libres d'esprit. Rien dans leur propos qui pourrait conforter nos préjugés sur les criminels.

De ces rencontres entre artistes d'en dedans et artistes de dehors, est né l'album « Libre à vous » lancé en octobre dernier. Un album bénéfice au profit du Fonds des détenus de Bordeaux. Une cinquantaine d'artistes, chanteurs compositeurs et musiciens, ont accepté de prêter leur savoir faire pour mettre les créations poétiques des détenus dans un album de chansons pour exprimer en toute liberté ce que les murs et l'indifférence réduisent au silence. L'objectif ultime d'une telle démarche à la fois sociale et artistique est simple, rappeler que la réinsertion sociale des personnes incarcérées est une cause sociale bonne à défendre. C'est l'affaire de tous.

Dans l'album « Libre à vous » les détenus sont les principaux artisans de leur cause. En tant qu'initiateur du projet, je souhaitais que les Souverains anonymes participants à l'album, seraient eux-mêmes les portes paroles de leur cause, accompagnés parfois par des artistes-invités de l'album.

Mais les recherchistes de certaines émissions populaires, vitrines de nos produits culturels, ne voient pas la chose de cette façon. Parce que la sacro-sainte formule des bonnes causes en vogue ne fait pas partie de ma stratégie de promotion. Aucun artiste-vedette-vendeur n'est associé officiellement à Souverains anonymes comme porte-parole, et ce malgré la participation de plusieurs artistes populaires dans l'album « Libre à vous ». Les animateurs vedettes accordent aux artistes portes paroles des causes sociales plus de temps pour raconter leur dernier voyage ou leur régime amaigrissant que d'expliquer la cause qu'ils représentent. Généralement, on reserve les trente dernières secondes de l'entrevue pour souligner la cause. Je me suis donné le droit de refuser tout scénario d'entrevue ou on ferait des représentants de l'album « Libre à vous » des bouche-trous. Pas question non plus d'envoyer seul un des artistes vedettes de l'album à une de ces émissions populaires.

La recherchiste d'une émission de Radio Canada a poussé le ridicule jusqu'à faire appel à des artistes connus qui ne font même pas partie de l'album pour en parler. Une autre voulait recevoir Christian Mistral (auteur d'une des chansons de l'album) pour lui faire dire des choses croustillantes sur ses déboires avec les femmes. Dans une autre émission, on voulait bien recevoir un ex-détenu, mais d'avantage pour parler de son passé criminel que pour dire son cheminement vers la réinsertion. Pour d'autres recherchistes, il n'est pas question d'associer leurs prestigieuses émissions à des ex-criminels (pour sauver les APPARENCES). Je vous laisse deviner les noms de ces émissions populaires dont les animateurs vedettes sont devenus nos spécialistes dans l'art de combler le vide par le vide. Heureusement, il y a les autres émissions que je salue bas de résister à la médiocrité.

Aujourd'hui, certaines bonnes causes en cache d'autres. Cherchez l'erreur..

Mohamed Lotfi

25.10.2007

L'identité au cœur d'un projet politique.. Dangereux..!

Mettre l'identité au cœur d'un projet politique c'est jouer avec le feu. Je suggère courtoisement à ceux et celles qui se sont penchés sur le sort du Québec pour pondre ce projet de loi sur la citoyenneté, de consulter l'histoire.

Pour un mieux vivre ensemble, le concept de citoyenneté s'est élargi au cours de l'histoire en incluant des réalités politiques, sociales, économiques et écologiques. Dans le contexte québécois, un projet de citoyenneté devrait tenir compte de ces facteurs dans un esprit rassembleur. La reconquête du pouvoir est légitime, mais instrumentaliser des préoccupations identitaires pour y arriver c'est gravement dangereux.

En mettant l'accent sur l'apprentissage du français du nouvel arrivant, le projet de loi du PQ réduit une question de citoyenneté à une affaire d'identité.

Oui, le français est au cœur de l'identité québécoise, mais comme dirait Amine Maalouf, ''l'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence.''. Cela va sans dire aussi bien sur le plan personnel que collectif. Le français d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Il a pris des couleurs nouvelles, des accents plus variés et des tournures qui reflètent un imaginaire collectif plus riche. La langue est la même, mais le langage est en permanente évolution.

C'est moins la perte du français qui inquiète certains québécois dits de souche que l'avènement de langages différents portés par des cultures différentes. Ainsi, la jeune fille née ici mais de parents libanais, bien qu'elle parle un français bien ''de chez-nous'', elle participe, mine de rien à une transformation du langage en concert avec des milliers d'autres enfants d'immigrants.

Dans son livre '' Je nous et les autres, être humain au-delà des appartenances'' (Aux éditions Le Pommier), François Laplantine avance que '' L'identité "propre" conçue comme propriété d'un groupe exclusif serait inertie, car n'être que soi-même, identique à ce que l'on était hier, immuable et immobile, c'est n'être pas, ou plutôt n'être plus, c'est-à-dire mort''. Maalouf appellerait cela une identité meurtrière.

Par ailleurs, plusieurs études démontrent que depuis les 25 dernières années les immigrants au Québec s'intègrent plus facilement et cela malgré le chômage qui les touche ici plus que partout ailleurs au Canada.

Je crains que le PQ, qui est à l'origine de la déconfessionnalisation du système scolaire ne débarque du train que lui-même a fait avancer. Au lieu de concentrer ses efforts sur la conception d'une charte de laïcité à la québécoise, le PQ dérive sur une voie qui risque de l'éloigner d'un projet rassembleur et politiquement rentable.

Mohamed Lotfi

20.10.2007

Immigrant et laïque, c'est possible...!

Le 18 octobre, je lis avec stupéfaction en manchette du Devoir ''Le PQ attise la colère des immigrants''. Le genre de titre qui m'amuse par son aspect absolutiste. Les immigrants seraient encore perçu comme un groupe monolithique.

Mais de quels immigrants parle t-on ? L'article fait allusion à six personnes du Groupe d'action politique des Québécoises et Québécois issus de l'immigration du Parti québécois (GAP-QI), qui ont exprimé par une lettre, publiée le même jour au Devoir, leur réserve face au projet du PQ de proposer une charte sur la laïcité. En quoi les propos de six immigrants seraient représentatifs de tous les immigrants ?

Quand la responsable du GAP-QI, Madame Kerlande Mibel, dit que «parler de laïcité, c'est une façon de masquer l'intolérance», je lui rappelle qu'une partie de la population du Québec, qu'elle soit issue de l'immigration ou pas, exprime la même réserve face à la laïcité. Je lui rappelle aussi que le débat au Québec sur la place de la religion ne date pas d'hier. La marche du Québec vers la laïcité est entamée bien avant l'arrivée des foulards islamiques et des kirpans.. Nous connaissons l'histoire du Québec des cinquante dernières années.

Par ailleurs, je suis d'accord sur le constat que fait le GAP-QI, quand il affirme que certains politiciens, essayent de récupérer le débat actuel sur les accommodements pour provoquer un antagonisme qui n'a pas lieu d'être. Nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission Bouchard-Taylor que le retour du religieux n'est pas uniquement l'affaire de certains immigrants. Effectivement, la laïcité ne doit pas être présentée comme un instrument de protection contre les nouveaux arrivants. Mais ce n'est pas parce que certains politiciens messagers se montrent confus, maladroits ou populistes que pour autant il faut tirer sur le message.

J'apporte à la connaissance du GAP-QI, mais aussi à certains élus du Québec, que certains québécois issus de l'immigration, dont moi-même, sont tout aussi attachés à la laïcité que certains québécois dits de souche. Cela aussi, nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission. Les valeurs d'égalité homme-femme, de non violence ou de laïcité sont, pour moi, des valeurs universelles partagées par d'autres citoyens du monde dont plusieurs arrivent un jour ici.

Cette valeur universelle qu'est la laïcité demeure très mal comprise par une partie des citoyens du Québec qu’ils soient immigrants ou pas. Je dis à ceux et celle qui la considère comme une religion que cela a pris plus d'un siècle après la révolution de 1789 avant que la France instaure une loi sur la laïcité en 1905. Ni foulards islamique, ni kirpans ne circulaient alors dans les rue de Paris.. La laïcité a fini par s'imposer comme alternative pour mettre fin à des siècles de guerres de religion et pour stopper le pouvoir l'Église sur les affaires de l'État.

Dans le contexte actuel, une charte sur la laïcité serait le meilleur accommodement que le Québec peut s'offrir. Cela aura pour résultat de favoriser une meilleure cohabitation entre les québécois quelque soit leurs origines et leurs appartenances religieuses. Cela ne veut pas dire la disparition de Dieu dans la vie des gens. Encore moins la disparition de la Croix de Mont-Royal ni de la fête de Noël. On ne deviendrait pas croyant à temps partiel, parce que selon la nouvelle charte, les signes religieux ne seraient plus portés par les représentants de l'État dans l'exercice de leurs fonctions.

Cette uniformalisation de la société québécoise dont Madame Kerlande Mibel semble avoir peur n'aura pas lieu. Dans les rues, les supers marchés, les parcs, les restaurants et dans les transports en commun, les gens continueront à porter les signes qu'ils désirent, excepté dans les institutions de l'État surtout lorsqu'ils sont en situation d'autorité. Les juges, les profs, les policiers et les pompiers. Par ailleurs, cette règle ne devrait pas concerner les élèves, les étudiants, les patients dans les hôpitaux ainsi que des personnes incarcérées, puisqu'ils ne représentent pas l'État.

Dans les institutions publics, un employé n'aurait pas à faire de choix difficile entre sa foie et sa profession. Le fait par exemple qu'une femme musulmane policière, gardienne de prison ou professeur enlève son voile pour pratiquer sa profession ne l'empêche pas de rester croyante. Ne fait pas d'elle une moins bonne musulmane. Dans une classe d'école, des élèves de différentes appartenances religieuses devraient percevoir leur professeur d'abord comme une professeure. Une musulmane riche de sa foie ne devrait aucunement avoir de problème avec une telle mésure.

N'importe quel parti politique au Québec n'attisera aucunement ma colère s'il adopte une charte sur la laïcité Made in Québec. Cela doit être fait cependant avec beaucoup de pédagogie et dans un esprit du bien commun ce qui, à cause de certaines luttes partisanes, n'est pas toujours le cas.


Mohamed Lotfi

Speak white, version Marois..!

Le Québec est-il devenu déjà un pays ? Le projet de loi sur la citoyenneté de Pauline Marois insiste sur la notion de citoyenneté québécoise accordée par le Gouvernement du Québec après prestation de serment du nouvel arrivant. Si je ne me trompe pas, le Québec n'a pas encore la juridiction d'accorder une citoyenneté. En vertu de la Constitution canadienne, ce pouvoir étant exclusif au Parlement fédéral en vertu de l'article 91 de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique. S'il s'agit d'une citoyenneté symbolique, comment la prendre au sérieux aux yeux d'un nouvel arrivant déjà citoyen d'un autre pays..?

Insérer le droit à l'apprentissage du français pour tous dans une nouvelle charte des droits c'est louable, mais l'obligation d'apprentissage pour les immigrants comme une condition sine qua non à l'obtention de la citoyenneté québécoise me paraît inacceptable constitutionnellement. À défaut d'une connaissance appropriée du français, le nouvel arrivant, ne pourrait se présenter aux élections municipales, provinciales, financer un parti politique et présenter des pétitions ! Je doute sur l'éffécacité de cette manière..

Actuellement, trois partis politiques au Québec se disputent un concours de populisme. Lequel des trois va t-il se montrer le plus transigeant envers l'immigrant..? Comme si la qualité du français, la laïcité et l'identité ne peuvent être abordés que sur le dos de l'immigrant.. Comme si le Québec n'était pas capable de se tenir debout sans se pencher sur le nouvel arrivant, devenu objet de toutes les imperfections.. Je vois que la panique s'empare du PQ. S'il était l'opposition officiel, ce projet de loi aurait été certainement plus nuancée. Le PQ que je connais ne participe pas à un concours de girouettes.

Depuis l'annonce de ce projet de loi sur la citoyenneté, il y'a deux jours, j'ai reçu les commentaires de plusieurs personnes issues de l'immigration qui m'ont fait part de leur équeurement. Il faut dire que ce projet tombe à un moment ou les émotions sont vives. Mais au delà des réactions, le projet de Pauline demeure une astuce politique pour reconquérir le pouvoir. Pour piger dans l'assiette de Mario Dumont.. Par les temps qui courent, il est rentable apparemment politiquement de taper sur l'immigrant pour marquer des points, certains médias aidant.

En 95 Parizeau accusait le vote ethnique d'avoir empêché le Québec d'accéder à son indépendance. 12 ans plus tard, les comportements de certains politiciens, y compris celui de Pauline Marois n'a rien de rassurant pour des immigrants qui voient dans certains points de ce projet de loi, une façon de les traiter de citoyens de secondes zones.

Je suis d'accord pour sauvegarder le caractère français du Québec. Mais les manières policières, beaucoup d'immigrants les ont fuient. Si l'homme en politique c'est le style, la femme aussi. Je crains qu'à force de se montrer transigeant, on révèle une vulnérabilité qui aura l'effet contraire sur les résultats attendus. Une vulnérabilité qui, j'espère, n'est pas partagée par tous les membres du Parti québécois.

Je crois que le Québec peut continuer à progresser à plusieurs niveaux, en étant le model de ce qu'il attend des immigrants et non pas une police. Faut-il nécessairement vivre l'exil pour ressentir l'âme de l'exilé et sa sensibilité au rejet..?

J'invite Madame Marois et son parti à nuancer son projet de loi en mettant d'avantage l'accent sur la conception d'une charte de laïcité en considérant certains points que je propose dans mon texte précédent ''Immigrant et laïque, c'est possible''.

Mohamed Lotfi

Ps: Je ne discute pas la finalité du projet du PQ mais la manière avec laquelle il s'y prend.. Une autre manière aurait été plus efficace à mon avis pour intégrer le nouvel arrivant au français, c'est de lui offrir du travail. Or, au Québec, il y'a 2 fois plus de chômage chez les immigrants que dans le reste du Canada. Les arabes et les noirs sont les plus touchés.. Le hasard veut que les arabes soient les plus diplômés.. 28 % des magrébins sont en chômage. L'astuce réside dans le fait qu'il est moins payant politiquement pour le PQ d'insister sur une politique de l'emploi inclusive que de se montrer transigeant envers le nouvel arrivant..

Le paradoxe du Québec est d'exiger l'intégration de l'immigrant tout en continuant à l'exclure des postes importants. Imagine une sec le nombre d'immigrants en chômage qui se sont dits depuis 2 jours, ''Ah, je le savais qu'ils étaient racistes''. Je sais qu'il faut arrêter d'être impressionné par de tel remarques, mais n'ajoutons pas de l'huile sur le feu.. ''La politique c'est l' art de se servir des gens'', c'est aussi un art pour les servir, les unir autour d'un projet commun et rassembleur.

Non, on ne veut pas d'immigrants dans les postes clefs.. Monssif Guitouni en sait quelque chose. Voici un immigrant souverainiste qu'on a sali et expulsé de son poste de président de l'ADQ en 1994. Ironique d'entendre un an plus tard Parizeau pointer le vote ethnique. Personne ne pourrait affirmer que cette expulsion n'a rien changé au résultat du vote..! Comment expliquer l'acharnement exercé sur cet homme. En lisant ''Le Complot'' de Daniel Martin, on découvrire la commande avant les commandites..! J'aurais appeler ce livre ''L'art de se tirer dans les pieds''.

Avant de démontrer la confiance en soi devant l'autre, il faut d'abord l'acquérir pour soi. L'autre n'aurait d'autre choix que de la reconnaître et de l'apprécier.

15.10.2007

Le dîner de con n'a pas eu lieu

''Quand on vise la médiocrité, c'est elle qui vous atteint''. Grégorie Lacroix

Non, il n'aura pas eu lieu finalement ce dîner de con auquel l'imam Saïd Jaziri a été invité au dernier enregistrement de l'émission Tout le monde en parle, au grand dam des responsables de l'émission et les autres invités.

Une heure avant son apparition sur le plateau, un proche de l'imam a appelé pour annoncer qu'il ne peut se présenter pour des raisons de santé. L'animateur et ses invités avaient l'air très déçu par ce qu'ils ont considéré comme un manque de savoir vivre de la part de l'imam. L'animateur de TLEMP est allé jusqu'à qualifié le faux banc de Jaziri ''d'un manque de respect à notre communauté'', mais au nom de quelle communauté parles-tu Guy-A..?

Voilà le genre de détails qui trahissent ce ''Nous'' exclusif qui représente le paradoxe québécois. On fait appel à l'intégration de l'immigrant tout en continuant à le considérer comme l'autre, ''de la visite'' ! Bref, passons.

Ce n'est pas la première fois qu'un invité ne se présente pas au plateau de TLEMP ou le quitte au milieu de l'entrevue, mais le cinquième invité de la dernière émission aura brillé plus par son absence que par sa présence. Chaque invité est allé de son petit commentaire dont le plus intéressant est celui de la célèbre animatrice Suzanne Levesque qui regrettait de ne pas avoir l'imam en face d'elle pour lui demander pourquoi est-il trop présent dans les médias alors qu'il n'est pas représentatif des musulmans du Québec ?

Enfin une question pertinente, mais que Suzanne Levesque aurait dû poser plutôt directement à Guy-A Lepage lui-même. D'autant plus que ce dernier n'a pas manqué de souligner que son émission avait reçu une centaine de courriers de la part des musulmans du Québec pour demander de ne pas inviter cet homme. Eh oui Guy-A, pourquoi as-tu invité cet homme ? Est-ce parce que ''tout le monde a parlé'' de ses propos sur le vin et l'homosexualité à l'émission le 3950 ? À mon avis, en invitant Rachid Badouri, dimanche dernier, c'est la meilleure réplique que ton émission a pu faire à celle de Mervil.

Depuis quelques mois, avec le débat sur les accommodements, de tous les musulmans du Québec, certains médias s'acharnent à inviter particulièrement celui par qui le scandale arrive. Un homme avec des antécédents judiciaires en France, menacé de déportation par les autorités canadiennes et qui a déjà eu le projet de construire une grande mosquée au Centre-ville de Montréal. Mais le scandale réside moins dans ces informations sur le passé de l'imam que sur le fait que certains médias le prennent pour un con qu'on invite régulièrement pour amuser la galerie. Et si son refus de ne pas se présenter à l'émission était simplement sa façon de dire ''Je suis moins con que vous ne le pensez''.

Il existe au Québec des milliers de musulmans capables de s'asseoir à une table et accepter de bavarder avec des chrétiens, des juifs, et des bouddhistes sans être le moindrement dérangés par une bouteille de vin au milieu de la table et encore moins de traiter les homosexuels de malades. Mais ceux que je connais ne diront pas nécessairement ce que ces médias aimeraient toujours entendre. On n'invite pas la nuance.. C'est tellement plus amusant, pour ne pas dire payant, d'inviter un imam qui ne représente que lui-même, pour réconforter certains préjugés sur l'islam et les musulmans.

Je ne reviendrai pas sur les propos de Jaziri sur le vin et l'homosexualité à l'émission de Luck Mervil. Pour moi, cet homme demeure une autre version du conseiller municipal d'Hérouxville. C'est à dire une personne très maladroite pour parler de choses sérieuses et que certains médias utilisent pour mousser leurs spectacles. Je ne sais pour quelle raison véritable, il a décidé de ne pas se présenter à TLEMP. La suite des choses nous dira lequel entre Jaziri et certains médias continuera à jouer au plus con..


Mohamed Lotfi

01.10.2007

L'immigrant parfait et le paradoxe québécois..

Imaginons quelque part sur terre un endroit ou des sociétés d'accueil, comme le Québec, auraient la possibilité d'aller magasiner des immigrants parfaits. Des hommes et des femmes dont les profils corresponderaient à des critères recommandés par des participants à la Commission Bouchard-Taylor. Si je me fie à certains propos entendus lors des forums de cette commission, l'immigrant parfait devrait respecter l'égalité homme femme, il devrait bien parler français, il devrait pratiquer sa religion uniquement chez-lui et pour reprendre le lapsus amusant d'une intervenante, la femme de l'immigrant devrait être ''déshabillée''!

Pour ajouter au ridicule de la perfection, pourquoi pas mettre en priorité des immigrants qui répondraient à des critères optionnels. Les blancs, les blonds, les grands et ceux dont les yeux sont couleur d'azur. Ne parlons pas de ceux dont la langue, la cuisine et le vin seraient exclusivement français..!

Blague à part, au fur et à mesure que la Commission fait son tour du Québec, la plupart des propos entendus jusqu'à maintenant orientent le débat vers la place de l'immigrant et son intégration alors que la place de la religion en société devrait à mon avis être la question fondamentale. Le débat sur la place de la religion au Québec est entamée depuis presque 50 ans. Bien avant l'arrivée des foulards islamiques et les kirpans.

Quelques mois avant le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, certains médias et politiciens avaient savement entretenu la confusion entre immigration et religion. Deux débats qui méritent d'être abordés séparemment. En mélangeant les deux débats lors des forums de la Commission, on peut observer à quel point l'immigrant parfait, est devenu la nouvelle obssession d'un Québec qui se découvre soudainement lui même imparfait. À force de pointer les signes religieux de certains immigrants, beaucoup de québécois ont soudainement découvert que des signes et des pratiques de la religion catholique ne sont pas totalement absents de certaines institutions du Québec. Je crains que la Commission, malgré certaines mises au point de Gérard Bouchard, ne fassent que cultiver le paradoxe.

Déjà le 26 mai 2005, les députés de l'Assemblée Nationale avaient consacré le paradoxe québécois en matière de religion en votant à l'unanimité (dans une salle où le crusufix est exposé depuis 1936) la fameuse motion interdisant tout tribunal islamique. Personne de ceux et celles qui prônent la laïcité comme solution idéale dans notre culture commune, n'avaient noté l'absence d'une nuance de taille dans cette motion. La marche du Québec vers la laïcité aurait fait tout un pas si la motion interdisait plutôt tout tribunal de type religieux. Mais le courage politique n'était pas au rendez-vous.

Sous prétexte que l'Ontario a failli introduire un tribunal islamique, les élus du Québec ont senti l'obligation d'envoyer un message clair, mais à qui ? Personne au Québec n'avait fait la requête d'un tel tribunal. Je ne connais aucun musulman du Québec qui a déjà senti le besoin d'être jugé selon d'autres lois. Le code civil au Québec ne donne, de toute façon, aucune chance à l'avènement d'un tel tribunal. Mais puisqu'un avertissement devait se faire, pourquoi ne pas l'avoir fait simplement sous forme de Déclaration, à savoir que désormais le Québec est une société laïque. Un nouveau tribunal de quelque religion que ce soit ne serait pas le bienvenu. Cette nuance de taille a échappé même à mes amis du Mouvement Laïque Québécois qui ont applaudit cette motion en sous-estimant les conséquences de l'amalgame qu'elle contient et son impact sur l'opinion publique.

Lorsqu'on veut protéger sa maison du vol, on ne programme pas de codes qui permettraient à certains voleurs, mais pas à d'autres, de franchir la porte. La motion du 26 mai 2005, laisse entendre que la laïcité au Québec est de mise uniquement quand il s'agit d'islam ou de musulman. Ce n'est pas étonnant que la confusion régne encore dans les forums de la Commission.

La tragédie du 11 septembre et les deux guerres qu'elle a provoquées en Irak et en Afghanistan, devrait plus que jamais nous rappeler que la laïcité est née comme alternative suite à des siècles de guerres de religions. Le 11 septembre aura eu raison de nous si le raisonnable fait place à un certain aveuglement. Aussi longtemps que le Québec ne se dotera pas d'une charte sur la laïcité, les confusions, les amalgames et les paradoxes subsisteront. De toutes les interventions aux différents forums de la Commission Bochard-Taylor, je note celle d'un jeune de St-Jérôme qui rappelait avec raison que nous n'avons qu'à être le modèle de ce que nous demandons aux nouveaux immigrants. Qu'il s'agisse de laïcité, d'égalité homme femme ou de français, le Québec a besoin davantage de se tenir debout devant lui-même.

Ceci dit, puisque l'immigrant parfait n'existe pas. Pas plus que le québécois parfait, ne nous trompons pas de débat.. Ça risque de faire davantage l'affaire de certains politiciens dont l'agenda compte sur une plus grande tension entre les ''Nous-autres'' et les ''Eux-autres''.


Mohamed Lotfi

14.05.2007

Et si le duel se transformait en duo..

''Le peuple s'intéresse à la politique quand la politique s'intéresse à lui'' Ségolène Royal.

Pour la plupart des analystes politiques, dont Michel David, les candidatures de Gilles Duceppe et de Pauline Marois à la tête du PQ s'annonçaient comme un «combat extrême dont le perdant ne se remettra jamais». Au risque de décevoir les analystes, le combat extrême n'aura pas lieu.

En se retirant de la course, M. Duceppe a fait preuve d'intelligence et de réalisme. Néanmoins, j'ose espérer qu'il ne renoncera pas à la possibilité de faire le saut au moment opportun. Pas nécessairement pour occuper le poste de chef du PQ. L'éventuel couronnement de Pauline Marois ne devrait pas l'empêcher de la rejoindre pour former en quelque sorte un duo.

Dans le cas d'un retour du PQ au pouvoir et du succès d'un troisième référendum, qui serait meilleur que Gilles Duceppe pour négocier une éventuelle sécession du Québec de la Confédération canadienne? Après presque 17 années de politique fédérale dont 10 comme chef du Bloc, c'est à partir de Québec que Gilles Duceppe aurait plus de légitimité et plus de crédibilité pour diriger des négociations. C'est une question de cohérence.

La preuve est faite qu'à partir d'Ottawa, Duceppe et son Bloc ne peuvent pas servir exclusivement les intérêts du Québec. En intervenant dans tous les dossiers, dont l'intervention canadienne en Afghanistan, indirectement et ironiquement, le Bloc rend davantage service à l'unité canadienne qu'à faire avancer la cause de la souveraineté du Québec. En attendant la souveraineté du Québec, on maintient celle du Canada! C'est le grand paradoxe du Bloc, pour ne pas dire celui du Québec.

Néanmoins, il faut reconnaître que le chef du Bloc a gagné de son expérience fédérale, grâce à son style, le respect du reste du Canada, voire même une certaine popularité. Si la souveraineté demeure une priorité dans le programme du PQ, le lien privilégié de M. Duceppe avec le reste du Canada doit servir à quelque chose.

Par ailleurs, les résultats du 26 mars dernier ont confirmé la confusion dans laquelle le Québec baigne depuis des mois. Souveraineté, identité et laïcité sont les enjeux du Québec d'aujourd'hui. Les Québécois, qu'ils soient ou non membres du PQ, devraient se réjouir de voir deux figures éminentes de la politique unir leurs talents, leurs expériences et leur notoriété pour remettre plus de clarté et d'ordre dans ces matières. En travaillant ensemble, M. Duceppe et Mme Marois pourraient grandement contribuer à sauver le Québec des conséquences catastrophiques de cette confusion.

En formant un duo, j'imagine le tandem Marois-Duceppe organiser une tournée dans tout le Québec où ils iraient inverser la formule qui veut qu'un citoyen pose une question et le politicien y réponde. Autrement dit, faire preuve d'une écoute réelle de la voix du peuple. Je les imagine aussi s'ouvrir à un partenariat avec le nouveau parti Québec solidaire qui n'a pas dit son dernier mot.

«Plus que jamais unis», voilà la devise qu'ils pourraient tous deux incarner pour un Québec qui souffre plus que jamais de division. Une division illustrée notamment par le gouffre qui sépare le peuple de la politique.

Est-ce trop rêver que d'imaginer deux politiciens de l'envergure de Mme Marois et M. Duceppe mener le Québec à son rendez-vous avec l'histoire? Maintenant que le spectacle d'un duel n'aura pas lieu, l'entreprise d'un duo, au risque de dérouter les analystes, serait une preuve que faire la politique autrement, c'est possible. Tout l'honneur reviendra à celui qui acceptera le titre formel de sous-chef. La politique ce n'est pas une science, c'est un art, l'art du compromis. De leurs longues expériences en politique active, Pauline Marois et Gilles Duceppe devraient bien le savoir.

La politique retrouve ses lettres de noblesse quand les politiciens font preuve de courage en mettant de côté leur ego. Gilles Duceppe en a donné l'exemple. C'est au tour de Pauline Marois de le suivre en l'invitant à la rejoindre, au nom de l'intérêt suprême du Québec.


Mohamed Lotfi

29.04.2007

L'amour avec un grand B

Lettre à Janette Bertrand

«Chez vous, c'est chez nous, chez nous, c'est chez vous... aussi.» - Gilles Valiquette.

Qui au Québec ne vous aime pas, Mme Bertrand? Bien avant que vous ne soyez consacrée femme du siècle par le public du Salon de la femme en 1990, vous étiez déjà un monument national. Si cet hommage a été jugé caricatural, il n'exprimait pas moins la reconnaissance que le Québec doit à la grande féministe que vous étiez avant l'heure.

J'aime l'éducatrice populaire que vous n'avez jamais cessé d'être pour améliorer les conditions des femmes. Mais par-dessus tout, j'admire chez vous d'avoir surmonté votre propre vulnérabilité et ce manque d'amour que vous avez souvent évoqué pour construire ce que vous êtes devenue. Une femme épanouie, pleine de compassion pour ses semblables.

Mais à 82 ans, tout monument national que vous êtes, Mme Bertrand, vous avez dit une bêtise. À votre dernier passage à Tout le monde en parle (TLMEP), vous avez répondu à une question alors qu'on vous en avait posé une autre. Une réponse qui, avouons-le, n'est pas à la hauteur de l'éducatrice populaire que vous êtes. Disons que vous n'avez pas beaucoup réfléchi à la question posée. Néanmoins, presque deux millions de Québécois, qui vous aiment et vous respectent, vous ont entendue. Combien parmi eux ont-ils noté l'erreur dans la question et la bêtise dans la réponse?

Comme tous les invités de TLMEP, vous deviez répondre à une petite entrevue formatée. De petites réponses à de petites questions. L'animateur a appelé cela «la question Janette». À la question: «Si tu avais une question à poser à une musulmane qui vit au Québec?», vous avez répondu, après un silence: «T'es de la visite [silence], qu'on aime, qu'on veut garder. Respecte-moi.»

La confusion dans la réponse

Il y a dans cette petite réponse toute la confusion dont le Québec souffre dès qu'il s'agit de musulmans et d'islam. Il y a aussi une contradiction flagrante dans le message caché dans cette petite réponse: il fait appel à l'intégration de l'immigrant tout en continuant à le considérer comme de la visite!

J'imagine que je ne suis pas le seul à avoir compris que votre réponse, Mme Bertrand, s'adresse particulièrement aux femmes musulmanes voilées qui vivent au Québec. Celles dont les médias ont tellement parlé qu'il est devenu apparemment difficile de faire la distinction entre les musulmanes voilées et les autres.

La question de Guy A. Lepage ne parlait pas de musulmanes voilées mais de musulmanes tout court. Le diable est dans les détails. Apparemment, vous n'êtes pas la seule à qui échappe cette nuance de taille. Et pourtant, faut-il le rappeler, la majorité des femmes musulmanes, au Québec et dans le monde, ne portent pas le voile. Elles ne sont pas toutes pratiquantes. Dans la rue, vous en avez croisé des centaines. Parlez avec elles.

Aussi attachées que vous aux valeurs de liberté et d'égalité, ces musulmanes sont des citoyennes à part entière. Certaines sont arrivées plus récemment que d'autres. Mais toutes ces femmes ne sont pas en visite, comme vous dites. Plusieurs ont des enfants nés ici. Certaines ont choisi des hommes d'ici comme mari. Quand je pense qu'il n'y a pas longtemps, aux nouvelles de TVA, Pierre Bruneau présentait une femme musulmane en tenant à préciser qu'elle était «non voilée». Ça semblait être l'événement du jour!

Puisque, de toute évidence, votre demande de respect s'adressait aux femmes musulmanes voilées qui vivent au Québec (sinon, je ne vois pas la raison d'être de la question), en quoi ces dernières ne vous respectent-elles pas, Mme Bertrand? La formule de l'entrevue ne vous permettait pas de vous expliquer, mais je devine par votre expression, «respecte-moi», que vous faites allusion à ces longues années de combat des femmes pour faire reconnaître leurs droits au Québec. Vous avez peut-être peur que tant d'efforts soient sabotés par des visiteuses musulmanes, devenues à travers les médias symboles du recul des droits des femmes.

Expression politique

Au risque de vous surprendre, moi aussi, Mme Bertrand, chaque fois que je croise une femme qui porte le voile islamique, ici ou ailleurs, je ressens une peine profonde. Mais le laïque que je suis n'explique pas son malaise devant le voile par le manque de respect. Ce serait trop simple -- pour ne pas dire simpliste -- que de réduire le phénomène du voile islamique au Québec à une affaire de manque de respect.

Ma peine trouve ses racines dans une histoire qui dépasse les frontières du Québec. Il y a 40 ans, des milliers de femmes et d'hommes musulmans ont désiré de toutes leurs forces atteindre plus de liberté dans le cadre d'une évolution démocratique. Leur volonté n'a pas été respectée. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé, souvent au prix de leurs vies.

Le voile islamique n'est pas uniquement le symbole d'une appartenance religieuse. Il est aussi l'expression politique d'une déception. Il y a 30 ans, dans certains pays, le voile islamique n'existait pas. Les femmes ne se sentaient pas moins bonnes musulmanes que les musulmanes voilées d'aujourd'hui. Elles étaient modernes et aspiraient à plus de droits. Elles espéraient retrouver leur liberté dans la démocratie. Mais la démocratie n'a jamais vraiment été au rendez-vous. Avec la complicité tacite des grandes démocraties, on a tué dans l'œuf tout élan démocratique des pays nouvellement indépendants, guerre froide oblige...

Sans démocratie, il n'y a pas de véritable justice, et sans justice, il n'y a pas de véritable paix sociale. Devant cette impasse, dans plusieurs pays musulmans, le repli sur soi est devenu le seul recours de milliers d'hommes et de femmes. La religion, lieu de toutes les espérances, a pris une place d'une ampleur égale au vide qui sépare les riches devenus plus riches et les pauvres devenus plus pauvres, créant ainsi des situations socioéconomiques désastreuses. L'immigration est devenue une solution de survie non seulement pour fuir la misère mais aussi pour réaliser le rêve de liberté. Néanmoins, certains immigrants arrivent avec les traces d'amertume d'un certain passé. Voilà pourquoi les pays du Nord n'ont pas échappé au phénomène islamique. Nous sommes au stade où le repli sur soi des uns provoque le repli sur soi des autres.

L'histoire du voile, Mme Bertrand, est encore longue à raconter. Si, dans certains pays musulmans comme l'Iran, le voile est imposé par la loi, dans d'autres pays, il cache d'autres dimensions, certaines frisant le surréalisme. Un jour peut-être, je vous en parlerai autour d'un verre. En attendant, je vous recommande vivement de lire Les Identités meurtrières d'Amine Maalouf.

Je me permets de vous répéter ce que vous avez enseigné toute votre vie à vos concitoyens, à savoir que la meilleure façon de gagner le respect de l'autre, c'est de se respecter soi-même. Lorsqu'on osera faire de la laïcité au Québec une affaire de tous par une charte nationale, lorsque le voile dans une institution publique sera aussi interdit que le crucifix à l'Assemblée nationale, alors le respect que vous demandez aux musulmanes voilées concernera tous les Québécois sans distinction. Mais nous n'en sommes pas encore là.

En vous attribuant le prix Condorcet 2003, le Mouvement laïque québécois a voulu souligner votre «remarquable contribution à l'élimination de préjugés, à la réhabilitation des exclus de notre société et à l'instauration d'un nouveau climat d'ouverture et de respect mutuel dans les discussions publiques de problèmes relevant d'options morales».

À votre dernier passage à TLMEP, une petite occasion s'est offerte à vous pour stimuler ce climat d'ouverture et de respect mutuels. À votre place, la question que j'aurais posée à une femme musulmane qui vit au Québec aurait été celle-ci: «Pourrais-je aller chez-vous ? J'aimerais jaser entre femmes avec vous... » Presque deux millions de Québécois, dont moi-même, vous auraient alors reconnue.



Mohamed Lotfi

03.04.2007

Une victoire ? Mais quelle victoire ?

http://www.ledevoir.com/2007/03/29/137339.html

Le Parti québécois n'est pas le seul qui devrait se remettre en question à la suite du verdict populaire du 26 mars. Toutes les forces de gauche au Québec devraient se sentir concernées par ce tsunami de protestation qui vient de frapper la classe politique. Ceux-là mêmes qui craignaient la montée de la droite au Québec devraient tirer une grande leçon de réalisme de la division qu'ils se sont eux-mêmes infligée.


Je vois dans ce verdict moins une victoire de l'Action démocratique du Québec que celle d'un certain cynisme envers la classe politique. Presque 30 % des électeurs n'ont pas voté alors qu'on prédisait un record de participation. La majorité des électeurs qui ont voté en faveur de l'ADQ ont exprimé une colère légitime que Mario Dumont, le seul des trois chefs épargné par l'exercice du pouvoir, a bien su récupérer.

Bref, ce qu'on appelle la victoire de Mario Dumont est à mon avis le résultat de plusieurs facteurs.

- Le manque de réalisme et de savoir-faire politique de la gauche ainsi que son incapacité à former une coalition solide devant le vent de droite.

- Le fait que le discours de gauche soit concentré à Montréal, provoquant une riposte des régions.

- Le cynisme grandissant provoqué, depuis les 15 dernières années, par les promesses non tenues des partis élus.

- La démission des intellectuels et des artistes de l'engagement politique a certainement contribué à l'ampleur du cynisme.

- L'intervention du gouvernement fédéral en pleine campagne électorale, sans être aussi déterminante qu'on l'aurait cru, n'a pas nui à Mario Dumont.

- La responsabilité de la classe médiatique, qui a réduit la campagne électorale à un sport où le plus agressif et le plus manipulateur passe pour le plus habile. La plupart des analyses politiques ont été davantage fondées sur les performances des chefs que sur leurs programmes.

- La démagogie de certaines radios dans les régions, exploitant le ras-le-bol des gens, a certainement joué un rôle dans l'orientation du vote.

- Le faux débat sur les accommodements raisonnables a été révélateur d'une vulnérabilité collective qui favorise le repli sur soi propre à la droite. On n'a jamais vu la peur de l'autre être exploitée à ce point par politiciens et médias confondus.

- Le fait d'insister sur la tenue d'un référendum sur la souveraineté sans donner le moindre détail sur le projet de pays donne l'impression que celle-ci est devenue plus une marque de commerce qu'un projet de pays.

- Nationaliste ne veut pas dire souverainiste et être souverainiste ne veut pas dire être de gauche. Combien de souverainistes ont voté ADQ?

- À tous ces facteurs, il faut ajouter le savoir-faire de Mario Dumont dans l'art de manipuler un Québec qui ne sait plus ce qu'il veut ni ce qu'il est.

Et la démocratie?

La victoire de Dumont n'a d'égale que l'échec d'un Québec qui se cherche difficilement. Certains nouveaux arrivants ont probablement exacerbé des malaises déjà existants. La laïcité, la social-démocratie et la souveraineté sont les objets principaux de ces malaises que la droite récupère à son avantage.

En 2002, au deuxième tour de l'élection présidentielle, toute la gauche en France s'était mobilisée pour former un mur contre l'élection de Jean-Marie Le Pen. Avant quatre ans, le Québec aura à vivre l'expérience du deuxième tour, qui sera peut-être l'expérience de la dernière chance pour les souverainistes d'aujourd'hui. Dans tous les partis politiques, les forces de gauche, souverainistes ou pas, auront l'occasion historique de sauver le Québec de ses propres ombres. La petite cause de chacun devrait se rallier à celle de l'autre pour en faire une plus grande.

J'écrivais dernièrement que quelle que soit l'issue du scrutin du 26 mars 2007, c'est la démocratie au Québec qui en sortira plus que jamais gagnante. J'aimerais encore le croire en ayant une pensée particulière pour un homme. Je l'avais croisé le 14 avril 2003 dans un bureau de scrutin à Montréal. Il faisait la file et attendait son tour pour exercer son droit de vote. Cet homme avait une larme à l'œil. Très ému de savoir qu'il allait voter pour la première fois de sa vie, il me racontait qu'au pays d'où il venait, la seule fois où il avait failli voter, une vague de violence l'avait empêché de sortir de chez lui.

Je ne sais pas pour qui il avait voté, mais ce 14 avril 2003, c'était de toute évidence son premier rendez-vous avec la liberté.

J'espère pour cet homme venu d'ailleurs qu'il se sentira encore plus libre le jour où le Québec entreprendra une réforme approfondie du mode de scrutin. La santé que nous sommes nombreux à vouloir améliorer au Québec est celle de la démocratie québécoise. Et pourquoi pas pour les prochaines élections?


Mohamed Lotfi



''Super Mario''
reportage / entrevue
http://www.souverains.qc.ca/smario.html

05.02.2007

Mon Québec à moi...

''Je m'appelle Mohamed, je suis québécois et je vous emmerde''.

La dernière fois que j'ai entendu cette phrase, j'étais dans un taxi à quelques 5000 kilomètres d'Hérouxville dans un pays musulman.

Presque à chaque fois que je prenais le taxi dans ce pays, accompagné de mon fils, j'échappais rarement à quelques commentaires du chauffeur qui trouvait inconcevable que mon fils de 23 ans, ne parle pas couramment l'arabe et ne connaît pas suffisamment la religion de son père. Aux yeux de certains chauffeurs, ne pas lui apprendre l'arabe et la religion c'était le condamner à la perdition. Quand les commentaires prenaient le ton d'un sermon, j'y mettais fin poliment, ''Mieux que l'arabe ou la religion Monsieur, j'apprends à mon fils de se mêler de ses affaires''.

Mais ce jour là, je suis tombé sur un chauffeur pas comme les autres. Détenteur d'un doctorat en biochimie, fatigué de manifester sa revendication du droit au travail avec des centaines d'autres chômeurs hautement diplômés, il a choisi le taxi pour faire vivre sa petite famille en attendant que son pays, ou n'importe quel autre pays, lui offre le travail qui corespond à sa formation.

Cet homme était tellement pas comme les autres chauffeurs qu'après lui avoir confier mes petites anecdotes avec certains de ses ''collègues'', il s'est mis à rire comme d'une blague très drôle. Il trouvait particulièrement subversif que j'emploi dans la même phrase, ''arabe'', ''religion'' et ''se mêler de ses affaires''.

Et comme pour m'aider à raffiner ma réplique face à d'autres éventuels sermons, il s'est mis à me proposer à la blague d'autres versions. Jamais un chauffeur de taxi ne m'a fait autant rire. De toutes ses propositions, je me rappelle de celle qui sonnait à mes oreilles comme le refrain d'un rap. ''Je m'appelle Mohamed, je suis québécois et je vous emmerde!!''.

Il n'y a pas longtemps, je me suis trouvé devant un professeur d'université qui tenait un discours savamment ambiguë sur les notions de minorité et de majorité. À partir de quand un immigrant du Québec peut se permettre de se sentir de la majorité ? Pour l'aider à mieux préciser ses propos, je lui ai demandé s'il ne trouvait pas absurde, pour ne pas dire discriminatoire, qu'on désigne certains citoyens du Québec de minorités visibles ? En poussant plus loin le raisonnement, j'ai demandé à quelle catégories de citoyens québécois devrais-je appartenir ? À la minorité à moitié visible ou à la majorité à moitié invisible ?! Un peu confu devant mes questions, le professeur s'est contenté de répondre ''Il faut bien qu'on vous désigne de quelque chose pour distinguer les différences culturelles''.

À 200 kilomètres d'Hérouxville, dans un local universitaire, j'imaginais l'éclat de rire de mon ami biochimiste si j'avais utilisé sa réplique à l'égard du prof. Elle a failli m'échapper. Mais j'ai opté plutôt pour un silence dosé d'un sourire enigmatique.

Depuis ma rencontre avec cet homme d'esprit, chauffeur de taxi et biochimiste de formation, je réprime le désir de lancer à bien des personnes, d'ici et de là bas, la réplique dont il est l'auteur. Ce ne sont pas les occasions qui manquent. Mais de peur qu'elle soit mal comprise, mal interprétée ou récupérée médiatiquement, surtout de peur qu'elle soit dépossédée de l'humour qu'elle contient profondément, j'ai opté pour le silence. Elle résume pourtant mieux que n'importe quel discours ce que je suis devenu. Ce que sont devenus la majorité de ces québécois venus d'ailleurs. Ils n'ont pas à être inclus ou tolérés, ils sont ici et ils le restent pour le meilleur et pour le pire. Simplement.

Naturellement, ils assument leur choix de s'arracher à leurs racines. En regardant leurs enfants prendre un accent qui n'est pas le leur, tranquillement, mais inévitablement, ils deviendront aussi québécois que le sont devenus tous ceux et celles qui débarquent sur cette terre depuis quatre siècles. Tôt ou tard, l'immigrant finit par arriver à la même réflexion du personnage principal du premier roman d'Abla Farhoud ''Le bonheur a la queue glissante'', ''Mon pays c'est là où mes enfants sont heureux''.


À l'occasion de ce débat médiatique enflammé, maladroit et confus sur les acommodements de ''Nous autres'' envers ''Eux-autres'', la réplique du biochimiste me revient chaque fois que le débat prend une nouvelle ampleur médiatique. Je me la répète mais en lui apportant la nuance qui s'impose. Comme pour tuer à petites doses toute trace d'identité meurtrière qui sommeille en chacun de nous. Celle qui se contente d'une seule appartenance. Mon Québec à moi ne se contente plus d'une seule appartenance. Oui, je me la répète comme un rap ouvert sur demain.

Je suis arabe, je suis musulman, je suis juif, je suis chrétien, je suis africain, nord-africain, nord-américain, francophone, je suis berbère, je suis montréalais, je suis d'Hérouxville.

Je m'appelle Mohamed, je suis québécois et je vous embrasse...


Mohamed Lotfi
www.souverains.qc.ca/flash4.html

15.01.2007

Le choc des vulnérabilités

''Eux autres et nous autres''

'' Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leurs conneries, pas leurs différences'' Anna Gavalda.

Le Québec ce n'est pas l'Irak. Personne ne tire sur personne par un simple sentiment d'intolérance. Mais cela ne veut pas dire que le débat sur la tolérance et les accommodements raisonnables se fait en toute sérénité. Je n'entends pas autour de moi, et encore moins dans les médias (excepté quelques émissions de Radio Canada qui font plus d'effort depuis quelques semaines) un débat fondé sur une volonté de construire une culture commune.

Le barratinage médiatique sur bien des sujets fabriquent une opinion publique plutôt confuse. Comment à partir delà, considérer les résultats d'un sondage sur la tolérance et le racisme avec sérieux..? Pendant de longues semaines, les médias se sont arrêtés (pour ne pas dire acharnés) sur des cas isolés d'imbécillité. Une fois que le consommateur de l'information, même le plus intelligent et le plus averti, a intériorisé les bêtises entendus ici et là, les sondeurs se sont présentés à lui ''Puis, qu'en pensez-vous ?''.

Jamais nous n'avons encore assisté à des communautés entières d'immigrants, sortant dans la rue pour réclamer tel ou tel affaire. Aucune des personnes mises en causes dans les cas isolés, n'est le porte-parole d'une communauté, encore moins élue par elle. Un de mes amis ne sait plus à qui en vouloir ? À certains médias ou à ceux qui leur donne l'occasion de déclencher la machine de l'amalgame ? Certains médias ont tendance à exploiter, sans honte ni éthique, le choc des vulnérabilités issu du choc des cultures.

Un jour, un dictateur arabe, en répondant à un journaliste français sur le rapport médias et opinion publique, il a dit à peu près dans ces termes ''Donnez-moi le contrôle de tous vos médias pour quelques semaines et je provoquerai une guerre civile''. Dictateur, mais pas con! Nous sommes très loin d'une guerre civile au Québec, mais il y'a zizanie dans l'air. Des ondes parasites brouillent les signaux. Ici Radio Blablabla...

Sortons de la bulle médiatique et des sondages qu'elle enveloppe. Laissons à l'immigrant la responsabilité d'assumer naturellement son choix de vie. En s'arrachant à ses racines, il n'a d'autre choix que de s'enraciner dans la terre d'accueil. En regardant ses enfants prendre un accent qui n'est pas le sien, tranquillement, mais inévitablement, il deviendra aussi québécois que le sont devenus tous ceux et celles qui débarquent sur cette terre depuis 5 siècles. Tôt ou tard, l'immigrant finit par arriver à la même réflexion du personnage principal du premier roman d'Abla Farhoud ''Le bonheur a la queue glissante'', ''Mon pays c'est là où mes enfants sont heureux''.

Tout dernièrement, je découvre que mon facteur, dont l'accent, l'allure et la démarche ne laisse aucun doute sur sa ''purlaineté'', porte le même nom que moi !! N'est-ce pas aussi pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants que des milliers d'immigrants débarquent au Canada et au Québec ? Le temps et l'accent finit par arranger les choses.

Par ailleurs, un Québec qui sait davantage ce qu'il veut, par la force de ses institutions et de ses lois, n'aurait pas à faire une liste d'accommodements qui risque de s'allonger interminablement devant les exigences des religions des uns et des autres, incluant la catholique.. Le seul accommodement qui me paraît raisonnable c'est une laïcité qui va au bout d'elle-même. Qui parmi les élus et les élites a le courage d'en réclamer l'urgence ?

Faisons un effort de vulgarisation pour établir clairement la distinction entre laïcité et absence totale de religion. Beaucoup continuent d'associer laïcité et athéisme. Je n'ai jamais compris que la laïcité appelle à une désacralisation de la société. L'arbre de Noël ne devrait pas disparaître. Mais le crucifix à l'assemblée national, oui. Mais avec une charte canadienne qui établie clairement que ''le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit'', rien n'est encore tout à fait clair. Par contre nul part dans la charte québécoise des droits et libertés on fait allusion à la suprématie de Dieu.

Au Québec un mouvement de fond vers la laïcité résiste, malgré les apparences et les vulnérabilités, au barratinage médiatique. 2008 connaîtra l'entrée en vigueur des écoles totalement linguistiques et la fin des cours religieux. J'ai entendu dernièrement dans un reportage de Radio Canada une éducatrice religieuse résumer en une phrase les bases de la laïcité ''L'église fera des bons chrétiens et l'école de bons citoyens''. Les espoirs sont permis.

Par ailleurs, le Québec a besoin de faire un débat plus large sur la notion de "Nous". La construction d'une culture commune doit se faire communément. Qu'il s'agisse d'immigrants, de noirs, de gangs de rue, de sans statuts (Kader, aveugle et diabétique, réfugié dans un sanctuaire catholique depuis un an) ou de personnes incarcérées, derrière le ''Eux autres'', il y'a toujours le ''Nous'' et les responsabilités collectives qui vont avec.



Mohamed Lotfi

Journaliste, réalisateur de
Souverains anonymes
www.souverains.qc.ca/flash4.html

02.10.2006

L'autre face cachée des gangs de rue...

''Quitte tout et tu retrouveras tout'' Gérard de Groote

Depuis quelques mois, les gangs de rue sont plus que jamais à la mode dans tous les médias. Et pourtant, la police de Montréal a reconnu pour la première fois leur existence en 1989. On avait alors recensé 27 groupes et 314 membres connus. Aujourd’hui, la police identifie 25 gangs de rue «organisés», regroupant 1250 membres. C’est quatre fois plus qu’en 1989. Selon elle, de janvier à juin 2006, il y'a eu 9 meurtres, 29 tentatives de meurtres et 779 arrestations, tous reliés au milieu des gangs de rue. Au cours des 16 dernières années, plus de 111 homicides survenus dans la région de Montréal étaient liés à des gangs de rue, dont 3 en 2005. 10% des jeunes à Montréal seraient touchés, de près ou de loin, par le phénomène des gangs de rue !


Rattraper le temps perdu

Tout dernièrement, un homme derrière les barreaux m'a confié un rêve qu'il aimerait transformer en projet. Il aura peut-être bientôt l'occasion d'en parler publiquement lui-même. En quittant la prison dans quelques semaines, Jean-Luc compte se préparer à réaliser le rêve de sa vie. Marcher de Montréal à Vancouver. Depuis son jeune âge, il rêve de contempler un jour le Pacifique et d'y plonger. Dans sa cellule, il lui arrive souvent de fermer les yeux pour se voir traverser des villes et des villages, des montagnes et des vallées. Marcher jusqu'au bout du monde pour quitter le territoire hostile. Retrouver sur la route ce que la rue lui a volé. Beaucoup de lui-même

Pour cet homme de 46 ans, entreprendre maintenant une telle marche serait un moyen de couper le cercle vicieux entre la prison et la rue. Rattraper le temps perdu. Partir pour se refaire. Après avoir vécu une vie «de gang, de drogue de haine et de guerre», Jean-Luc croît fermement aujourd'hui que seul un défi aussi grand pourrait donner un nouveau sens à sa vie. Et si la communauté pouvait l'honorer de son appui et donner un sens collectif à son projet ?

À 13 ans, Jean-Luc croyait avoir retrouvé dans la rue moins de violence que dans sa famille. Il fuyait surtout les coups de son père. Sans en faire officiellement partie, Jean-Luc a côtoyé dans la rue toutes sortes de gangs. Il a bien vu comment une bande d'amis peut s'avérer rapidement un gang criminel. Un gang avec des armes, une couleur, une discipline, un ''code d'honneur'' et un chef qui représente la figure rassurante d’un grand frère. Mais, contrairement à d'autres jeunes, Jean-Luc n'a jamais cherché à impressionner le chef, pour se sentir quelqu'un. Pour fuir la rue, Jean-Luc a déjà pris la route plusieurs fois a pieds vers la Gaspésie. Il connaît l’Atlantique. C’est le Pacifique qu’il aimerait maintenant atteindre.

Un guerrier de la lumière

Les multiples passages de Jean-Luc en dedans lui ont appris à se découvrir autrement. C'est en prison qu'il s'est découvert un talent d'artiste et de poète. C'est en prison qu'il a créé ses plus belles sculptures et ses plus beaux poèmes. Contrairement à d'autres, c'est en prison qu'il a appris à ouvrir son cœur et parler de son rêve pour la première fois.

«Si moi je m'en suis sorti, tout le monde peut s'en sortir.» Avec une telle devise, Jean-Luc croit que sa cause mérite d'être défendue dans une démarche symbolique de la même ampleur que celle de Terry Fox avant lui. Traverser quelques milliers de kilomètre avec un seul message. Marcher pour la non violence, marcher en silence. Phil Latulippe l'a fait à 62 ans, Jean-Luc croit être capable de le faire à 46 ans. À tous ceux qu'ils considèrent comme ses frères égarés, il voudrait être un model de celui qui quitte tout pour repartir à zéro.

Jean-Luc croit que l'impact de sa démarche pourrait faire mieux que bien des discours et peut-être bien des budgets. Il souhaite ardemment que la communauté l'appuie sans réserve pour donner à son aventure un sens plus grand que lui. En appuyant le projet de Jean-Luc, a travers des dons et des organismes communautaires, la communauté aurait l'occasion d'agir en toute cohérence en réaffirmant des valeurs de non violence, d'éducation et de prévention.

Je ne sais pas si Jean-Luc réalisera son rêve, si la communauté répondra à son appel, mais juste le fait d'y croire semble le rassurer et le tenir loin de la rue. Loin du crime. Il se définit aujourd'hui comme un guerrier de la lumière parce qu'il ose se battre contre lui-même, contre toutes les peurs qui ont marqué sa vie. Il retrouve dans ses réalisations artistiques une fierté et une estime de soi qu'aucune activité criminelle ne peut lui donner.

La face cachée de nous-mêmes

Depuis 1990, dans le cadre de mon travail auprès des détenus de ''Bordeaux'', des centaines de jeunes, dont des membres de gangs de rue, me confient leurs rêves et leurs projets. Certains sont plus réalistes que d'autres, mais ils expriment tous un appel à l’aide, une profonde urgence de s'en sortir. Pour réaliser leurs projets, plusieurs ont dû quitter le quartier, quitter la ville. Certains ont dû quitter le pays. Partir loin, le temps de se refaire.

Aussi dangereux soient-ils, les jeunes issus des gangs de rue, ne sont pas des extraterrestres. Ils viennent de nous et après leur passage en dedans, ils reviennent à nous. Entre temps, que faisons-nous, de particulier avec eux, alors que nous les avons sous les yeux, pour réduire le danger qu'ils représentent pour eux-mêmes et pour la société ? Réduire les conséquences sur leurs familles et sur leurs enfants. Que faisons-nous pour réduire le coût social et économique de leurs activités criminelles ? Après tout, les membres de gangs de rue ne représentent t-ils pas un peu la face cachée de nous-mêmes ? Qui achètent leurs drogues ?

Ces jeunes dont on parle, sans jamais les entendre parler eux-mêmes, ont aussi quelque chose à nous dire. Et si on osait les écouter un peu, pour éventuellement découvrir d'autres faces cachées ? Celles dont ils sont les seuls à pouvoir en parler. Celles qui révèlent notre part de responsabilité. Responsabilité sociale, responsabilité familiale. Celles qui envisagent aussi des pistes de prévention et de réinsertion. Celles qui transcendent des leçons de rue pour en faire des leçons de vie.

Il y'a dans le rêve de Jean-Luc une part de nous tous.
Bonne chance Jean-Luc.

Mohamed Lotfi

15.09.2006

11 + 13 = Zones d'ombres

Il ne s’appelle pas Mohamed, Rachid ou Mustapha. Il s’appelle Kimveer. Il n’est pas musulman. Son acte terroriste, posé deux jours après le 11 septembre dernier, ne se revendique d’aucune idéologie islamiste. Les experts invités dans les médias pour expliquer le geste horrible de ce jeune québécois de 25 ans, ne sont pas des analystes d’actes terroristes, mais des psychologues. Le mépris de la vie chez les uns s’explique mieux apparemment que chez d’autres !!

Alors que Kimveer préparait soigneusement son acte terroriste, comme il le laissait entendre lui-même sur son site, tous les médias étaient occupés à souligner le 5ième anniversaire du 11 septembre par un traitement médiatique franchement douteux qui a provoqué une vague de méfiance envers une ‘’catégorie’’ de canadiens. De nouveau, la machine de la stigmatisation et l’amalgame a été relancée.

Selon les médias, nous ne serions pas à l’abri d’acte terroriste islamiste venant de citoyens canadiens musulmans. C’est arrivé en France, en Angleterre, en Espagne, ce n’est pas impossible que cela arrive ici. Une filière canadienne a été découverte par la police française. Cela contraste un peu avec la déclaration du Maire de Montréal qui, suite à la tuerie du Collège Dawson, s’est pressé de nous rappeler que le geste de Kimveer est isolé, que Montréal demeure une ville sécuritaire. En tant que montréalais, je le crois. Mais si Kimveer était musulman, à quel genre de déclarations aurions-nous eu droit ?

Toute société a le droit et le devoir d’adopter la vigilance envers toute forme de violence. Je questionne les effets pervers de certaines méthodes.

Le 11 septembre est devenu un produit de consommation apparemment très payant pour la plus part des médias qui se sont fait un devoir, à l’occasion de ce 5ième anniversaire, de se déguiser en agences de sécurité. Chacun à sa manière et avec son style. Radio Canada (radio et télés confondues) ne fait pas mieux que les autres, ceux dits sensationnalistes. Nous sommes loin de la noble mission journalistique qui consiste à explorer les racines et les causes des évènements. Excepté les moments des lignes ouvertes de l’émission La Tribune, la plupart des émissions d’informations de Radio Canada se sont consacrées aux états d’âmes des chefs politiques, aux anecdotes des journalistes, aux retours sur le lieu du drame et à la peur que susciterait la présence des musulmans au Canada. L’obsession de sécurité telle que présentée par les médias, dont plusieurs émissions de Radio Canada, cache mal une vision étroite de l’appartenance et de l’identité.

À cette date anniversaire du 11 septembre, plus que jamais, dans la plupart des médias, le recul et la nuance ont brillé par leur absence. Nous avons été plutôt invités à nous sentir tous américains. Et pourtant, à juger par les lettres d’opinion et les lignes ouvertes, exprimées dans les cinq dernières années, notamment sur les ondes de Radio Canada, beaucoup de québécois se sont montrés capables de recul et de lucidité. Les analyses de certains auditeurs sur le 11 septembre sont parfois plus brillantes et plus nuancées que celles des experts invités, presque toujours les mêmes d’ailleurs. Si le rôle de l’information est d’être le chien de garde de notre démocratie, j’ai peur qu’elle ne soit devenue dans certaines émissions un produit de consommation qui rajoute à l’ambiguïté et à l’amalgame.

Je trouve ironique que le dernier document spécial de Zone libre termine sur une citation d’Amine Malouf, tirée de son livre Les identités meurtrières, une de mes préférées : "C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer...". Je crois que Zone libre a moins libéré le regard du téléspectateur et davantage consacré le ton justicier de Jean-François Lépine. Le journaliste et animateur vedette n’a interrogé que des policiers, des gendarmes, des musulmans frustrés et Fatima Houda Pépin qui continue à jouer la musulmane modérée de service.

Lépine a fait aussi appel à un journaliste algérien invité spécialement de Paris, où il vit comme réfugié politique, pour espionner les musulmans dans les mosquées de Montréal. Un petit tour sur internet vous apprendrait l’approche de Mohamed Sifaoui qui a développé une expertise dans l’espionnage sur les islamistes d’Algérie avant de s’attaquer aux islamistes en Europe. Néanmoins ses relations ambiguës avec le régime algérien, une suite de complicité et de règlements de comptes, remettent en question sa crédibilité. Quelle est la pertinence de faire appel à lui en particulier ?

Dans le spécial de Zone libre, aucun intellectuel, sociologue, historien, encore moins un psychologue, n’ont été interrogés. Et pourtant c’est dans notre intérêt de comprendre pourquoi sommes-nous arrivés à confondre par exemple l’appartenance citoyenne et l’appartenance religieuse de certains canadiens ? Une confusion que le spécial de Zone libre exploite à fond.

Depuis la sortie de Fatima Houda Pépin pour dénoncer sans nuance les groupuscules islamistes au Québec, la tendance est de culpabiliser ceux qu’on appelle les musulmans modérés parce qu’ils n’oseraient pas se dissocier publiquement des musulmans extrémistes. C’est par peur de représailles qu’ils auraient peur de s’exprimer.

Je trouve incohérent un tel raisonnement, parce qu’implicitement il consacre le communautarisme de certains musulmans que les bien pensants voudraient voir disparaître. D’autre part, il divise les musulmans en deux catégories, ''les civilisés'' et les autres..!

Cette façon de raisonner cache une ignorance crasse d’une réalité québécoise. Les musulmans du Québec sont aussi des québécois. Si leur intégration est réellement désirée, les médias devraient cesser de les caser dans une communauté. Les musulmans du Québec sont d’origines différentes, de cultures différentes et de langues différentes.

Ils ne sont pas arrivés au Canada tous à la même date et n’habitent pas tous les mêmes quartiers. Au risque de surprendre certains, ils ne sont pas tous croyants et pratiquants. Je reconnais que certains individus musulmans militent pour projeter une image monolithique des musulmans du Québec. Les journalistes se sentent-ils obligés de leur donner la parole sous pretxete que tout le monde en parle ?
Je trouve maladroites, pour ne pas dire faciles, que certaines personnalités québécoises d’origine arabo-musulmane tombent dans le piège de l’amalgame en acceptant naïvement de répondre à l’invitation de certaines émissions où ils sont appelés à dire ce que les animateurs voudraient entendre, parce que ces derniers n’osent pas le dire eux-mêmes.

En participant au cirque médiatique qui met en scène un musulman tapant un autre musulman, ils font preuve de la même intolérance, de la même étroitesse d’esprit que ceux-là mêmes qu’ils voudraient dénoncer.

Un individu qui dit des bêtises, qu'il soit de quelque religion que ce soit, qu'il soit imam ou prêtre, c'est d'abord un individu qui dit des bêtises. Il ne peut représenter que lui-même.
La meilleure façon pour un citoyen québécois musulman, de se dissocier de certains propos ou comportements violents venant de quelques groupuscules que ce soit, islamistes, gothiques, gang de rue ou autre, ne serait-il pas de rappeler simplement son adhésion à ces valeurs non négociables. À savoir, la non violence, l’égalité des sexes, la laïcité, le respect des lois, le respect de l’autre, la liberté d’expression, la paix sociale.. etc ? Mais une démarche aussi nuancée n’est pas assez vendable médiatiquement.

Apparemment le traumatisme provoqué par le 11 septembre n'a pas fini de faire mal. Difficile d'en prendre le recul par une simple question : Pourquoi cela est-il arrivé ? La réponse est moins simple, mais elle porte en elle des faits et des vérités qui nous feraient peut-être encore plus mal. À savoir notre part de responsabilité dans toutes ces attaques terroristes dans des pays occidentaux. Notre tolérance face aux crimes d’Israël et surtout notre aveuglement, notre indifférence devant la misère qui produit la haine. Mais l’heure est au repli sur soi. Une brillante façon de nous détourner de nous-mêmes.

Il est reconnu maintenant que la non arrestation d’Osama Ben Laden est une volonté politique de l’État américain, en toute complicité avec certains états européens, dans le but de laisser planer la peur. Tant que l’ennemi terroriste court, cela justifie les abus. Les libertés individuelles sont affectées. Le patriot act est mieux supporté. Les invasions, les ripostes démesurées et la torture des prisonniers sont tolérées. Le maintien des troupes militaires occidentales en Afghanistan est justifiée. Les budgets militaires sont augmentés. Pour 2006, 44 milliards de dollars ont été affectés aux agences des services de renseignement au USA.

Médias et gouvernements occidentaux persistent à faire croire que seule la force militaire peut régler des problèmes qui sont fondamentalement d’ordre économique, politique et historique. Le lancement de tous les missiles du monde n’arrivera pas à soulager le mal des familles des victimes de New York. Il ne fait qu’accroître les morts et la souffrance humaine depuis 6 ans dans toutes les régions du monde visées par la guerre au terrorisme. Particulièrement en Irak, en Afghanistan, en Palestine et au Liban.

''Pourquoi cela est-il arrivé ?''. Cette question a été posée au lendemain de la tuerie du Collège Dawson survenue le 13 septembre 2006, J’ai entendu des réponses nuancées venant de toutes sortes de spécialistes et d’intervenants. J’ai entendus des phrases tel que "Il faut revoir notre vie en communauté".

Aucun acte terroriste islamiste n’a été posé encore au Canada. La meilleure façon de le prévenir n’est-ce pas en remettant réellement en question notre vie en communauté et notre façon de libérer certains de nos concitoyens de leur étroites appartenances ?

Mohamed Lotfi
samedi 16 septembre 2006

PS: L'émission Zone libre consacrera son prochain spécial au phénomène des gangs de rue. Devrais-je rappeler aux responsables de cette émission que les jeunes membres des gangs de rue sont aussi des canadiens dont la détresse découle fondamentalement aussi d'un problème d'appartenance.

25.08.2006

Liban: Entre guerre et Paix.

''La guerre de six jours dure depuis 38 ans''.
Jooneed Khan, la Presse, vendredi 11 août 2006



En quittant le Liban en 1946, La France s'est assurée d'abord de semer, ce qui s'avérera plus tard, les graines de la division. Avant de céder le pouvoir aux libanais, les autorités coloniales françaises ont mis en place une configuration des pouvoirs fondée sur l'appartenance religieuse, entre les trois grandes communautés. Ainsi, le poste de Président allait à un Chrétien maronite, celui du Premier ministre à un sunnite et celui de chef du parlement à un chiite. Le 13 avril 1975, les graines de la division ont donné leurs fruits. C'est le début d'une guerre civile qui a duré 18 ans. C'est en analysant l'entente de 1943, baptisée Pacte National, qu'on peut comprendre l'émergence du Hezbollah. Un parti politique qu'on accuse former un État dans l'État.

Le Pacte National, qui est donc une conception française, a consacré la confusion entre l'appartenance politique des libanais et leur appartenance communautaire et religieuse. Encore aujourd'hui, selon la même constitution, un sunnite ou un chiite, qui possèderaient les qualités d'un chef d'État ne pourraient jamais accéder au poste de Président. En 1943, la communauté chrétienne étaient à peine majoritaire. Nul part dans la Constitution de 1943, on avait prévu une reconfiguration des pouvoirs entre les communautés, advenant une évolution démographique qui pourrait favoriser une autre communauté au poste de Président. Les chiites représentent aujourd'hui plus de 35% de la population libanaise. Mais déjà 1975, les chiites n'étaient plus minoritaires au Liban. Parmi le 40% des Chrétiens, 24% sont maronites. Au Liban la religion et la politique sont étroitement liées. Sur la carte d'identité d'un Libanais, la religion de celui-ci est inscrite.

Les imperfections de la Constitution libanaise, ont eu pour conséquences de cultiver dans la communauté chiite en particulier, des sentiments de frustration et d'injustice. Des sentiments qui ont grandement contribué à l'éclatement de la guerre civile en 75. L'entrée en jeu des palestiniens dans la scène politique libanaise en 1971, après l'expulsion de l'OLP de la Jordanie, a eu pour effet de consolider les communautés musulmanes du Liban. Se sentant menacé par cette nouvelle force, les chrétiens du Liban ont fait appel à l'intervention de la Syrie en 1976 contre l'OLP et le Mouvement national libanais. Cela n'a fait qu'aggraver la crise.

C'est en réaction à l'invasion israélienne au Liban en 1982 que le Hezbollah est né. Sa branche armée, devenue la principale organisation militaire au Liban, a été crée grâce au financement iranien. Mais sa création répond à l'incapacité de l'armée libanaise de faire face à Israël. Elle répond surtout à un profond besoin d'une grande partie de la communauté chiite d'être mieux reconnue sur la scène politique. En somme, le Hezbollah est le résultat de deux injustices historiques, la première est libano-libanaise. La deuxième est étroitement liée aux conséquences de la guerre de 67.

Depuis sa création, le Hezbollah a été diabolisé par l'ensemble des médias et beaucoup de politiciens occidentaux. Aujourd'hui le Hezbollah est un parti légalement et légitimement reconnu par l'ensemble de la société libanaise. Ironique de voir et d'entendre des élus canadiens, Coderre, Duceppe et compagnie, remettre en question la démocratie libanaise en qualifiant le Hezbollah de groupe terroriste ! Nous savons bien que le Hezbollah est une guérilla de résistance, comme il en existe encore ailleurs dans le monde. Le Hezbollah est aujourd'hui représenté par 14 députés au Parlement libanais dont deux ministres. Je rappelle que le 1 août 2006, par la voie de son président, l'Union européenne a signalé que le Hezbollah ne sera pas inscrit sur la liste des organisations terroristes !!

Devant la résistance du Hezbollah, l'armée israélienne s'est attaquée à des régions chrétiennes espérant ainsi que les libanais retrouveraient leurs réflexes de guerre. Mais les chrétiens n'ont manifesté aucune hostilité contre le Hezbollah. On ne peut pas être plus libanais que les libanais. Malgré les grands dégâts de la guerre, pour la première fois depuis 1975, aussi absurde cela peut-il paraître, un sentiment de victoire traverse la plus part des citoyens de ce pays. Il faut rappeler que cette guerre est dissymétrique, elle oppose le faible au fort, David contre Goliath !!

Dans la résistance acharnée du Hezbollah face à la riposte démesurée d'Israël, les libanais ont retrouvé une certaine fierté. Si certains chrétiens du Liban ne portent pas le Hezbollah dans leurs coeurs, leur indignation face aux invasions d'Israël est immense. En tant que parti politique, le hezbollah accueille parmi ses membres des chrétiens et des sunnites. Apparemment et jusqu'à nouvel ordre, la politique du ''diviser pour régner'' dont les racines se retrouvent dans la constitution même du pays ne fonctionne plus.

Étant une spécialité française, la France aurait pu, avant son départ en 1946, intégrer les principes de la laïcité dans la constitution du Liban. Au moins semer quelques graines. Mais le Pacte National, tel que signé par les trois communautés libanaises, devait probablement répondre à ses intérêts. Suite au démantèlement de l'empire Ottoman le Liban est passé sous mandat français en 1920. Mais la présence française au Liban date depuis 1864 lorsqu'un gouvernement maronite autonome a été placé sous sa protection.

Désormais, les libanais ne pourront aujourd'hui compter que sur eux-mêmes pour éliminer toutes sources de division. Le Liban est une république, mais pas encore une république laïque. Voilà un beau projet de société qui devrait, à l'issu de cette victoire morale, interpeller tous les libanais.

Après cette dernière guerre avec Israël, la république du Liban est elle prête à améliorer son Pact National et faire la paix avec elle-même ? Fraternité, égalité et laïcité !



Mohamed Lotfi

ps: Aux propos de Marc Attali, Consul d'Israël, à l'émission la tribune de Radio Canada, je n'ai qu'un commentaire. Les québécoises et les québécois (dont les 50 mille manifestants du 6 août dernier) n'ont pas à s'excuser d'être ce qu'ils sont.

15.08.2006

Lozique n'est pas mort.

Il y'a trois ans, j'ai répondu à un article de Robert Lévesque du Journal Ici qui annonçait la mort de Losique (fondateur et directeur du Festival des Films du Monde). Lévesque traitait de merde un Festival qu'il boudait lui-même depuis des années.

Depuis la mort du Festival de la Critique à la fin des années 70, Lévesque ne pardonnait toujours pas au FFM de l'avoir tué et pris sa place. Lévesque faisait partie des fondateurs de ce festival dont personne ne se rappelle aujourd'hui. À cause du succès du FFM, le Festival de la Critique est mort presque dans l'oeuf. Que dire du retour en grand du FFM cette année. 215 longs métrages et 194 courts et moyens métrages provenant de 76 pays font partie de la programmation du 30e Festival des Films du Monde.

30 ans plus tard, Robert Lévesque ne devrait pas revenir du chemin parcouru d'un festival qu'il aime haïr. Mais cela demeure son problème personnel. D'ailleurs, le public dont je fais partie se fiche éperdument des petites guéguerres que se livrent des directeurs de festivals de cinéma et toutes sortes de lobby par la voie de journalistes pas si indépendants ni libres d'esprit qu'ils ne laissent croire.

Je me rappelle que Denis Côté, collègue de Lévesque, qualifiait dans ses chroniques de 2003 le FFM de mort et reprochait aux petit monde du cinéma et aux critiques de ne pas être assez critiques à son endroit. ''Où êtes-vous passés bande de calice'' leur a t-il lancé. Apparemment, le mépris n'aura pas triomphé.

En 1979, des cinéastes et producteurs québécois avaient manifesté contre Serge Losique pour des raisons fondamentalement politiques.. Depuis, le festival a fait son chemin et plusieurs parmi les rétracteurs de Losique reconnaissent aujourd'hui, malgré les petites imperfections (et quel festival n'en a pas), que le FFM est devenu un rituel incontournable que des milliers de québécois pratiquent avec bonheur. Le FFM n'est pas le festival des vedettes, des stars et c'est tant mieux ainsi. Montréal ne sera jamais Cannes, ni Toronto.

Le FFM aurait pu s'appeler Vues du monde pour l'extraordinaire rétrospective du cinéma mondiale qu'il nous offre. C'est principalement cela qui fait son originalité et son succès envers et contre les critiqueux montréalais.

Le FFM n'est pas mort parce que nous sommes des milliers à faire partie de sa longue vie. Non, Lozique n'est pas mort. Son festival est plus que jamais vivant. Bonne fête FFM.


Mohamed Lotfi

À l'occasion de la Journée Internationale de la Jeunesse.

"Les pires catastrophes, en histoire, ne proviennent pas tant de fausses doctrines ou d'actes criminels, que de négligences accumulées,
de volontés passives et d'idées trop courtes." Lionel Groulx


Samedi 12 août dernier, c'était la Journée Internationale de la Jeunesse. À cette occasion, il m'est revenu en tête des chiffres qui ne devraient laisser personne indifférent.

Selon la police de Montréal, de Janvier à juin 2006, il y'a eu 9 meurtres, 29 tentatives de meurtres et 779 arrestations, tous reliés au milieu des gangs de rue. Au cours des 16 dernières années, plus de 111 homicides survenus dans la région de Montréal étaient liés à des gangs de rue, dont 3 en 2005. La police de Montréal a reconnu pour la première fois l’existence des gangs de rue en 1989. On avait alors recensé 27 groupes et 314 membres connus. Aujourd’hui, la police identifie 25 gangs de rue «organisés», regroupant 1250 membres. C’est quatre fois plus qu’en 1989. Un autre article du Journal de la rue en ligne, rédigé en 2005, écrit que 10% des jeunes à Montréal seraient touchés, de près ou de loin, par le phénomène des gangs de rue ! Un récent sondage révèle que 1 jeune sur 5 à Montréal (entre 14 et 17 ans) a déjà porté à l'école une arme de point ou arme blanche.

Plus que jamais, la police montréalaise semble dépassée par le phénomène. La guerre entre gangs de rue est apparemment plus difficile à combattre que celle entre les motards criminalisés. Devant les affres de cette guerre, que les médias rapportent régulièrement, les citoyens continuent à la regarder comme si cela se passait plus loin que le Liban. Qu'attendent-ils pour se sentir concernés ? Que cela fasse des victimes ''innocentes'' ? (Jane Creba, une citoyenne de Toronto a été abattue en décembre 2005 lors d'un règlement de compte entre gangs de rue).

Les médias associent la plus part des crimes des gangs de rue à des jeunes issus des communautés noires. Dans les mêmes médias, jamais l'analyse ne va au delà du phénomène lui-même. Qu'ils soient noirs ou blancs, ce sont des jeunes de notre société qui ont eu d'abord mal avant de faire le mal.

Leur appartenance à une gang n'est évidemment pas indissociable d'autres problèmes qu'ils ont vécu, ou qu’ils vivent encore dans leurs familles. Pour la plupart d'entre eux, la gang est une famille qui a remplacé une autre. Entre leurs propres familles et celle de la gang, il y'a une des deux qui leur a apporté plus d'attention. Au moment ou ils avaient le plus besoin d'être encadrés et valorisés, la famille n'était pas au rendez-vous. Pour certains, le vide laissé par un père absent et une mère qui travaille, a été comblé par une famille d'amis qui s'est avérée très vite une gang. Une gang avec une discipline, un code d'honneur et un chef que le jeune recru doit impressionner pour se sentir quelqu'un. Le chef de gang représente la figure rassurante d’un grand frère. Dans une société traditionnelle, le même rite initiaque prend un sens plus noble parce que le but recherché est l'épanouissement du jeune initié sous les regards protecteurs des adultes. Dans une gang, les jeunes sont initiés par d'autres jeunes. Laissés à eux-mêmes, ils se fabriquent des rêves, mais sans les bons moyens pour les réaliser.

Michel Dorais de l'Université Laval vient de publier un livre ''Jeunes filles sous influence'' ou il établi un lien entre la prostitution juvénile et les gangs de rue. J'ai entendu quelques entrevues qu'il a accordées aux médias. Apparemment, la famille est absente de cette étude commandée par le Ministère de la Justice du Canada. Dans ces entrevues, à aucun moment l'auteur ne fait de lien de cause à effet entre gang de rue, prostitution juvénile et famille. Ça finit quand même par donner l'impression qu'en tant que société nous n'avons aucune responsabilité dans la progression du phénomène. Pour quand, une étude qui s'attaque aux racines du mal ? C'est très à la mode de parler des gangs de rue dans les médias.. Un sujet vendeur avec lequel les médias se gargarisent sans une compréhension réelle du phénomène.

Mais bien sûr, l'absence de la famille n'explique pas tout le phénomène. Comment démystifier l'appartenance à une gang dont les jeunes membres savent d’avance qu’elle peut les conduire au sacrifice ultime ? La mort. Comment expliquer cette haine qu'un jeune noir porte contre un autre jeune de la même couleur. À qui profite cette guerre ? Ils sont dans la force de l'âge et ils portent en eux cette idée fixe qu'appartenir à une gang c'est à la vie à la mort. Leur devise c’est ''Un pour tous, tous pour un''.

Mais tôt ou tard, ils finissent par réaliser que le ''Un'' en question n'est rien d'autre qu’une soif effrénée de l'argent. L'argent incarne pour eux le rêve ultime à réaliser. L'amitié et la solidarité dont ils se vantent se transforment en un moyen parmi d'autres d'auto manipulation. ‘’L’argent est le seul ami fidèle qui ne me trahira jamais’’ m'a t-il dit un jour l'un d'eux. À défaut de compter sur leur famille, sur leurs amis ou sur une formation scolaire, ils deviennent convaincus que l'argent est la seule porte de sortie pour leur garantir un avenir meilleur. Mais ces valeurs d'argent, de compétition qui favorisent des rapports de force violents ne sont-elles pas un peu les nôtre ? Les jeunes des gangs de rue ne représentent t-ils pas la face cachée de nous-mêmes ?

Aussi dangereux soient-ils, les jeunes des gangs de rue, ne sont pas des extraterrestres. Ils viennent de nous et après leur passage en dedans, ils reviennent à nous. Entre temps, que faisons-nous, de particulier avec eux, alors que nous les avons sous les yeux, pour réduire le danger qu'ils représentent pour eux-mêmes et pour la société ? Que faisons-nous pour réduire le coût social et économique de leurs activités criminelles ? Réduire les conséquences sur leurs familles et sur leurs enfants. Ce sont les questions que je nous pose à l'occasion de cette Journée Internationale de la Jeunesse. Des questions que je pose aux membres des gangs de rue dans le cadre de mon programme Souverains anonymes.

Dans le but de les orienter vers des voies de solutions. Pour qu’ils réalisent qu'une vie digne est possible en dehors d’une gang, j'ai conçu un plan d'intervention avec sept thèmes dont un fait essentiellement appel à leur création. Le projet ''Rap des hommes rapaillés'' connaît un succès auprès beaucoup de détenus de ''Bordeaux'' issus des gangs de rue. C'est avec intérêt et enthousiasme qu'ils ont accepté d'enregistrer des dizaines de poèmes et de chansons qui, éventuellement feront partie d'un album. Il y'a dans leur mots une part de nous-mêmes, celle qu'on veut ignorer. Ces jeunes dont on parle sans jamais les entendre parler eux-mêmes ont aussi quelque chose à nous dire. Et si on osait les écouter un peu ?


Il est urgent d'adopter un plan d'action spécial (national) partout dans les prisons où des membres de gangs de rue sont incarcérés, parce que face à l'ampleur du phénomène, mon projet demeure très modeste.


Cette journée internationale de la Jeunesse prendra sens dans notre volonté active d'améliorer le sors de nos jeunes, quelques soient leurs origines ou leurs couleurs de peau. La grande victime de cette guerre entre gangs de rue, c'est d'abord toute une jeunesse qui se brûle à coup ''de négligences accumulées, de volontés passives et d'idées trop courtes''.


Dans mon travail, chaque jour est une Journée Internationale de la Jeunesse.


Mohamed Lotfi

Journaliste et réalisateur de l'émission

Souverains anonymes.


PS: Selon les chiffres du Haut Commissaire de la GRC, il y aurait 300 gangs de rue au canada dont 800 membres seraient hautement criminalisés.

28.03.2006

La bonne croix et la mauvaise prière.

J'admets volontiers qu'une gang d'étudiants musulmans de l'École de Technologie Supérieur sont maladroits parce qu'ils font de leur revendication d'un lieu de prière une affaire de liberté.  La prière d'un musulman n'a pas besoin obligatoirement de local ni de mosquée.  Partout ou il peut reconnaître la direction vers la Mecque, le musulman pratiquant peut prier.     Nul part dans la religion musulmane n'est écrit qu'un local officiel est obligatoire pour qu'une prière soit entendue !   Vous verrez bientôt dans le coin d'un parc un homme ou une femme faire sa prière.  Mon père faisait souvent sa prière dans le train.  J'ai vu dernièrement un musulman prier dans une église.  Cependant, les quelques étudiants musulmans de l'ÉTS ne sont pas moins confus que ceux qui font de leur revendication une affaire d'État. 

 

Avec l'avènement massif des immigrants, beaucoup de québécois de souche, se trouvent pris entre les effets post-traumatiques d'une religion catholique, qui il n'y a pas longtemps dominait tout,  et l'arrivée des signes religieux étrangers qui ravivent ce traumatisme.  Le discours que j'entends sur la laïcité depuis quelques temps est pervers, pour ne pas dire de mauvaise foi.  Que cherche t-on,  faire avancée la laïcité ou manifester le refus de l'autre ?
Alors que des crucifix pondent encore un peu partout dans les écoles primaires et même à l'Assemblée Nationale du Québec (Alors que Noël, Mardi de paques et d'autres fêtes catholiques n'ont pas encore disparus), des voix s'élèvent contre toute tentative de retour de la religion dans l'espace publique.  Y'aurait-il des bonnes et des mauvaises religions ? Et ce n'est pas vrai qu'un signe catholique dans une école primaire est plus discret qu'une prière musulmane dans un local universitaire. 

 

Par ailleurs, si au Québec il reste du sacré plus de croix et moins de prière,  chez beaucoup d'immigrants le sacré fait encore partie prenante de tout leur être et leurs vies.  C'est donc aussi une question de décalage entre des mentalités ou le besoin de spiritualité n'est plus aussi enraciné chez les uns par rapport aux autres.   

 

Parmi ceux et celles qui se sont arrachés à leurs racines, certains retrouvent dans leurs prières un réconfort qui adoucit, par la même occasion, leur exil.   Pour eux, un lieu de prière c'est aussi un lieu de communion.   Mais toute revendication religieuse venu d'un musulman paraît suspecte parce qu'elle est perçue à travers un autre passé religieux et les évènements du 11 septembre n'ont fait qu'aggravé les perceptions.  Mais on ne peut pas dire que les étudiants musulmans de l'ÉTS abusent de la tolérance de qui que ce soit.  Aussi maladroits soient-il, leur revendication demeure conforme à l'esprit d'une charte qui protège les minorités.   Mais devant les controverses suscitées par les médias et l'opinion publique suite à l'affaire du kirpan et celle du local de prière,  le temps serait-il venu d'une mise à jour entre la charte et les mentalités ?  

 

Daniel Baril, du mouvement laïque, rappelle lui-même que ni au Québec ni au Canada, ni dans aucune institution d'éducation, les règles de la laïcité ne sont clairement établies comme c'est le cas en France.  Le vrai problème se situe donc moins dans l'acharnement de quelques étudiants musulmans qui revendiquent un lieu de prière que dans l'ambiguïté de la place de la laïcité au Québec et au Canada.   Un débat sérieux et honnête sur la laïcité ne devrait pas attendre des  incidents isolés pour nourrir les amalgames.   Et si on commençait par décrocher toutes ces croix, question de donner l'exemple.  Comme m'a déjà écrit un ami québécois, ''Qu’on commence par enlever la poutre dans notre œil avant de regarder la paille dans l’œil du voisin ! ''.   

 

   
Oui à la laïcité et à la cohérence.  Non aux amalgames. 

 

Mohamed Lotfi

 

ps: Michel Lacombe rapporte dans sa dernière émission que dans les universités marocaines, il n'y aurait pas de local pour la prière, cela est faux.  Dans tous les pays musulmans,  il y'a partout des lieux réservés à la prière.  Mais fondamentalement la prière pour un croyant pratiquant, de quelque religion que ce soit, ça devrait être moins une question de lieu qu'une affaire de Dieu. 

21.03.2006

Partir, revenir...

En une année, le parti québécois nous en a fait vivre.  Entre la démission inattendue de Bernard Landry, le départ attendu d'André Boulerice et celui précipété de Pauline Marois,  je me rends compte à quel point, ce parti plonge à chaque départ, plus profondément, dans l'incertitude de son avenir.  À l'image d'un monde un peu à l'envers.  À qui profietra ce nouveau départ ?  Au renouvellement du parti ou à la réelection de Jean Charest ?   En politique, plus rien ne me surprend.   Je n'en suis pas membre mais le PQ c'est une affaire de famille,  pour le meilleur et pour le pire. 

 

Le départ de Pauline Marois ne me laisse pas indifférent.  Elle est arrivée en politique en même temps que moi je suis arrivé au Québec.  Je l'ai vu enceinte, portant des lunettes géantes, le nouveau immigrant que j'étais la trouvait marrante.   Elle a par la suite adopté une attitude et un style.   Sa grande réalisation pour moi c'est d'avoir fait avancer le Québec vers un peu plus de laïcité.   

 

Le soir même de sa deuxième défaite dans la course à la tête de son parti,  25 ans après son arrivée en politique,  Pauline Marois s'est révélée une femme touchante. Ironiquement, ce soir là, elle n'aura jamais été aussi proche des coeurs des québécois.   Aujourd'hui, alors qu'elle annonce son départ, contrairement à d'autres, je n'arrive pas à la trouver trop vieille ni trop ancienne pour quitter déjà la politique active.  Le discours sur le renouvellement du parti est tenu par certains jeunes du PQ dont la langue de bois ne promet rien de si nouveau.   Sans la maturité des anciens, un parti politique est destiné à disparaître.   Alors, pourquoi celle qui a accumulé l'expérience de 9 ministères quitte un parti qui a plus que jamais besoin d'elle..?  Son coeur n'y est plus parce que probablement elle ne se sent plus désirée par ceux qu'on appelle les nouveaux. 

 

Le point déclencheur de sa décision ne serait-il pas le refus de Boisclair à toute coalition avec le nouveau parti souverainiste de gauche,  Québec solidaire ?   Ce n'est pas impossible puisque Jean-Pierre Charbonneau, un des très proches de Marois, avait souhaité publiquement la possibilité d'une telle coalition.  

 

Est-il possible que le départ de Pauline Marois soit stratégique ?   J'ai compris de sa conférence de presse,  que son retour à la politique active n'est pas chose complètement exclue.   Si c'est le cas, ce n'est pas une mauvaise stratégie.  Si la démission de Bernard Landry est une erreur grave, son retour aurait aggraver la situation.   Par contre si Boisclair n'arrive pas à se montrer l'homme de la situation pour les prochaines élections, si Charest gagne avec un gouvernement minoritaire,  Marois alors paraîtrait enfin comme une lumière rassembleuse vers laquelle les militants du PQ pourraient se diriger.   Si cela arrive, le PQ serait-il capable de se montrer cette fois plus solidaire ?  

 

On peut déjà se questionner si le départ de Marois ne met pas Boisclair et son parti dans une situation encore plus fragile ?   D'une part,  le PQ ne peut et ne doit pas capitaliser ses chances d'être réélu uniquement sur le bilan de l'actuel gouvernement et d'autre part,  les plus jeunes de la relève du parti  ne sont pas aussi connus et populaires que Boisclair.   L'heure de vérité pour le nouveau chef et son parti sonnera quand d'autres anciens  annonceront leurs départs.   J'ai déjà une grande peine à envisager le départ de Louise Harel.   C'est elle le poteau mitant qui tient ce parti encore debout.   Dans sa peine devant le départ de son amie Pauline, j'ai senti la douleur et l'impuissance de toute une génération.  Que restera t-il de mature au PQ après le départ des Harel, des Charbonneau, des Gendron et des Maltais ? 

 

Quoi qu'il arrive, j'espère que le départ de Pauline Marois, et tout ce qu'elle représente, n'est pas le début de la fin d'un rendez-vous du Québec avec son destin.

 

On se rend compte de la valeur des gens quand ils partent.  Mais parfois aussi, quand ils reviennent...    

 

Bientôt le Québec sera solidaire ou ne le sera pas. 

 

 

Mohamed Lotfi

14.02.2006

SVP, appelez-le par son nom!

"O Croyants, si vous adoriez Mohammed, apprenez que Mohammed est mort,
mais si vous adoriez Allah, alors sachez qu'Allah est Le Vivant"


L'appel d'Abou Bakr le jour du décès du prophète Mohammed.

C'est bien du prophète des musulmans que tout le monde parle depuis quelques semaines? Alors appelons-le par son vrai nom. Mohammed. À l'oreille d'un arabo-musulman, Mahomet sonne faux.

Né le 20 août 571 après JC. À sa mort en 632, Mohammed laisse derrière lui une civilisation naissante qui se nourrira de son message et s'étendra de l'Atlantique à l'Inde. Aujourd'hui, 1 milliard 300 millions de musulmans partagent tous le même sentiment d'appartenance au prophète Mohammed. Mais en font-ils tous le même portrait?!

Il y a 26 ans, un peintre arabo-musulman a eu l'audace d'exposer un portrait de Mohammed illustrant le premier appel que le prophète a reçu de l'ange Gabriel. Des milliers de musulmans se sont arrêtés devant cette fresque durant de longues moments. Aucune indication sur le tableau ne précisait de qui il s'agissait. Mais les gens reconnaissaient vite le personnage par son visage illuminé. Ses regards effrayés par le premier appel. Ils étaient tellement admiratifs devant la beauté du tableau qu'ils oubliaient que dans la tradition musulmane la reproduction de l'image du prophète est interdite. Aujourd'hui, dans ce même pays arabo-musulman, cette exposition n'aurait pas eu lieu. Le regard a changé parce que le monde a changé un peu.

Comme tous les musulmans, croyants ou pas, je me sens attaché aux valeurs de paix et de fraternité du prophète Mohammed, mais je ne me suis pas rendu à la manifestation du 11 février à Montréal. Non par crainte de dérapage. Simplement parce que je ne me sentais pas vraiment très concerné par ces fameuses caricatures. Encore moins insulté par leur publication. Mais je ne porterai jamais un regard méprisant envers les manifestants musulmans dans le monde qui ont tenu à exprimer leurs colères, aussi violentes soient-elles. Je comprends parfaitement leurs frustrations.

À mon avis, ces colères trouvent leurs racines dans les conséquences d'une situation économique et politique qui ne cesse de se détériorer depuis les 30 dernières années. Une situation qui sépare les riches, de plus en plus riches, des pauvres, de plus en plus pauvres. En Égypte, ils sont maintenant deux millions de personnes à vivre dans les cimetières du Caire. La colère est légitime. Ne pas la comprendre, c'est être complice d'un mépris de plus en plus grand.

Pour quand des caricatures sur les acteurs de la colère? Appelons-les par leur noms: Le FMI, la BM, la pauvreté, la misère, l'absence d'espoir pour des millions de jeunes et l'absence de démocratie. Lumumba, Sankara, Ben barka, Mahmoud Taha (fondateur des Frères républicains au Soudan) et bien d'autres démocrates des pays d'Afrique et d'Orient ont été assassinés avec la complicité des démocraties occidentales, pour tuer dans l'oeuf tout éveil démocratique. Serions-nous rendu à réagir à de vulgaires caricatures si de tel crimes n'avaient pas été commis? Avec ou sans publication des caricatures, la situation aujourd'hui est à ce point explosive que le moindre mépris est perçu par les jeunes désespérés comme une atteinte à ce qui leur reste de dignité...

Un exemple de mépris encore plus grave que celui des caricatures a été démontré par la réaction de peur disproportionnée des démocraties occidentales suite aux élections palestiniennes qui ont donné le Hamas gagnant. Voilà un exemple flagrant de mépris envers un effort de démocratisation. Au lieu de saluer l'effort, on lance une campagne de peur qui cultive les préjugés et l'amalgame. Ariel Sharon, reconnu comme le boucher de Sabra et Chatila, n'a t-il pas changé radicalement une fois élu Premier Ministre? N'a t-il pas lui-même mis fin à la colonisation de la Bande de Gaza? Si Sharon a changé, le Hamas peut changer aussi.

Un autre exemple de mépris, celui de reprocher à ces manifestants de ne pas retourner leurs colères envers les régimes politiques qui les exploitent et les manipulent. Mais par qui ces régimes sont-ils soutenus? Par qui ont-ils été mis en place? Et pourquoi le faire, si c'est pour subir le même sort que les Lumumba, les Sankara, les Ben barka et les Mahmoud Taha? Dernièrement, 12 filles saoudiennes ont été brûlées vives, abandonnées par les pompiers, parce qu'elles n'étaient pas voilées. Joël Le Bigot sur un ton de reproche se demandait pourquoi les manifestants contre la publication des caricatures n'ont pas réagis à ce crime. Lorsque les démocraties occidentales arrêteront de soutenir l'Arabie Saoudite en échange de pétrole, le commentaire du célèbre animateur aura plus de sens et de cohérence.

Plus proche de nous, certaines personnes ont vu dans la manifestation du 11 février à Montréal un risque de dérapage, mais son annulation aurait fait peut-être plus de tort. Si la liberté d'expression des caricaturistes danois a provoqué des violences, il faut reconnaître que la manifestation de quelques centaines de musulmans montréalais a permis plutôt de calmer des tensions. D'ailleurs, lors de cette manifestation, des dialogues ont eu lieu dans le calme entre les musulmans insultés par la publication des caricatures et les tenants de la liberté d'expression. En regardant la télé, j'ai bien noté que le journaliste de RDI avait retiré son micro juste au moment ou un dialogue civilisé était entamé entre une musulmane et un manifestant qui revendiquait le droit de diffuser les caricatures!

Malgré leurs différences de langues et de cultures, faute d'un Pape musulman, le prophète Mohammed demeure un lien qui rassemble une grande partie de l'humanité. Mais, contrairement à l'impression que des médias occidentaux donnent, si la majorité des musulmans se sentent interpellés par la publication des fameuses caricatures, ils ne réagissent pas tous avec la même violence des images diffusées. Tous les musulmans ne font pas non plus la même lecture de la publication des caricatures. Le fait que des musulmans de Montréal ne soient pas d'accord pour tenir une manifestation démontre la variété des lectures sur un même événement. Peut-être que cela révèle aussi différentes façons de concevoir la personnalité du prophète Mohammed lui-même.

Si Mohammed devait réapparaître aujourd'hui, juste le temps de nous dire ce qu'il pense lui-même de cette polémique planétaire, il répéterait peut-être une de ses paroles tel que "Le ressentiment n'est point dans mon caractère". Il faut rappeler que de son vivant, le prophète Mohammed avait été critiqué et insulté par des non musulmans. Il n'est écrit nulle part que le prophète réagissait violemment aux insultes. De tous les courants philosophiques de l'Islam, le soufisme est celui qui incarne le mieux le message du prophète. Le terme Islam est étroitement associé aux notions de paix (Salam), et de non violence. Jamais dans l'histoire de l'Islam une guerre n'a été déclenchée par des Soufis.

Mais par définition, le soufisme des Soufis est discret. Les Soufis ne crient pas sur tous les toits leur valeurs et leur vision du monde. La noblesse de caractère qu'ils cultivent en s'inspirant de la vie même de Mohammed (La Sira) leur donne une confiance et une force intérieure qu'aucune caricature sur le prophète ne réussira à ébranler.

Le soufisme a été marginalisé par les pouvoirs en place. Il demeure grandement inconnu parce qu'il n'a jamais cherché de voix politique. Le fondateur du soufisme c'est le prophète Mohammed lui-même, qui a choisi deux de ses compagnons, dont le premier khalife et le quatrième khalife, pour transmettre le secret de ses voies. Mais le soufisme n’a été codifié qu’après sa mort (comme d’ailleurs le Coran qui n’a été transcrit qu’avec l’initiative du troisième khalife du prophète). Le soufisme est considéré comme une science du coeur. Soufi vient du mot «sofa» qui veut dire laine. Les premiers Soufis portaient des peaux d’agneau.

Il n'est pas étrange de noter que c'est dans les pays musulmans d'Afrique ou subsiste encore des traditions soufis qu'on retrouve moins de réactions violentes à la publication des caricatures. Mais tous les musulmans ne sont pas des Soufis. Certains sont un peu prophètes, mais pas dans leurs pays!

Le soufisme a donné de grands philosophes comme Al Ghazali, Ibn Alrabi et Djalal Eddine Al Roumi. Ce dernier a écrit Les Dedans traduit par l’écrivaine française Eva de Vitray-Meyerovitch, une grande spécialiste et traductrice du soufisme.

Il existe des zaouïas à Montréal où des méthodes soufis sont pratiquées et ou le prophète des musulmans est désigné par son vrai nom. Mohammed ibn Abdallah (SAW).


Mohamed Lotfi

09.02.2006

Bravo

Je suis un inconditionnel du Festival du Film du Monde.  Je l'ai couvert, en tant que journaliste,  durant plusieurs années.  Je crois donc connaître sa valeur, son originalité et l'extraordinaire ouverture sur le monde que sa programmation permet à des milliers de montréalais, de québécois, dois-je dire.  

 

J'ai vu avec quelle lâcheté la plus part des médias montréalais se sont portés complices des manoeuvres de Spectra pour essayer de tuer un grand rituel de la culture au Québec.  Mais le crime parfait n'existe pas.

 

J'espère que l'initiative de Daniel Turp, que je salue bien bas, redonnera au FFM un nouveau souffle et par la même occasion une longue vie.

 

Mohamed Lotfi

12.01.2006

Qui a peur d'Abdelkader Belaouni ?

Qui au Canada,  aurait peur d'un homme aveugle et diabétique..?  Un homme dont le parcours force  compassion et admiration.   Après avoir été champion national de judo de son pays d'origine, le sort lui a réservé un autre destin.   Après avoir perdu la vue en 1992, il aurait pu perdre sa vie s'il n'avait pas fuit un pays ou une guerre civile a tué quelques 150 000 algériens.  En tant qu'aveugle, Abdelkader a toujours peur pour sa vie,  sa situation est trop vulnérable devant d'éventuels règlements de compte du passé.  D'autre part, il est parfaitement intégré au Canada ou, depuis 4 ans, il est soutenu par un réseau d'amis qui est devenu sa famille (voir phots ci-bas).

 

 

Accompagné de ses amis, Abdelkader Belaouni a marché durant une semaine, du 18 au 25 juin dernier, de Montréal à Ottawa pour réclamer la régularisation de quelques 200 000 sans statuts au Canada,  la fin des déportations, la fin des détentions des migrant(e)s, immigrant(e)s et réfugié(e)s; et l'abolition des certificats de sécurité.  Une centaine de citoyens canadiens ont fait partie de cette marche.

 

Pour Abdelkader Belaouni comme pour des milliers de sans statuts, cette marche ne semble pas avoir été pris en considération par les autorités politiques que vous dirigez.     Et pourtant l'enjeu que cette marche soulevait nous concerne toutes et tous.  L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statuts et leurs enfants qui partagent déjà les bancs d'écoles avec les nôtre.  Mine de rien, ils font partie de nous ''Il suffit d'ouvrir les yeux'' me disait une des organisatrices de la marche.  Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leurs vies.  

 

A t-on idée de ce que cela veut dire ? 400 mille personnes non régularisées au Canada. C'est à dire sans accès normal aux soins de santé, sans vie normale.  Vivre en cachette pour certains, avoir des enfants nés ici mais sans les mêmes droits que les autres enfants.  Je cite le cas d'une algérienne.   Elle a attendu 13 années durant lesquels elle a eu 5 enfants, tous nés ici, avant que sa situation soit régularisée tout dernièrement.  Mais à quel pris ? 

 

Mohamed Cherfi, que les autorités américaines d'immigration avait reconnu comme non dangereux,  s'était d'abord réfugié dans une église de Québec avant d'être expulsé aux frontières des États unis.   Des familles entières se sont réfugiés durant des mois dans les sous-sols d'église avant d'être régularisées ou expulsées.   Aujourd'hui, àpartir d'un sanctuaire de St-Charles à Montréal, Abdelkader Belaouni, homme aveugle et diabétique vous demande justice et compassion.  Dans son cas comme celui de tous les autres demandeurs de status, je crois, Monsieur le Premier Ministre, qu'il est franchement absurde et ridicule d’avoir peur de personnes qui ont encore plus peur que nous ?

 

La marche Personne n'est illégal'' a souligné le 10 me anniversaire de celle ''Du pain et des roses'', une autre marche historique.  Les deux marches revendiquent simplement la dignité.  La première contre la pauvreté et la deuxième contre l'insécurité, la peur et la pauvreté. 

 

Les sans statuts ont le malheur de ne pas avoir comme ami des vedettes ou des personnalités publiques pour qui les micros s'ouvrent plus facilement.    Les sans statuts ont comme amis des hommes et des femmes ''ordinaires'' dont certains se donnent corps et âme pour rendre possible une justice et rétablir leur dignité.  Parfaitement conscients de leurs droits et de leur devoir.  Ni les certificats de sécurité ni aucune mise-en-scène de peur ne les impressionnent.     La marche ''Personne n'est illégal'' entrera désormais dans l'histoire, autant par la cause qu'elle défend que par cette volonté titanesque d'un grand nombre de citoyens que vous qualiferiez vous-même de bons canadiens et de bonnes canadiennes.

 

Aujourd'hui encore, ils se mobilisent pour réclamer justice et compassion pour Abdelkader Belaouni.

 

Comme j'avais précisé dans une lettre que je vous ai adressée dernièrement, c'est lors de cette marche d'une semaine que j'ai fais la connaissance d'Abdalkader Belaouni avec qui j'ai parlé longuement.  Nous avions beaucoup de temps devant nous avant d'arriver à Ottawa.   Avec Abdelkader je n'étais plus un journaliste de Radio Canada, mais un homme qui rencontre un autre homme.   Je connais bien son parcours douloureux mais néanmoins courageux.  Après avoir été un champion de judo dans son pays d'origine l'Algérie, le malheur l'a frappé en le privant de la vue.   Mais dans le contexte de la guerre civile, ce sont les menaces répétées contre sa vie qui l'ont poussé à l'exil.   La situation en Algérie est certes plus stable aujourd'hui, mais en tant qu'homme aveugle, il est normal pour Abdelkader de se sentir vulnérable devant certains règlements de comptes du passé.    

 

D'autre part, Abdelkader s'est très bien intégré au Canada ou il se sent maintenant comme chez-lui.   D'ailleurs, il bénéficie d'un réseau de soutien extraordinaire qui déborde celui de sa propre communauté.  Cela prouve et confirme les capacités d'intégration de cet homme que ses amis appellent Kader. 

 

Mohamed Lotfi

 

08.01.2006

''Mon pays, c'est là ou mes enfants sont heureux'' Abla Farhoud

À tous ceux et celles qui ont initié cette mobilisation contre la politique canadienne sur le dossier haïtien en invitant les citoyens du comté de Papineau à Montréal de ne pas voter pour Pierre Pettigrew, je pose quelques questions: 

 

-    Pourquoi face aux déportations de jeunes québécois d'origine haïtienne depuis 1995, aucune mobilisation n'a jamais été organisée pour contester le fait de renvoyer des jeunes (qui ont grandit et construit leur identité ici au Canada) dans un pays inapte à les recevoir dans les conditions normales de sécurité..? 

 

-    Pourquoi ce mouvement de contestation face à ce qui se passe en Haïti (depuis l'expulsion du Président Aristide de ses fonctions et de son pays) prend une plus grande ampleur maintenant..?   

 

-    Si en 1995,  les haïtiens du Québec avaient initié une grande mobilisation et un mouvement de sensibilisation contre les déportations massives vers Haïti,  le Canada aurait-il été aussi clairement complice de cette opération qui a conduit au coup d'État contre Aristide..?    

 

-    Expulser des jeunes québécois d'origine haïtienne du Canada et expulser Aristide d'Haïti, n'y a t-il pas là  une certaine continuité dans la façon de traitrer les noirs dont je vous laisse deviner les origines..? 

 

Je reconnais la légitimité de cette mobilisation qui appelle à voter contre Pierre Pettigrew et je partage entièrement les sentiments d'injustice des manifestants.    Mais je demeure perplexe devant le silence de la communauté haïtienne face à l'expulsion de bon nombre de ces jeunes.   Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui morts.  La plus part ont laissé derrière eux famille et enfants au Québec.  

 

Dans ses relations avec Haïti, le Canada prétend priviligier des rapports humanitaires.  En quoi est-il humanitaire de séparer à jamais des jeunes de leur société d'accueil..?  Là ou ils ont appris à être ce qu'ils sont devenus.  Sous prétexe d'avoir commis des actes criminels et parce que leurs parents avaient négligé de faire leur nationalité canadienne, ces jeunes ont été expulsés dans un pays ou leur sort est mille fois plus incertain que celui d'autres déportés.  Je me suis rendu personnellement en 2002  dans le grand cimetière de Port-aux-Princes pour constater les dégats du ''comportement huimanitaire'' du Canada envers Haïti.

 

 

Face à une telle tragédie, le silence des canadiens, à commencer par celui des ressortissants haïtiens, règne encore.  Rien n'empêche personne, qu'il soit immigrant ou pas, de manifester par solidarité envers une cause qui touche une autre communauté que la sienne.  L'excès du communautarisme tue les solidarités.  La déportation des jeunes vers Haïti affecte la réalité haïtienne, néanmoins elle est le résultat  d'un problème profondément canadien.   On ne règle pas un problème par un autre problème.  

 

Par ailleurs, si les haïtiens du Canada sont plus sensibles à ce qui se passe en Haïti, et les algériens à ce qui se passe en Algérie, il n'en demeure pas moins que c'est ici que nous vivons.  C'est ici que les enfants de nos enfants vont vivre.  Ne pas oublier ses racines ne justifie pas d'oublier là ou on s'enracine..  Les problèmes d'ici nous concernent tous aussi.  Quelque soit nos options politiques, l'avenir du Québec c'est notre cause commune.   Si je vote contre Pettigrew, ce n'est pas uniquement à cause de sa politique sur le dossier haïtien.  Ce n'est pas non plus par une passion particulière pour le Bloc. 

 

J'ose croire qu'une meilleure representation des différentes sensibilités de la société au parlement favorise un peu plus de cohérence dans la politique.  Voilà pourquoi  je vais moins voter contre Pierre Pettigrew que pour celle qui deviendra, j'espère, la première femme noire francophone du Québec à nous représenter à la Chambre des Communes.     

 

Elle s'appelle Vivian Barbot.

 

Mohamed Lotfi

29.12.2005

Mon image de l’année 2005

Le 15 novembre dernier, dans un grand salon du Rideau Hall à Ottawa, deux femmes noires se sont données rendez-vous avec l’histoire.    Une photo illustre ce moment hautement symbolique.

 

Parmi les six canadiennes honorées par la Gouverneure Générale, pour leurs contributions à la défense des droits des femmes, figure cette année une québécoise d’origine mauritano-sénégalaise. Aoua Bocar Ly est docteure en sociologie de l’environnement, mais c’est pour son engagement pour les droits des femmes et particulièrement pour son long combat contre les mutilations génitales en Afrique qu’elle a été honorée.

 

Le Prix du Gouverneur général en commémoration de l'affaire « personne » existe depuis 1983.  Au début du 20 me siècle, des  activistes canadiennes ont revendiqué et obtenue des autorités politiques et juridiques que la femme canadienne soit reconnue comme une Personne.

 

C’est une première dans l’histoire du Canada et du Québec qu’une québécoise, d’origine africaine, soit honorée par une autre québécoise d’origine haïtienne et cela dans un lieu qui a été longtemps associé à la domination et au colonialisme.  Au delà de toute partisanerie idéologique, comment ne pas voir dans cet évènement une certaine revanche sur l’histoire.. ?  

 

Une revanche illustrée par une photo, ou les regards de fierté de deux femmes noires, l’une face à l’autre, en dit plus long que mille discours.  J’y vois personnellement deux femmes qui se reconnaissent dans leur contribution au progrès et à la modernité.   C'est la dignité que cette image met en vedette.   

 

Cette photo a été publiée dans plusieurs pays d’Afrique, en Haïti et dans le reste du Canada, la Gazette a souligné l’évènement.  Mais aucun média francophone du Québec n’a jugé pertinent de prêter à cet hommage un intérêt public en publiant l'image.

 

Radio Canada a diffusé les propos du Doc Mailloux sur l’intelligence des noirs parce qu’on les jugeait d’un grand intérêt publique sous prétexte ‘’que les discours offensants, réducteurs, et  haineux doivent être discutés publiquement et dix fois plutôt qu'une’’.  On connaît le résultat.  Aucun débat, que du spectacle.

 

Personne de Radio Canada n’a ‘’parlé’’ une seule fois de cet hommage dont on a ‘’parlé’’ ailleurs dans le monde.  Personne n’a jugé pertinent que cet hommage fasse l’objet d’une simple information.  Que se cache t-il derrière ce silence, cette indifférence.. ? 

 

Pour plusieurs médias francophones du Québec, l’intérêt publique concernant les noirs se manifeste particulièrement quant il s’agit de figures perdantes.  En ce jour du 15 novembre 2005,  Michaëlle Jean et Aoua Bocar Ly correspondaient plutôt à des figures gagnantes.   

 

Faut-il rappeler aux médias francophones du Québec que les figures gagnantes dans la communauté noire du Québec ne se résument pas à deux ou trois personnes.   La contribution d’une femme comme Aoua Bocar Ly à la société me paraît digne de mention.   Avant d'arriver au Québec en 1990, elle était déjà d'une renommée internationale comme militante pour la cause des femmes.  Lors de la Conférence des Nations Unies pour les femmes à Nairobi en 1985, la lutte acharnée d'Aoua Bocar Ly contre la pratique des mutilations génitales féminines en Afrique a été reconnue par l’UNICEF.   Les jeunes noirs au Québec, que les médias associent souvent à des gangs de rue,  ont besoin de plus de models positifs.  Certaines appartenances ou obsessions idéologiques ne devraient pas les tenir en otages.  

Quelque soit les raisons qui se cachent derrière ce silence, j’ai tenu à le briser modestement en proposant à mes Souverains de Bordeaux (détenus de la prison de Bordeaux) de recevoir Aoua Bocar Ly dans le cadre de leur émission Souverains anonymes.   Voici les derniers mots de cette rencontre, adressés  par les Souverains à leur invitée :

 

‘’On parle beaucoup des hommes d’Afrique, Des Mandela, des Sankara, Des Lumumba, mais pas assez des femmes d’Afrique, et pourtant elles existent. Mais parfois nul n’est prophète dans son pays. C’est au Canada que tu as été honorée par une autre femme guerrière comme toi, elle aussi, elle vient de loin. Mais au fond, nous venons tous de loin et personne n’est encore arrivée à destination. Le chemin qui mène vers la liberté des hommes et des femmes est encore à parcourir. Merci Aoua Bocar Ly de contribuer à y arriver. Pour venir au monde, chaque être humain, homme ou femme, a dû traverser un chemin sacré. Le chemin de la vie. Aoua Bocar Ly, tu as consacré ta vie à défendre et protéger ce chemin, Merci de continuer.’’

 

Cliquez et écoutez ce que Aoua Bocar Ly a, à nous dire : 

 

 http://www.souverains.qc.ca/arhawa.html

 

Je crois que le Québec et les québécois gagnent à connaître cette grande Dame.    Tout comme les cinq autres guerrières à qui les prix pour l'année 2005 ont été décernés :

 

Ruth Marion C.R. Bell, d’Ottawa, a travaillé pendant 50 ans à améliorer la qualité de vie des femmes et des enfants. Elle a joué un rôle de chef de file dans plusieurs domaines, notamment à titre de présidente de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités, sections Ottawa et Nepean.

 

Bonnie Diamond, de Gatineau, est une championne de la défense des droits de la personne. Parmi ses nombreuses réalisations, mentionnons sa contribution en vue d’élargir la portée des articles 15 et 28 de la Charte canadienne des droits et libertés et son apport à la réforme juridique pour les femmes.

 

Josephine Enero Pallard, d’Edmonton, a travaillé sans relâche pendant 30 ans en faveur des immigrantes et des réfugiées. Elle a appuyé le centre pour immigrantes Changing Together… A Centre for Immigrant Women et a joué un rôle de chef de file dans la lutte contre le racisme.

 

Muriel Stanley Venne, d’Edmonton, a consacré 30 années de sa vie à améliorer la condition des femmes autochtones, notamment des femmes métisses. Elle a siégé au conseil d’administration d’un grand nombre d’organismes. Elle a fondé l’Institute for the Advancement of Aboriginal Women et assume les rôles de leader et de conseillère au sein de l’organisme.

Et,

 

Lauréate du Prix jeunesse, Erica Jamie (Samms) Hurley, de Mount Moriah, à Terre-Neuve-et-Labrador, qui est directrice de la section jeunesse de l’Association des femmes autochtones du Canada et récipiendaire d’un prix de la Native Friendship et d’une bourse d’études Corbière-Lavell/Mary Two Axe Early. Elle est fermement engagée à améliorer la santé et la condition des femmes autochtones.

 

Bonne et heureuse année 2006.

Mohamed Lotfi

19.11.2005

Les harceleurs sont parmi nous.

Le Québec est devenu la première juridiction en Amérique du Nord à adopter une loi sur le harcèlement psychologique au travail. Depuis l'adoption de la loi en juin 2004, 3500 plaintes ont été déposées.

Malgré l'embauche d'une trentaine d'enquêteurs supplémentaires, la Commission des normes du travail ne dispose pas assez d'avocats pour défendre les victimes. Un an et demi après l'adoption de la loi, aucun jugement n'a encore été rendu. Les entreprises et administrations, publiques et privées, préfèrent obtenir des règlements à l'amiable.

Comment une commission peut-elle gagner de la crédibilité si elle ne produit pas de jugements pour rendre justice et dissuader les harceleurs ? Malgré l'adoption d'une loi sur le harcèlement au travail, la guerre d'usure contre les victimes continue.

3500 plaintes déposées. Combien d'autres n'osent pas encore franchir les murs du silence ?


Le harcèlement psychologique en milieu de travail est une guerre en silence. Elle tue à petites doses des hommes et des femmes dans la plus totale indifférence. Ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses, près de votre bureau, à mourir d'une mort lente. À chaque jour d'une semaine de travail, des milliers de gestes sont posés dans le but de transformer la vie d'un employé en enfer. Si des caméras cachées de CNN ou de TVA pouvaient les capter, vous seriez aussi terrifiés que devant les images d'une guerre en Irak. Faut-il le voir et le vivre pour le croire ? Les images de guerre n'empêche plus personne de dormir. Être victime ou témoin de harcèlement au travail peut porter gravement atteinte à la qualité de votre sommeil. Les caméras de télé n'investissent pas des milieux de travail, elles ne sont pas encore partout, mais les murs écoutent, regardent et ils leur arrivent, à l'occasion, d'avoir envie de hurler ASSISTANCE À PERSONNE EN DANGER.

Le harcèlement psychologique en milieu de travail est devenu un art digne d'un gala hebdomadaire. Comme dans n'importe quel art, certains excellent plus que d'autres. Suite à plusieurs attaques réussies, au bout de sa cinquième journée de guerre, le harceleur s'auto désigne le meilleur et s'autoproclame ''le harceleur de la semaine''. Il se fait la fête tout seul pour se rendre hommage. Parfois en compagnie d'autres collègues harceleurs.

Le harceleur de la semaine est un animal féroce qui a toutes les apparences d'un humain muni d'un cerveau programmé pour accomplir le crime parfait. Il arrive au travail, toujours avec un plan bien mijoté pour croquer sa proie sans laisser de traces. Vous ne saurez jamais le nom d'un harceleur de la semaine, vous ne verrez jamais son visage dans le journal.

Par définition, les harceleurs de la semaine sont anonymes. Entre eux, ils s'échangent volontiers des trucs et des procédés pour raffiner leur art. On atteint l'excellence dans le harcèlement en milieu de travail en provoquant des situations où le harceleur réussit à passer, auprès de ses patrons, pour un harcelé. Le harceleur de la semaine se plaint avant qu'on ne se plaigne de lui. Il est programmé pour écrire à ses patrons à la moindre occasion. Sa plainte arrive avant celle de sa victime. Parfois, il n'en revient pas lui-même d'obtenir gain de cause. Le harceleur de la semaine ne travaille pas, il tue.

Le harceleur de la semaine est une personne dont le coeur est gravement asséché. Incapable d'aimer ou d'être aimé. Toute son intelligence est mise au service d'une machine à tuer l'autre. Le harceleur de la semaine est en guerre perpétuelle contre l'humanité.

Les victimes du harcèlement en milieu de travail ne sont pas du même métal. Certaines résistent mieux que d'autres. Certaines se font justice elles-mêmes en tuant les attaques dans l'oeuf. Mais la plupart des harcelés encaissent et souffrent en silence. Le harceleur de la semaine est assez malin pour ne pas s'attaquer à n'importe qui. Il sait apprendre de ses premières erreurs pour savoir reconnaître la victime parfaite. Par ordre de priorité, les précaires, les immigrants et les femmes, par leurs conditions, sont des cibles de choix pour faire l'objet d'offensive. L'employée qui réunit ces trois critères de vulnérabilités est forcément encore plus susceptible à faire objet d'agression.

Le pire des harcelés est celui qui refuse de se reconnaître comme victime. Il incarne le syndrome du survivant. Il se ment à lui-même durant des mois et des années. Il met les comportements harcelants qu'il subit sur le dos des conditions de travail. Il se voit plutôt victime de situations conflictuelles passagères et non de harcèlement psychologique. Telle que certaines femmes battues, il trouve des excuses à son agresseur et lui pardonne. Et ça continue ainsi durant des années jusqu'à ce que son corps sonne l'alarme. Il n'en peut plus de subir. Stress, angoisses et dépressions cumulés en silence finissent par donner lieu à des maladies graves. Dans certains cas, le suicide n'est pas exclu comme solution pour mettre fin au calvaire.

Dans certains milieux de travail, ce qui pourrait rajouter à la souffrance d'une victime de harcèlement, c'est le silence complice de son employeur et de ses collègues. Tout le monde sait, mais chacun fait semblant de ne pas savoir. Selon la loi sur les normes de travail, il est indiqué aux employés et aux employeurs de garder confidentiels les rapports, les plaintes et les avertissements. Les silences renforcent le pouvoir du harceleur. Personne n'ose parler ou témoigner contre lui. Pour justifier leur impuissance, employeurs et employés évoquent le manque de preuves solides. En réalité, les collègues du harcelé ont peur d'être à leur tour victimes de harcèlement.

Quand à l'employeur du harcelé, il arrive que par son impuissance, il développe à son tour un art autrement plus mesquin. Celui de laisser croire au harcelé qu'il serait peut-être un peu responsable de ce qui lui arrive. Le comble de l'absurde est lorsque le harcelé le croit. Il se dit qu'il n'est pas faux que nous soyons en partie tous responsables du comportement des autres envers nous. Avec un tel raisonnement, le harcelé aggrave sa situation et devient effectivement en partie responsable de ce qui lui arrive.

Selon la loi sur les normes du travail, ''Le salarié a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. L'employeur a l’obligation de prendre les moyens raisonnables pour prévenir et faire cesser le harcèlement psychologique lorsqu’il est informé d’une telle conduite''. Tu parles. Par son impuissance à sanctionner l'harceleur, l'employeur finit par se constituer complice. Certains employeurs poussent l'absurde jusqu'à préférer renvoyer le harcelé que de punir le harceleur. Il est plus facile de se débarrasser du précaire que du syndiqué.

Selon les mêmes normes de travail au Québec, ''Les dispositions concernant le harcèlement psychologique s’appliquent à tous les salariés syndiqués ou non syndiqués et à tous les niveaux de la hiérarchie organisationnelle y compris les cadres supérieurs. Toutes les entreprises du Québec – autant du secteur privé que du secteur public sont visées par de telles normes''. Tu parles. Dans la réalité, la parole d'un précaire ne vaut pas celle d'un syndiqué encore moins celle d'un patron.

J'aurais bien aimé conclure en disant que tôt ou tard, le harceleur en milieu de travail finit par goûter à sa propre médecine, parce que le crime parfait n'existe pas. Hélas, les harceleurs sont parmi nous, plus nombreux qu'on ne le pense. Terroristes invisibles. Véritables ennemis de la paix. Des milliers de victimes de harcèlement en milieu de travail croupissent sous l'incompréhension et l'insensibilité de leurs collègues et leurs employeurs. Parfois même, leurs familles. Les très rares qui osent les soutenir moralement sont des héros.

Employeurs et employés, seront tous complices des harceleurs tant et aussi longtemps qu'ils ne font pas du harcèlement en milieu de travail, une responsabilité collective.  Tant que la peur est leur seule réponse et surtout, tant que la nouvelle loi sur sur les normes de travail ne rend pas des jugements qui brisent le silence.


Mohamed Lotfi

11.11.2005

Que le meilleur gagne.

Selon Voltaire ''La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l'esprit humain'', c'est du moins l'impression que nous aura laissée l'actuelle course à la chefferie du PQ.  Et pourtant chacun des candidats a entamé cette aventure avec l'intention, je présume, de proposer des idées et une vision pour le Québec de demain.   Des débats ont eu lieu, mais le cirque médiatique autour des révélations sur un certain passé de Boisclair a fini par aliéner même certains candidats dits sérieux qui ont fini par jouer le jeu de la perversité.   Sur la grandeur de l'esprit humain, on repassera.    

 

''L'homme c'est le style'', une phrase que le roi Hassan II répétait souvent à son fils le préparant à prendre la relève.  C'est à son style qu'on reconnaît un grand politicien, un homme d'État.  Consomme ou ne consomme pas de la cocaïne, l'important c'est avec quelle façon tu sauras gérer les effets d'une révélation plus que la révélation elle même.   Ce qui préoccupe en vérité beaucoup de gens c'est moins le fait qu'un Ministre ait consommé ou non de la cocaïne que de ne pas avoir su le cacher.  André Boisclair n'a pas su faire ce que d'autres apparemment font mieux que lui.   Maintenant, aura t-il été capable de gérer les effets de cette révélation..?  Il faut lui redonner le mérite de ne jamais avoir adopté comme défense de renvoyer des accusations à d'autres qui ne manquent pas de squelettes dans leurs propres placards.  À cause de l'acharnement médiatique sur la révélation plus que la révélation elle-même,  les militants du PQ  auront à juger Boisclair doublement.  Mais comme écrivait Charles Muras ''Il faut s'attendre à tout en politique, où tout est permis, sauf de se laisser surprendre''.  

 

Selon Paul Valéry, ''La politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde''.   En s'acharnant sur Boisclair,  tous les médias ont fait de la politique en empêchant les gens de se mêler de ce qui devrait les concerner fondamentalement.   

Selon Stendhal ''Dans tous les partis, plus un homme a d'esprit, moins il est de son parti''.   À ce niveau,  je pense que tous les candidats se sont montrés plus que jamais de leur parti excepté Pierre Dubuc qui a fait de cette campagne l'occasion pour insufler un peu d'éducation populaire sur différents enjeux.   Mais le PQ n'est pas prêt à mettre à sa tête un progressiste de gauche, un social démocrate de conviction.   Est-ce en désespoir de cause que Dubuc s'est rallié à Marois ?  Finalement une course en politique favorise moins d'esprit et d'éducation que de sport.

 

Selon Jean de La Bruyère ''Ne songer qu'à soi et au présent est source d'erreur dans la politique''.  Qui de tous les candidats n'a pas fait cette erreur ?  L'avenir le dira plus que le présent.

 

Selon Joseph Joubert, ''En politique, il faut toujours laisser un os à ronger aux frondeurs''.   Sans commentaires.

 

Mohamed Lotfi

21.10.2005

Je n'en parle plus

"L'histoire se répète. La première fois c'est une farce, la deuxième fois c'est une tragédie." (Karl Marx)

TQS a fait de l'idiotie sa marque de commerce. C'est le droit de chacun de ne pas la regarder. Certaines de ses émissions sont une insulte à l'intelligence. Loft Story est un exemple. Son animateur congédié Philippe Fehmiu, loin d'être un idiot, en lançant un ultimatum aux patrons de TQS pour choisir entre lui et le doc Mailloux pour l'animation de Loft Story, en plus d'envoyer un message de courage, il a aussi rompu avec l'image même d'une émission qui n'a pas pour principal objectif de promouvoir l'intelligence.

Maintenant que l'image de Philippe Fehmiu est associée à un symbole d'honnêteté, d'intelligence et d'engagement comment le garder pour animer une émission qui incarne tout sauf l'intelligence l'honnêteté et l'engagement..? Comment laisser un homme non idiot animer une émission idiote ? C'est donc une logique marchande qui a poussé TQS à mettre Fehmiu à la porte. Mais pour quelle raison Mailloux, lui, a été mis à la porte aussi ?! Sans l'ultimatum de Fehmiu, Mailloux aurait-il été congédié de TQS..?

En lançant son ultimatum, Fehmiu a obligé TQS de sanctionner Mailloux. Opinion publique oblige. Mais pour avoir obligé TQS à prendre sa responsabilité morale, Fehmiu devait payer un prix, celui d'être moral. Mais Loft Story et moralité ne vont pas ensemble.

Difficile d'empêcher certains membres de la communauté noirs de voir dans ce congédiement un acte discriminatoire. Si l'acte n'est pas explicitement raciste, il n'envoie pas de message encourageant pour les victimes de racisme. Quelque soit les raisons derrière la décision de TQS, elle ne peut mettre sur le même pied d'égalité deux gestes diamétralement opposés. C'est de notre de devoir de citoyen de souligner l'injustice.

TQS de Loft Story ce n'est plus celle de Rock et Belles Oreilles. À mon avis, il faut protester contre le congédiement de Fehmiu, mais sans nécessairement souhaiter son retour à TQS ! C'est essentiellement pour distinguer son geste de celui de Mailloux. Pour ne pas banaliser les propos du premier avec le congédiement du deuxième. Par son geste, TQS confirme son désengagement social. Au fond, ce n'est pas une mauvaise chose pour Philippe Fehmiu de quitter TQS. Quand on est intelligent, honnête et engagé, on ne reste pas longtemps dans certaines émissions de TQS. Je ne crains pas pour l'avenir de Fehmiu. Il vient, ironiquement, de donner à sa manière une leçon à TLMEP en sacrifiant son emploi. Par ailleurs, ce n'est pas Loft Story qui lui aurait donné l'occasion d'essayer de changer le monde. Mailloux a perdu, qu'est-ce que l'intelligence a gagné du congédiement de Fehmiu..?

Revenons brièvement à la source du scandale. Tout a commencé dimanche le 25 septembre sur le plateau de Tout le monde en parle. Si les propos du Doc Mailloux sur le QI des noirs avaient été contestés au moment même ou il les a prononcé, par un invité surprise spécialiste sur la question du racisme, du calibre d'Aziz Fall par exemple, les propos de Mailloux ne seraient pas passé inaperçus, mais une réplique bien argumentée aurait certainement satisfait les mécontents. L'explosion n'aurait pas fait autant de dégâts. TLMEP s'en serait mieux sorti. Devant certains propos, même l'humour d'un ''Piment fort'' de luxe ne suffit pas. On connaissait d'avance ce que Mailloux allait dire, on l'a même invité à le faire. TLMEP prétend relever aussi des affaires publiques. Donner la contre partie d'un commentaire aussi grave c'était la moindre des choses à faire. Cela ne devait-il pas faire partie de la formule de l'émission, tel que Thierry Ardisson l'a conçue ?

À l'émission qui a suivi celle avec Mailloux, c'était le tour de l'écrivain Maurice-J Dantec de venir dire des conneries sur l'islam et les musulmans. Ce dernier que je n'ai jamais vu sourire dans les émissions françaises, à TLMEP du 2 octobre, il affichait le sourire du conquérant. Aucun invité surprise n'est apparu pour modérer ses propos sur l'islam. Un mois auparavant en France, à l'émission mère, Ardisson lui avait fait la surprise d'un invité spécialiste de l'islam qui a su le confondre joliment. Pourquoi Lepage n'applique pas cet aspect important du concept d'Ardisson ? Le côté spectaculaire de faire apparaître un invité surprise a au moins le mérite d'équilibrer une information quand on sait d'avance qu'elle est de nature contreversée. À la télévision québécoise, la confrontation non préparée n'est pas une tradition. Je m'ennuie un peu de Droit de parole ou les opinions des invités n'avaient pas besoin de prendre l'allure d'un sport divertissant.

Depuis la naissance de TLMEP made in ici, jamais la télé au Québec ne s'est regardée autant le nombril et pour cause. http://www.radio-canada.ca/television/tout_le_monde_en_parle/le_blogue/index.shtml . Comment qualifier une émission qui devient de plus en plus elle-même son principal objet d'intérêt. Elle incarne bien sa propre devise ''Parlez-en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en''. Quand ce ne sont pas les conneries à chose, ce sont les fesses à machin sur lesquels on revient, d'une semaine à l'autre, parce que tout le monde en a parlé. TLMEP est la consécration d'une formule que toutes les émissions appliquent à différents degrés. Ce dont tout le monde parle existe. Ce dont personne ne parle n'existe pas. En invitant Mailloux, ce n'est pas du racisme dont on a parlé, mais de TLMEP. On a rit de lui, il a rit d'eux autres. On a remplit le vide par le vide. Tant pis pour le débat, bonjour les dégâts.

Si Philippe Fehmiu peut s'en tirer facilement, maintenant qu'il existe plus que jamais, parce que tout le monde parle de lui, je ne suis pas sûr que ce soit une raison pour TLMEP de répéter une autre grave erreur.

Et que dire du mépris des responsables de cette émissions qui n'arrivent pas à reconnaître dans les critiques, des petits pas pour améliorer et donner un meilleur sort à leur oeuvre..?!!

Depuis le passage de Dantec à TLMEP, je ne la regarde plus, je n'en parlerai plus.


Mohamed Lotfi

15.10.2005

Je m'ennuie de Pierre Vallières

 
"C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.."  

 Amine Malouf, ''Les identités meurtrières''


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À tous ceux et celles, qui sont apparemment de plus en plus nombreux, à avoir lu le dernier torchon de Falardeau, ou nous sommes quelques uns à être pointés, Courtemanche, Laferrière et moi-même,   j'aimerais d'abord corriger le passage de son vomi qui laisse croire que je vante Condolezza Rice et que je la propose comme model aux jeunes noirs.  Ceux qui me connaissent le moindrement, par mon travail et mon engagement social savent que je ne suis pas de nature à épouser les idées d'une ''Fauconne''.   Si Falardeau avait cru cela de ma part, ce n'est pas le mâchoire qui devait lui tomber.  C'est la tête.   

Falardeau a pris beaucoup de temps pour réagir à la nomination de Michaëlle Jean, mais pas assez de recul.   Un aveugle ça ne voit rien, ni de proche, ni de loin.    Ceux qui savent lire sans être aveuglés par une idéologie en particulier, comprendront clairement que je ne vante pas et je propose encore moins la ''Fauconne'' comme model à qui que ce soit,  à vous de juger:  http://www.ledevoir.com/2005/08/12/88048.html 

Invité à la Maison Couzin couzin pour parler de la situation des jeunes noirs en prison, il y'a quelques mois, à la fin de sa courte présentation,  Madame Brutus a rappelé à tous ces jeunes venus m'entendre, ''N'oubliez pas que ce n'est pas parce qu'on est noir qu'on ne peut pas accéder au poste de la deuxième personne la plus puissante au monde''.    J'ai entamé mon exposé à peu près dans ces termes:  ''Il y'a Condeleezza Rice que vous connaissez parce qu'elle passe à la télé, mais il y'a aussi Louverture, Toussaint de son prénom que vous connaissez peut-être parce que vous avez sûrement entendu vos parents en parler avec fierté, mais vous ne l'avez jamais vu à la télé..!!''.   Alors, j'ai sorti le discours dont Maka Koto avait lu un extrait lors de sa visite chez les Souverains.  Prononcé par Wendel Philipps en décembre 1861 à New York et à Boston, ce discours est à la fois un portrait et un hommage rendu au père de l'indépendance d'Haïti.   Nous sommes loin de la fin de l'esclavage aux États unis.

 

Extrait du discours: 


 
''Je me suis engagé à vous donner une esquisse, faite depuis quelques années, de la vie d'un homme, qui fut l'un des plus remarquables de la dernière génération, du grand chef de Saint-Domingue, Toussaint L'Ouverture, noir pur, dont les veines ne contenaient pas une seule goutte de sang blanc. Cette esquisse est à la fois une biographie et un argument. C'est une biographie fort écourtée, bien entendu, d'un noir soldat et à la fois homme d'état, et je vous la présenterai comme un argument en faveur de la race à laquelle il appartient. Je me propose donc de faire ce soir la comparaison des races et de

poser leurs mérites, d'entreprendre une tâche qui vous paraîtra peut-être absurde, mes efforts ayant pour but de vous prouver que la race noire, au lieu d'être pour nous un objet de pitié et de mépris, a assez de titres, au contraire, devant le jugement de l'histoire, pour occuper une place auprès de la race anglo-saxonne''   http://www.souverains.qc.ca/arkotto.html 

 

En rappelant, régulièrement la vie de Toussaint Louverture à mes Souverains,  c'est à la fois à des valeurs de dignité et de souveraineté que je rend hommage.   Je leur répète souvent que si personne ne peut plus remettre en question, aux esclaves de Saint Domingue, le droit à la liberté et à un pays,  les québécois, même s'ils ne sont pas formellement esclaves, ont au moins le droit de se consulter sur leur sort.   Et pourquoi le Québec ne deviendrait pas une république comme Haïti si une majorité de québécois le désirent..?   Sans faire la promotion directe de la souveraineté auprès de mes Souverains d'origine d'Haïti et d'ailleurs, je les invite du moins à se poser des questions.  À trouver des réponses dans l'histoire de leurs ancêtres dont plusieurs ont donné leurs vies pour le pays.   Le mien a donné ses yeux.   Je leur dit aussi qu'il ne sert à rien d'être fier d'un passé s'il ne sert pas à inspirer le présent.   Mais, je me presse aussi de leur rappeler que certaines histoires du passé ne devraient pas servir à justifier toutes sortes de barbaries du présent.   Que certaines victoires du passé ne devraient pas mettre de la confusion sur des réalités du présent.    La nostalgie peut s'avérer la pire des confusions.  Voilà pourquoi, il faut cultiver son ouverture d'esprit en restant ouvert à la réalité de ceux qui sont en apparence différents de nous.     ''Oui, mais si mon ancêtre a donné sa vie pour le pays, quel québécois au Québec aujourd'hui est prêt à donner sa vie pour un Québec indépendant..?''  Voilà ce que m'a répliqué un jour un de mes Souverains.    À question franche, une réponse franche:  ''Je n'en connais aucun..''..!!

 


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Je ne tiens pas absolument à devenir celui dont tout le monde en parle.  Je me méfie comme de la peste de la starsystématisation de la parole.  L'anonymat me convient, mais pas le silence.  Alors je me prononce quand même et j'affiche mes positions quand je le juge nécessaire.  J'écris régulièrement, mais les journaux ne publient pas tous mes textes.  Sur la nomination de Michaëlle Jean j'en ai écris plusieurs.   Celui publié au Devoir le 12 août dernier m'a valu toutes sortes de commentaires.  Mais personne ne m'avait encore mal cité ou insulté.  Il fallait que ça vienne d'une personne qui prétend être mon ami. 



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Puisqu'il m'en donne l'occasion, je vous écris brièvement ce que je pense un peu de Pierre Falardeau:
J'ai déjà écris quelques pages consacrées à certaines personnalités médiatisées du Québec.  Falardeau en fait partie.   ''Si Falardeau n'existait pas,  aurait-il fallu l'inventer..?''.  Ce n'est pas nécessairement un hommage que je lui rendais, mais simplement ce que je pense du comportement médiatique d'un homme qui, à force de faire la grande gueule il a fini par se croire courageux.   

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Pour moi, le Falardeau que j'ai connu un jour de 1989 lors d'une manif pro palestinienne,  celui avec qui j'ai déjà partagé, 5 ou six fois, quelques moments d'amitié et de solidarité, est mort le jour même des funérailles de Pierre Eliott Trudeau, le 3 octobre 2000.   Ce jour là, Falardeau s'est cru particulièrement intelligent et courageux de venir déclarer à une journaliste de Radio Canada à l'entrée de la basilique Notre Dame que la raison de sa présence aux funérailles de Trudeau c'était pour  se rassurer qu'il était bien mort.   Cinq ans plus tard, il était fier de raconter l'anecdote à Foglia, sur les ondes de Radio Canada, lors d'un tête-à-tête radiophonique.   Il en parlait avec le plaisir de celui qui a réussit un grand exploit.   En 2000, la télé ne l'a pas passé.  En 2005, la radio ne l'a pas coupé au montage.  Ce sont les bons coups de notre Guérilleros  national.   Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour faire avancer sa cause.  Le courage.   L'héroïsme en personne. 

''Elle est morte la vieille pourriture'' a t-il écrit suite au décès de Trudeau.   ''Quel guts'',  lui a dit Foglia.    Encouragé par le compliment, Falardeau a raconté alors qu'il s'était présenté aux funérailles de Trudeau pour répondre à une journaliste qui lui demandait ce qu'il venait faire,  ''Je suis venu pour bien m'assurer qu'il est bien mort Ostie, qu'ils vissent le couvercle''.   Foglia a la sagesse de parler une fois par dix ans à la radio.    Falardeau, au pays de la liberté d'expression, il propage l'odeur de sa propre pourriture dès qu'il parle de pays.   Cet homme a pour la mort de ses ennemis la fascination des lâches.    Taper sur les plus faibles, ça m'enrage, taper sur des morts, le jour même de leurs funérailles, ça me tue.  

J'ai fermé le poste de Radio Canada.   J'ai gardé un moment de silence à la mémoire de Pierre Elliott Trudeau.  

Pas étonnant que 4 ans après la mort de Trudeau,  Fidel à lui-même, Falardeau s'est réjouit, publiquement cette fois, de la mort de Claude Rayan.   Il a trouvé dans le fait que Rayan soit qualifié de ''Grand homme'' par certains commentateurs,  une bonne occasion de vomir un autre torchon pour soi-disant remettre Rayan à ''sa place'' dans l'histoire.   ''Voilà enfin une bonne chose de faite! Claude Ryan vient de mourir''  Avait écrit  Falardeau en guise d'introduction. ''Ne reste plus qu'à l'embaumer et à fermer le couvercle. Avec sa belle tête de sous-diacre empaillée et mangée par les mites, il n'aura fait, en mourant, qu'officialiser une situation qui perdurait depuis longtemps''.   Parenteau (dont j'apprécie le style) était venu au secours de son ami Falardeau à l'émission matinale de Joël Lebigot, le décrivant comme un homme capable de tendresse et de politesse.   D'après lui, les commentateurs ne devaient pas s'arrêter uniquement à l'introduction du texte.    La provocation chez Falardeau enlève tout crédit à ce qu'il a à dire.    Bien élevé, amical et délicat le Falardeau, sauf quand il s'agit de la cause dont il se croit être le propriétaire.   Il sort alors, son numéro du con du village.  Cela apparemment amuse la galerie et entretient le personnage dans l'imaginaire de certains comme étant le roi du courage.

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''Quand Pierre Falardeau sera mort et enterré, lorsqu'il n'aura qu'officialiser une situation qui aura perduré depuis longtemps,  j'irais moi-même faire sauter une bombe au fond de sa tombe''.  

Est-ce qu'on peut aller plus loin que Falardeau dans le terrorisme verbale au nom de ''l'humour'', du ''courage'' et de la liberté d'expression ? Oui, on peut le faire et ce n'est vraiment pas difficile.      Mais chez-moi la politesse c'est un effort que je cultive contre ma propre violence qui a déjà fait mal,  contre les petites barbaries qui animent les Falardeau de ce monde.   J'ai fais de la politesse et du savoir vivre un choix politique.   Je ne suis pas parfait, mais je ne laisserai aucune cause, aussi noble soit-elle, m'enlever ce bien précieux qu'est le respect de tous.  Les amis, les ennemis et les morts.  Surtout le jour de leurs funérailles.   Imaginez une seconde un tarla fédéraliste qui viendrait aux funérailles de Pierre Bourgautl pour  se rassurer que le couvercle de son cercueil est bien vissé..!! 

Le jour même de la reconquête de Jérusalem, contre l'avis de ses propres généraux,  Saladin a tenu sa promesse de laisser l'ennemi enterrer ses morts dans la prière.  Quelques années après son expulsion du Maroc pour la France, Abraham Sarfati, détenu politique et torturé pendant 17 ans par le Roi Hassan II, a répondu aux journalistes, qui sollicitaient son commentaire, le jour même du décès de celui qui a volé une partie de sa vie.  ''Je n'ai rien à vous dire, je respecte les morts''.   D'après Sénèque ''L'homme qui souffre est un homme sacré'',  Falardeau n'a pas encore assez souffert pour savoir fermer sa gueule quand il faut la fermer.
Depuis quelques années, je regarde Falardeau et ses soldats comme les grands ennemis de la Souveraineté du Québec.  Ceux, auprès de qui il fait figure de gourou, Falardeau est un danger public.   Son dernier torchon est reçu par certains comme un cadeau, un raffraissement, une autre manifestation de grand courage.   Qu'a t-il écrit de si surprenant, qui ne lui ressemble pas ?  Ce que ses soldats avaient déjà vomi, mais en plus pourri.  Son style sent le moisi d'un faux révolutionnaire, toute sa démarche est celle d'un faux patriote. 

Le seul courage que Falardeau pourrait faire apprendre aux jeunes,  (s'il était courageux) c'est d'oser ne pas être toujours d'accord avec lui.   Et s'il le faut, le remettre à sa place.  Poliment.  
  
Je m'ennuie de Pierre Vallières.  Pour souligner le 20me de la crise d'octobre en 1990, j'ai escaladé avec lui, en compagnie d'une centaine d'autres jeunes,  la côte qui mène vers le domicile de Trudeau à Montréal.  Je n'oublierai jamais ce qu'il m'a dit :  ''Trudeau c'est mon ennemi juré, mais je le respecte''.

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Une troisième solitude existe au Québec.  Depuis quand a t-elle pris naissance..?  Parizeau à le mérite d'y avoir fait allusion avec son ''on va parler de nous'' prononcé ce soir de l'échec du referendum de 1995.   En 2005, suite à la nomination de Michaëlle Jean,  les Falardeau sont en train de donner à la troisième solitude une voix dangereuse qui aura fatalement des conséquences sur les prochaines élections et peut-être sur un référendum.    

L'ennemi no 1 de la Souveraineté du Québec c'est Pierre Falardeau lui-même.    Qui parmi les souverainistes, (puriduristes ou pas) aura le courage de le rappeler à l'ordre avant qu'il ne soit trop tard.     Au Québec, il y'a autant de souverainistes que de façons de concevoir la souveraineté.   L'union qui devrait faire la force de la cause est régulièrement sabotée par nul autres que des souverainistes eux-mêmes (puriduristes ou pas).  La réaction acharnée à la nomination de Michaëlle Jean en est la preuve. En quoi s'acharner sur la nomination de Michaëlle Jean aiderait à avancer le Québec vers sa souveraineté..?  La politique est un art qui n'est pas donnée à tout le monde.  

En politiquem on ne connait jamais les conséquences d'une maladresse.  Encore moins qui en payera le prix ?

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À sa mort, si je suis encore de ce monde, j'irais mettre une fleur sur la tombe de Pierre Falardeau,  un peu d'eau et je planterai la phrase que Pierre Vallière m'avait confié en ce jour du 17 octobre 1990.  


Mohamed Lotfi

02.10.2005

La litterature des noirs, l'intélligence des blancs..

Longtemps, des scientifiques avaient prétendu que les criminels portaient un chromosome particulier. Une théorie que tous les scientifiques ne valident plus. Mais, dans les préjugés de plusieurs, la nature d'un criminel demeure un objet de doute et de questionnement. Des préjugés qui, tranquillement mais sûrement, j'espère, s'effaceront avec le temps. Mais il suffit que n'importe quel charlatan, sous prétexte d'être un psy, nous ressorte une vieille étude pour semer le doute de nouveau..

En réaction à mon texte ''je suis noir et amérindien'' que j'ai envoyé dans ma liste d'envoi, j'ai reçu les conseils d'une personne qui me propose de ne pas me donner tant de peine avec le spectacle de l'émission Tout le monde en parle et les propos d'un imbécile et de tourner mon intérêt vers la littérature. La lecture.

Ce n'est pas avec les propos d'un imbécile que je me donne tant de peine, mais avec ceux qui lui ont donné la parole. C'est la somme de nos petites réactions et réflexions à des TLMEP qui permettrait, j'ose le croire, de maintenir un minimum d'équilibre dans cette tribune dominée par une starsystematisation à outrance de la parole.

J'ai la naïveté de croire que je peux contribuer un tout petit peu à sauver les dégâts que des imbéciles pourraient provoquer dans notre télé publique.

Deux millions de québécois regardent TLMEP. Je ne peux ignorer ce fait. Ce sont mes voisins, mes amis, mes enfants, mes collègues et plusieurs dans ma famille. Il y'a eu le Doc Mailloux dont tout le monde a parlé, mais il y'a eu aussi Fred Pellerin comme invité, quel plaisir de découvrir ce conteur. Son passage en soi à TLMEP est déjà un bon spectacle. Des moments comme ça, il y'en a eu plusieurs à TLMEP, il faut le reconnaître aussi..!!

J'adore la littérature. Je l'ai étudié et je l'enseigne à ma manière, à des prisonniers. Jeudi dernier, j'ai offert des romans et des recueils de poésie à 10 détenus. Parmi les dix, huit étaient des noirs, tous issus des gangs de rue. Un détenu sur six à la prison de ''Bordeaux'' à Montréal est noir..!! Leur littérature m'intéresse mille fois plus que celle de Proust. Leur rap me parle droit au coeur. Dans leurs mots, il y'a tout un imaginaire fait de rage, de roche et de tendresse. De vie.

Je ne raconte pas la réaction des détenus noirs aux propos de Mailloux. Ça serait trop long. Je dirais simplement que des propos, diffusés à une heure de grande écoute, qui laissent entendre que des noirs seraient moins intelligents que des blancs, consciemment ou inconsciemment (et aussi incroyable cela peut-il paraître pour certains), n'aident pas certains jeunes noirs, pris dans l'univers de la criminalité à se relever, à rebondir, à se résilier. Certaines rumeurs ont de graves conséquences dans l'inconscient collectif. Dans la réponse de Mario Clément et Guy-A Lepage à un commentaire que je leur avait envoyé le lendemain de cette émission, il y'a ce passage qui me trouble.

''Comme ils existent dans les souterrains de notre société, il n'a fallu qu'une question pour voir émerger le racisme et la xénophobie en toute candeur''

Cela fait plus de 15 ans que je fréquente le souterrain le plus caché de notre société et je sais, par les histoires et les témoignages qu'on me confie, que ça ne prend pas parfois grand chose pour un jeune de tomber dans les pièges qui le conduisent à la délinquance. L'image des noirs dans les médias, connaît un début d'amélioration. L'itinéraire et l'aboutissement de Michaëlle Jean, en est la preuve. Si j'ai une peine, c'est de voir ce que moi et des dizaines d'autres éducateurs essayons de construire auprès de ces jeunes noirs, d'autres, avec quelques mots peuvent le détruire. Mais, lorsqu'on ouvre la porte de la maison à un éléphant fou furieux, il faut s'attendre à des ravages.

Je me rappellerai toujours de cet ex-détenu haïtien, aujourd'hui déporté, qui m'a dit un jour ''Je vole ceux qui m'ont volé''. Il faisait allusion aux blancs qui ont transporté ses ancêtres d'Afrique en Amérique. J'avais beau lui dire qu'on se donne les arguments qu'on veut pour justifier le mal qu'on fait aux autres, que ce n'était pas rendre hommage à ses ancêtres que d'exploiter leur mémoire. J'avais beau lui rappeler que l'esclavage est terminé, que les noirs sont maintenant libres, il y'avait quelque chose dans ses regards qui me dépassait. J'avais fini par lui dire que s'il haïssait tant que ça les blancs, il devrait commencer par moi. Dans sa réponse, j'ai découvert une intelligence et un humour qui ferait rougir les Mailloux de ce monde, ''Mais toi Mohamed, tu n'es pas blanc...''.

Cet homme, qui a grandi au Québec, vit aujourd'hui dans l'enfer des rues de Port-au-prince, éloigné de ses trois enfants restés ici. Ce qui l'attache à la vie, un cahier et un crayon. L'intelligence l'a déporté. La littérature le tient en vie...

Ce qui me peine, c'est de savoir pertinemment que certains discours offensants, réducteurs, et haineux, que Clément et Lepage nous invitent à discuter publiquement et ''dix fois plutôt qu'une'', ouvrent des blessures plus qu'ils ne favorisent un véritable débat sur le racisme. Ce qui me peine c'est de voir des émissions dîtes sérieuses interroger des scientifiques pour vérifier les propos du Doc, comme si on était encore à l'époque de Darwin. Ce qui me peine et m'indigne encore plus, c'est de savoir que la misère des uns est exploitée au profit des autres. Quand la misère est expliquée par des conditions génétiques, quand le goût de l'argent ne laisse pas grande place à la conscience sociale, ça me rappelle la phrase de mon ami haïtien déporté ''je vole ceux qui m'ont volé''.

La traite des noirs n'est pas tout à fait terminée. Il faut regarder la télé pour le constater.


Mohamed Lotfi


PS: À Radio Canada, il n'existe pas comme en France, des émissions comme Culture et dépendance, Campus ou Envoyé spécial. Des forums de qualité ou les enjeux sociaux sont abordés avec sérieux. Aucune émission de la télévision de Radio Canada ne le fait. L'émission Le Point ne peut pas à elle seule tout aborder dans un temps qui ne permet pas d'approfondir les questions.

30.09.2005

Je suis noir et amérindien.

En réponse à une réaction que j'ai rédigée au lendemain de cette émission ou le racisme s'est exprimé franchement à une heure de grande écoute à la télé de Radio Canada,  Guy-A Lepage, animateur et co-producteur de Tout le monde en parle et Mario Clément, directeur des programmes,  m'ont écrit le message ci-bas,  que je considère d'intérêt publique.  Un texte que tous les étudiants en communication pourraient analyser pour en retenir entre les lignes,  ce qu'il ne faut pas faire dans une émission d'affaire publique, surtout lorsqu'on travaille pour une télévision publique.  

La plus importante est celle de ne pas prendre le téléspectateur pour un con et lui faire croire qu'une controverse ouvre nécessairement la porte à un débat.    La télé est une arme à multiples tranchants.   Le désir effréné d'augmenter les côtes d'écoute ne devrait pas justifier des maladresses qui pourraient inutilement faire très mal.    Avec ses communautés, de sensibilités et de cultures variées,  le Québec doit continuer à se construire dans la curiosité et l'ouverture des uns aux autres.   La télévision peut y contribuer grandement sans tomber dans la rectitude politique.  Un débat sérieux sur le racisme ne peut être réduits à un humour d'un ''Piment fort'' de luxe.  

Un haut responsable d'une télévision publique ne devrait pas manquer une certaine connaissance de l'histoire et une conscience politique de la portée de certains mots, surtout lorsque le tiers de la population du Québec qui est à l'écoute.  

Dans les années 80, Hassan II, alors Roi du Maroc, a déclaré un jour lors d'une conférence de presse accordée à des journalistes occidentaux, à peu près dans ces termes: ''Laissez-moi gérer la programmation de vos médias et en deux semaines, je provoquerais une guerre civile''.     Nous connaissons des médias ailleurs dans le monde qui ont contribué à provoquer des  guerres civiles, des génocides en donnant la parole à des ''fou et faux psychiatre'' de ce  monde.    Depuis ce jour de 1970, ou la télévision nationale marocaine avait été investi par les auteurs du premier coup d'État échoué,  Hassan II a pris sous son contrôle personnel une télévision qui a contribué grandement au maintien de son règne durant 38 ans.   Au Québec, la télé n'a pas besoin d'un Roi pour la manipuler.  Elle s'automanipulle et s'autoglorifie.  Mais elle ne s'autocritique presque jamais.  

À mes yeux, la télévision perd de sa crédibilité quand elle se nourrit d'une controverse qu'elle a elle même provoqué.    Pourquoi la connerie d'un célèbre crétin a t-elle donné suite à des reportages et des polémiques entre scientifiques qui n'ont fait que rajouté de la confusion dans la tête de certains..?  Quel chercheur du Québec a t-il publié récemment une étude comparative sur le QI des races pour justifier soudainement un intérêt sur le sujet..?   La même Radio Canada qui a diffusé la connerie de Mailloux,  a consacré mercredi soir dernier dans une émission sérieuse, le Point, un spécial sur le QI des noirs.  De quoi alimenter davantage le doute que Mailloux et Tout le monde en parle avaient déjà semés.   Le lendemain,  à la même émission, la question de la responsabilité de Radio Canada a été très brièvement et timidement abordée.  

Tout le monde en parle, créé par le célèbre  animateur et producteur français Thierry Ardisson, est un titre qu'on pourrait donner à presque toutes les émissions dont les animateurs et journalistes n'agissent qu'en fonction de ce qui est connu, célèbre et si possible sensationnaliste.   À force d'être enfermée dans une starsystemitisation à outrance,  plusieurs journalistes,  animateurs, producteurs et responsables des programmation se sont déconnectés un peu de la réalité en perdant le sens des priorités dans l'intérêt publique.    De plus en plus la télévision de Radio Canada n'échappe pas au nivelement par le bas qu'on croyait réservé à d'autres médias. 

Quel intérêt pourrait représenter pour les responsables de TLMEP  l'information suivante : ''Hassan Almrei, un réfugié, est en détention solitaire sans procès depuis octobre 2001 en vertu d’un certificat de sécurité et il est menacé de déportation vers la torture en Syrie, son pays d’origine. Il demande des conditions de détention minimalement acceptables, principalement le droit de sortir de sa cellule une heure par jour pour faire un peu d’exercice. Il s’agit de son 6e grève de la faim en 4 ans''.  Faut-il attendre que son épouse publie un livre ''Comment mon mari est mort dans une prison canadienne'' pour que cela deviennent digne d'intérêt.   Si Mario Clément et Guy-A Lepage cherchent à parler d'un sujet dont tout le monde parle sans vraiment en parler,  c'est maintenant que cette histoire de certificat de sécurité devrait être discuté publiquement et dix fois plutôt  qu'une sur la place publique.    

C'est effectivement,   ''très symptomatique de notre belle culture de la rectitude politique; ce  dont on ne parle pas, n'existe pas''.  Les propos haineux de Mailloux sont de notoriété publique.  Il a déjà son émission quotidienne ou il crache sur le monde.   On pourrait se demander pourquoi c'est maintenant que Jean Dorion de la SSJB et Dan Philipp de la Ligue des noirs du Québec réagissent aux propos de Mailloux.   Probablement parce cette fois les propos haineux de Mailloux ont débordé sa tribune pour passer à une autre supposément plus respectueuse de la dignité humaine.   Connaissant bien les comportements du bonhomme,  on n'aurait pas dû lui donner plus qu'il ne possède déjà.

Par ailleurs, faut-il être noir pour prouver le besoin d'exiger de TQS l'expulsion du Doc ?  J'aurais trouvé plus courageux qu'un employé blanc exige la démission de Mailloux.   Faut-il être particulièrement noir ou amérindien pour entamer des poursuites contre lui..?  Nos solidarités devraient former des barrières contre le communautarisme.  En quoi les propos de Mailloux ne me concernerait pas moi aussi..? Pourquoi faire appel à Luck Mervil pour répliquer au propos de Mailloux..?  Parce que tout le monde en parle..?  Ou parce que Tout le  monde en parle en a parlé..?  Le spectacle de la télé qui se regarde le nombril continue.  La côte d'écoute augmentera nécessairement et quoi qu'il dise, Luck Mervil aura tomber, à son tour, dans le piège.   À moins que sa réplique soit un sans commentaire, un silence artistique qui en dit long de plus intelligent sur cette séparation des races qu'on aime mettre en scène, mais au profit de qui ..?   Devrais-je moi-même attendre une autre connerie sur les arabes pour me sentir plus concerné par le racisme et eventuellement inviter à y répliquer..?  

Puisqu'on a fait le choix d'inviter le Doc et de garder au montage ces déclarations racistes,  Radio Canada aussi doit assumer sa part de responsabilité.  Mais qui va se plaindre au CRTC de Radio Canada pour avoir diffusé des propos haineux à une heure de grande écoute sous prétexte de liberté d'expression..?  Ghislain Picard, chef des Anciennes Nations du Québec envisage de le faire.   Pourquoi le CRTC devrait recevoir une plainte uniquement des amérindiens du Québec..?  
Si la dernière controverse de TLMEP aura apporté quelque chose c'est de nous apprendre qu'en France les propos haineux conduisent à la prison sans attendre la plainte de personne.   Le Canada est-il prêt à inclure dans sa constitution la condamnation de tout acte d'incitation à la haine raciale..?   Voilà à mon avis, une question que nos journalistes et animateurs auraient dû poser..!!

Mohamed Lotfi

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27 septembre 2005 18:37


Monsieur,
  
Nous sommes très fiers de ce Tout Le Monde en Parle vient de  provoquer, et en heure de grande écoute en plus.    Nous sommes de ceux qui pensons que les discours offensants, réducteurs, et haineux doivent être discutés publiquement et dix fois plutôt  qu'une. Comme ils existent dans les sous-terrains de notre société, il n'a fallu qu'une question pour voir émerger le racisme et la xénophobie en toute candeur. C'est très symptomatique de notre belle culture de la rectitude politique; ce  dont on ne parle pas, n'existe pas.  Si vous aimez les petits discours propres  c'est votre  droit. Pour nous ceci est se cacher la tête dans le sable.
 
L'émergence de la rhétorique ségrégationniste du Doc Mailloux est pour nous  une étape essentielle au changement car il identifie la bêtise et en structure l'opposition.  Ce à quoi nous assistons en ce moment est extrêmement important car dans cette société silencieuse il se passe des choses aberrantes et pour les combattre il faut d'abord savoir qui en sont les porteurs.  Jamais et à aucun moment dans TLMEP vous n'avez vu, entendu  ou senti une once de complaisance à l'égard de Pierre Mailloux. Au contraire  tous les pannellistes, les animateurs et le public se sont élevés contre ses propos.

Et ceci monsieur, vous devriez plutôt vous en réjouir.  Aujourd'hui il y a un débat public sur le racisme et il s'agit d'un phénomène essentiel à la démocratie et au respect d'autrui. C'est à cela que nous adhérons.

Mario Clément et Guy A. Lepage

19.09.2005

Être ou ne pas avoir..

Si Boisclair démissionne suite aux révélations de sa consommation de drogue que lui-même reconnaît, son vrai crime ne serait pas d'avoir consommé de la cocaïne, mais de ne pas avoir réussi à le cacher.. ! De ne pas avoir pris ses précautions. De ne pas avoir envisagé que l'avenir d'un politicien dépend parfois d'un moindre geste. Son crime serait celui d'avoir parlé d'erreurs de jeunesse avant d'avouer qu'à quelques reprises, alors qu'il occupait le poste de ministre, il a consommé ce qu'il nous laisse deviner. La cocaïne.

Même après avoir mis fin à l'ambiguïté, Boisclair entend laisser l'opinion publique trancher. Une opinion publique que les membres du PQ vont sérieusement prendre en considération avant de savoir quelle suite donner à la course. Un dilemme leur saute maintenant en pleine face. Le principe d'exemplarité d'un politicien, qui est hautement important en démocratie, se trouve dans le contexte actuel, confronté à un besoin de renouveau qu'André Boisclair incarne aux yeux de beaucoup de québécois, ce qui dépasse le cadre de la course à la chefferie du PQ.

À l'occasion de telle révélations les québécois, sont appelés non seulement à juger selon des règles et des principes, mais aussi des besoins. Autrement dit, ils sont appelés à faire de la politique. Voilà un exercice intéressant auquel je me prête moi-même avec quelques questions:

- Durant l'exercice de ses fonctions, Boisclair a t-il démontré une seule fois son incapacité de mener ses dossiers..?
- De tous les politiciens de l'Assemblée Nationale, quelqu'un peut-il démontrer hors de tout doute qu'aucun ni aucune n'a jamais consommé de la drogue..?
- Comme cheffe de parti et éventuellement, première ministre du Québec, Pauline Marois se sentirait-elle à l'aise d'avoir été élue par défaut et non pas en toute légitimité..?
- Après l'inattendue démission de Landry, le PQ survivrait-il à une démission de Boisclair..?
- Si hypocrisie et démocratie cohabitent bien, à l'occasion, au Québec, qui en sortira gagnant de l'affaire Boisclair, l'hypocrisie ou la démocratie..?
- Si le principe de ''personne n'est parfait'' s'applique à tous, pourquoi ne s'appliquerait-il pas sur des politiciens qui ont le courage de ne pas renier un certain passé..?
- À quel point un politicien devrait être blanc comme neige lorsqu'il s'apprête à accéder à une plus haute fonction de pouvoir..?

Il est vrai que notre culture de la preuve prend parfois une place au détriment d'un certain bon sens. Ceci dit, le bon sens ne peut l'emporter sur d'autres révélations plus graves sur le passé de Boisclair. Si le passé est garant de l'avenir, le présent en politique, ne garantit rien.

André Boisclair doit se sentir comme au milieu d'une tragédie crèque. À moins qu'il s'avère un grand stratège et habile politicien pour corriger le tir sans perdre de plumes, cela l'élevait aux yeux de tous, y compris ses propres adversaires.
Mais dans son fort intérieur, il n'en sortira pas indemne. L'avenir nous dira si cette affaire l'aura cassé ou fait grandir..

28.08.2005

Un mois d'été et plus...

Vendredi soir, le 26 août, à l'invitation du Comité d'appui et de solidarité aux minorités, 800 personnes de différentes communautés de Montréal se sont rassemblées dans une grande église pour une célébration oecuménique afin de saluer la nomination de Michaëlle Jean au poste de Gouverneure Générale.   Selon le communiqué du Comité, qui qualifie cette nomination d'historique, cette activité vise, notamment,  à lancer un message d'espoir, de courage et de persévérance à tous les jeunes québécois et canadiens en particulier ceux des communautés culturelles.

 

Plusieurs micros et caméras étaient présents pour la couverture de cette célébration, notamment ceux de TVA, de CBC et de Radio Canada, mais d'après une des organisatrices,  un bref reportage sonore a été diffusé sur les ondes de Radio Canada, mais aucune image de cette célébration n'a été diffusée pour informer le public avec des images à l'appui, que la nomination de Michaëlle comme GG ne suscite pas que des oppositions.   

 

Par ailleurs 250 personnes du groupe conservateur Free Dominion se sont rassemblés sur la Colline parlementaire, au lendemain de cette célébration, samedi le 27 août pour demander au premier ministre Paul Martin de revenir sur sa décision de nommer Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale.  Le lendemain, cette manifestation a été largement diffusée dans les Nouvelles. 

 

Les organisateurs de la célébration oeucuminique du vendredi se demandent pourquoi ce comportement de la part des médias.  Certains ont peur d'y voir un genre de complot.

 

Je crains que la controverse entourant cette nomination n'aura pas uniquement combler le vide d'un mois d'été.  

 

Mohamed Lotfi   

18.08.2005

Je m'ennuie de René Levesque.

Qu'attendent les Landry, les Marois et les Boisclair, pour prendre position face à la nomination de Michaëlle Jean comme Gouverneure Générale..? Que des québécois de toutes origines, descendent dans la rue pour appuyer sa nomination ?

La nomination de Michaëlle Jean au poste de Gouverneure Générale aura de toute évidence cristallisé des positions qui dépassent la nomination elle-même. Parmi les cristaux que je vois, entre le fond et la surface, celui de la peur prend toute une place. La peur de qui, de quoi..? La peur de l'autre, de l'étranger, du noir..? Entre le fond et la surface, ce n'est pas évident de voir clair de quelle peur s'agit-il. Et ce n'est pas avec des réponses toutes faites et encore moins par l'émotion qu'on peut prétendre avoir tout compris. Mais, j'essaye de comprendre quand même.

Au delà de la position de chacun face à cette nomination, il y'a des réalités objectives, neutres, qu'on ne peut pas ignorer. Je cite celle que je crois être la plus importante dans les circonstances. Le Québec est désormais, une terre d'accueil pour de plus en plus d'immigrants. Il ne faut pas prendre le rappel de cette donnée ni pour un chantage ni pour un fantasme. Il ne s'agit pas d’ethniciser le débat, mais simplement de tenir compte de certaines réalités, même si cela ne feraient pas l'affaire de certains. Chaque fois que cette réalité est rappelée, certains recourent à un langage d'intimidation ce qui trahit davantage un manque de confiance. Font-ils preuve de mauvaise foie ou d'un total manque de conscience ? Ce qu'on désigne comme étant les ethniques, les immigrants, les nouveaux québécois, les néo québécois, appelez-les comme vous voulez, représentent une donnée sociale et politique capitale.

Il y'a un chapitre de l'histoire de l'immigration au Québec que certains souverainistes ont de la misère à lire jusqu'au bout..! Par ailleurs, beaucoup d'immigrants n'arrivent pas à reconnaître la légitimité du projet souverainiste. Mais qui a intérêt, pour les besoins de sa cause, à rendre bien à l'aise l'autre..? Il ne s'agit pas de faire de compromis sur la langue ou sur l'affichage. Encore moins de dire oui un tribunal islamique. Je parle simplement de ton, de style, de savoir faire pour accueillir et ensuite pour convaincre. Ce n'est pas en criant toujours que c'est de la faute de l'ennemi fédéraliste et de sa politique sur le multilatéralisme qu'on créera de meilleures relations. De toute façon, la politique fédérale sur le multiculturalisme est une arme à double tranchant. Certains souverainistes, pas très nombreux heureusement, mais qui ont été bruyants dernièrement, n'ont pas su utiliser avec art, l'autre côté de la médaille. Le fait qu'ils viennent essentiellement de Québec et non de Montréal en serait-il la cause..? J'espère que non.

Si la réalité de l'immigration représente en soi un rapport de force. Apparemment, ce rapport devient encore plus grand quand la question nationale est posée. Nous avons un bel exemple avec la nomination de Michëlle Jean.

Je crois que la cause souverainiste, par la voix de ses adeptes, que certains appellent maintenant ''intégristes'', ou par le silence généralisé de ceux qu'on pourrait appeler ''des leaders modérés'', a manqué une chance inouïe de faire quelques pas en avant. Le chiffre magique de 54%, que la souveraineté a atteint dans les sondages, aurait pris un autre sens et peut-être quelques points si on avait réagit différemment. Il est clair qu'à moyen terme, l'accueil réservé à cette nomination par certains québécois, favorisera moins ce que je croyais être possible. Préparer le Québec de demain, à de meilleures relations entre les nouveaux arrivants et la majorité. Et cela moins à cause des calculs de Paul Martin qui aurait voulu diviser pour régner qu'à cause du manque de calcul des souverainistes qui auraient dû être plus habiles politiquement. Je veux dire que la réalité de l'immigration et le rapport de force que cela représentera dans un éventuel prochain référendum, ont été totalement ignorée.

Les conséquences d'une souveraineté ou les immigrants ne sont pas sérieusement et chaudement invités à faire partie de l'aventure seraient catastrophiques. On ne peut pas être plus Pape que le Pape. La majorité des immigrants qui arrivent pour faire une nouvelle vie ne sont pas préparés au projet souverainiste. Comment leur expliquer que ça vaut la peine d'embarquer dans la belle aventure si une nomination aussi symbolique que celle de Michaëlle Jean est accueillie par la peur, par un manque flagrant de confiance en soi. C'est tout le drame de certains souverainistes. Pour combattre leur ennemi fédéraliste, la peur (voire la rage) est leur seule arme. La politique est un art qui n'est pas donnée à tout le monde.

Parmi les souverainistes, certains hurleraient tout haut ce que d'autres penseraient tout bas ? Qu'attendent les Landry, les Marois et les Boisclair, pour prendre position face à la nomination de Michaëlle Jean comme Gouverneure Générale ? Attendent-ils que des québécois de toutes origines, descendent dans la rue pour appuyer sa nomination ?!!

Je m'ennuie de René Levesque. De son génie politique et de sa grandeur. N'a t-il pas été capable en quelques mots de désamorcer une tension d'un certain soir de mai 1980, en invitant les déçus du résultats du référendum, à chanter au lieu de sortir dans les rues. Ça ne prend pas grand chose parfois pour jeter de l'huile sur le feu des tentions inter-éthniques. Ça hurle avant même le début du mandat de la nouvelle Gouverneure Générale, imaginez d'ici 5 ans. Si les fous de la souveraineté s'acharnent davantage dans leurs harcèlements contre cette nomination, ils n'auront rien à envier aux fous d'Allah. C'est dans ces moments qu'un homme ou une femme de la grandeur et du génie de René Levesque doit se lever pour dire ce qui s'impose dans les circonstances.

Cette épisode, dont j'espère voir bientôt la fin, aura quand même marqué l'inconscient collectif. Je crains qu'à cause de la réaction malhabile à cette nomination, c'est moins le poste de Gouverneure Générale qui se trouverait ébranlé qu'une certaine cohabitation entre des gens du Québec. Et peut-être pas seulement entre immigrants et québécois de souche. Ce qui m'inquiète dans certains propos, démesurément rapportées par les médias, c'est leurs effets négatifs sur le sentiment d'appartenance de nombreux immigrants à leur terre d'accueil. C'est encore plus grave que de devenir moins souverainiste. Mais que se cache t-il derrière cette panique..?

Il me vient ce poème de Gilbert Langevin, toujours le même, chaque fois que j'ai cette forte impression que la peur s'empare de l'humain au point de lui faire dire, même avec éloquence, des bêtises. Comme si l'histoire était une science exacte, comme si l'histoire n'avait pas aussi, de temps en temps un certain sens de l'humour, du suspens et surtout, comme si l'histoire ne dépendait pas aussi de notre façon de la voir, de l'interpréter.

Années de malheur où la peur était reine
On trempait son courage dans un baquet de haine
Des épines couronnaient le désir dénoncé
L'amour avait des gants pour ne pas se blesser
Tous les matins portaient masque de carême
Le désir se cachait dans un danger suprême
Ces années me reviennent avec leurs bruits de chaînes
Avec leurs mornes traînes et leurs laizes de peine

Mohamed Lotfi


12.08.2005

Nomination de Michaëlle Jean - La souveraineté, la dignité, même combat

À tous les souverainistes déçus de la nomination de Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale, je dis que la souveraineté du Québec, oui, est une cause très importante, mais elle n'est pas la seule. Il y a d'autres causes qui méritent tout autant notre attention et notre préoccupation.

Si Michaëlle Jean avait refusé ce poste, elle aurait été qualifié d'héroïne par beaucoup de souverainistes, mais imaginez une seconde la réaction des siens. Michaëlle Jean est aussi la fille de son peuple, elle n'oublie pas d'où elle vient. Entre deux combats, la souveraineté du Québec ou la dignité des siens, Michaëlle a fait son choix, sachant très bien qu'elle ne serait pas ménagée. Mais l'Histoire lui dira bravo parce que la souveraineté des uns n'a pas de sens sans la dignité des autres.

Sur quelle planète certains souverainistes croient-ils vivre ? J'apporte à leur connaissance qu'à Montréal, un détenu sur six est noir. Que malgré les efforts, les lois et les institutions, il y a encore des discriminations et souvent de grandes injustices commises à l'égard des Noirs. Que beaucoup de jeunes Noirs au Québec et au Canada manquent de modèles positifs pour leur inspirer la fierté d'être ce qu'ils sont : la réaction extrêmement positive des Noirs du Canada à l'annonce de cette nomination prouve une grande soif de reconnaissance. Que malgré la situation plus que déplorable en Haïti, depuis 1995, le Canada expulse des ressortissants haïtiens en séparant des familles. Combien d'enfants grandissent ici loin de leurs pères déportés là-bas.

Traiter Michaëlle Jean de vendue, comme certains ont écrit, c'est faire preuve de manque de lucidité et de générosité à d'autres causes tout aussi nobles que la souveraineté du Québec.

Mouvement de fond

 

Au delà des calculs politiques d'un gouvernement minoritaire, la nomination de Michaëlle Jean est un événement historique qui fait suite à trois autres événements tout aussi historiques survenus en 2004. L'élection de Maka Kotto comme premier homme noir francophone à la Chambre des communes, l'élection de Yolande James comme première femme noire à l'Assemblée nationale du Québec et le choix de Luck Mervil comme premier Noir québécois nommé patriote de l'année 2004.

La nomination de Michaëlle Jean correspond à un mouvement de fond qui dépasse la politique politicienne d'un quelconque parti ou gouvernement. Tout comme la nomination de Condoleezza Rice, celle de Michaëlle Jean sera une source de fierté pour les Noirs au Canada, à Haïti et ailleurs dans le monde.

Idéalement, la suite logique de cette nomination serait l'établissement d'un moratoire sur la déportation en Haïti, particulièrement celle des jeunes contrevenants qui ont grandi et construit leur identité ici. Et si on annonçait également la fin des certificats de sécurité pour se conformer au principe des procès justes et équitables, si on régularisait la situation d'une bonne partie des 400 000 sans statut au Canada... Si Michaëlle Jean représente la nouvelle image du Canada, un changement profond dans les politiques d'immigration et les affaires étrangères devrait suivre sa nomination.

Préparer le terrain d'un Québec souverain

Cette nomination pourrait s'avérer dans l'intérêt même d'un éventuel Québec souverain. Elle contribuerait d'une certaine manière à préparer le terrain pour de meilleures relations entre ce qu'on appelle les minorités visibles et la majorité. Les nouveaux arrivants et les autres. Souverain ou pas, le Québec a besoin de plus d'harmonie entre les différentes communautés qui le composent. Michaëlle Jean incarne des principes universels de fraternité.

Certains sceptiques se demandent si la nouvelle gouverneure générale saura se montrer à la hauteur des exigences du poste. C'est le poste qui devrait, à mon avis, se montrer à la hauteur des exigences de l'équipe formée par Michaëlle Jean et son mari Jean-Daniel Lafond. Il arrive aussi qu'à côté d'une grande dame, il y a un homme !

En acceptant ce poste, Michaëlle Jean répond «oui» à l'Histoire. Une Histoire qui évolue difficilement, mais sûrement. Déjà, à sa première conférence de presse le 4 août dernier, Michaëlle Jean a tenu à souligner qu'elle vient de la première république noire de l'histoire. Une république, ça n'a rien de monarchiste. Ainsi, elle a déjà donné le ton à sa nouvelle mission.

Naturellement, si l'institution qu'elle s'apprête à représenter lui enlève toute liberté d'opinion, si elle exige d'elle uniquement la promotion de l'unité canadienne, et si finalement son combat au poste de gouverneure générale n'apporte rien ni à la dignité ni à la souveraineté de personne, je m'attends d'elle et de son mari à ce qu'ils se retirent honorablement. L'histoire lui dira alors deux fois bravo.

Ma conviction, c'est que pour une fois, le passage d'une femme noire à la tête d'une des plus grandes institutions du pays sera pour une mission plus grande que l'institution elle-même. Qu'on se le tienne pour dit.

 

Mohamed Lotfi

15.07.2005

Après les pieds, la tête..?

Avec la démission de Bernard Landry, le PQ s'est tiré dans les pieds. Si jamais Landry répond à l'appel du retour que lui lancent certains militants encore traumatisés par son départ,  le PQ qui prendra le risque de se tirer dans la tête.   
  

Le jour même de la démission de Bernard Landry j'avais écris:   ''Les gens se plaignent du manque de grandeur chez les politiciens. Maintenant que la démission de Bernard a été perçue par tous comme un geste de grandeur,  privilégiant l’intérêt du parti avant celui de la personne, les militants se privent de celui qui en fait preuve''.  J’ajouterai aujourd’hui que la participation de Bernard Landry à une course à sa propre succession ne relèverait pas de la grandeur mais de l’obstination.   L'opinion publique y verra une comédie. Drôle pour certains. Pas du tout pour d’autres.  J'entends la trame sonore, ‘’Stop, encore, je m’arrête ou je continue..’’.  Un vieux refrain d’une vieille chanson. 
  

 

Les arguments exprimés pour justifier cet appel au retour de Bernard Landry, à savoir ''qu'il est le leader tout naturellement désigné pour accomplir la mission'' souverainiste,  est une insulte à peine voilée lancée aux neuf candidats à la chefferie du PQ.   Peut-être qu'aucun d'eux n'a imposé, pour l'instant,  l'image incontestable de celui ou celle qui mènera le Québec à sa souveraineté,  mais Bernard Landry lui-même, malgré toutes ces qualités d'homme politique d'expérience et de grand militant, n'a jamais réussi à faire l'unanimité ni dans le parti, ni dans l'opinion publique quand à ses capacités d'un leader rassembleur. 

 

Par ailleurs, le fait qu'il démissionne de la politique, alors que la souveraineté ne manquait pas de vent dans les voiles,  est une erreur de jugement politique dont il porte la grande responsabilité.  C'était à lui de mesurer que l'écart entre 76 et 80% de vote de confiance ne tenait qu'à 28 voix.  C'était à lui, en tant que chef, de réfléchir avant d'agir.  Sa réaction impulsive aux résultats du vote trahissait un manque de sagesse qu'un bâtisseur de pays devrait nécessairement avoir.  Je reconnais cependant, que l'erreur de Landry n'enlève rien à la grandeur de ses intentions dans sa déclaration de démission.  Néanmoins, la course qu'on attendait depuis 20 ans prendra l'allure d'un cirque si BL fait une réapparition au mauvais moment et au mauvais endroit.   


 

Dans la politique les incertitudes sont indéniablement très mal perçues par l'opinion publique et les marchés financiers. Monsieur Landry le sait certainement plus que les initiateurs de cet appel à son retour.  L'urgence de cet appel est dictée par une baisse de l'impopularité du gouvernement Charest et la crainte de ne pas saisir une souveraineté à 54% dans les sondages.     Mais,  le fait de ne pas laisser aux 9 candidats à la direction du PQ, le temps de faire connaître leurs programmes, leurs idées et leurs qualités de chefs, est un signe de panique évident qui risque de faire encore plus mal au parti et à sa cause.   Comment prendre au sérieux un parti politique qui donne une forte impression de douter de lui-même, de ne pas savoir  ce qu'il veut ?  Le PQ devrait plutôt se démarquer de la valse hésitation que Landry a déjà dansé entre le soir de la défaite électorale en avril 2003 ou il avait annoncé qu'il partait pour finalement ne pas partir.  ’'Stop, encore..''. 

 

Quelque soit le jugement que les uns ou les autres portent sur le départ de l'ex député de Verchères,  une page a été tourné dans l'histoire de ce parti.   Les militants du PQ ont la responsabilité d'en faire l'occasion d'un renouvellement historique.  Si la souveraineté est devenue un enjeu électoral et une marque de commerce pour certains, pour d'autres, elle correspond à un mouvement de fond qui chemine tranquillement mais sûrement.   Quelque soit le chef,  si le mouvement perd de sa constance, même un nouveau René Levesque n'y pourra rien.  

 

Je ne suis membre d'aucun parti politique, mais j'ai pour la cause souverainiste du PQ une affection particulière.   Elle lui donne un sens équivalent à celui pour lequel des milliers d'hommes et de femmes dans l’histoire récente, ont payé de leurs vies.  Cependant, je constate avec regret, depuis mon arrivée au Québec il y'a 23 ans,  que sa marche vers la souveraineté n'a pas toujours eu la vie facile, et ce n'est pas nécessairement toujours à cause des ''méchants'' fédéralistes.   

 

Fait-on la souveraineté pour soi ou contre l'autre..?   Est-ce qu'on la fait  à moitié ou complètement..? Avec les immigrants ou sans..?  Voilà des questions que certains militants souverainistes devraient méditer sérieusement dès maintenant.  À mon avis, la perspective de l'urgence désigne moins le retour de Landry que de faire oublier certaines façons de bâtir un pays.  Rien n'empêche Bernard Landry, accompagné de Parizeau et d'autres vieux routiers de la souveraineté, par leurs expériences et leurs crédibilités, d'apporter leur contribution à la cause, avec tout l'art et la discrétion dont il devraient être capables.    

 

Si Bernard Landry avait posé sa candidature à sa propre succession aussitôt après sa démission comme chef de parti, il aurait fait preuve à la fois de grandeur et de grand savoir faire politique surprenant.  Apparemment, Landry possède la grandeur, mais pour le grand savoir faire politique, il a manqué l'occasion de le prouver.   Il a pris un vote démocratique pour une trahison.  Maintenant,  au lieu de faire appel à son retour, pourquoi ne pas exiger un débat d'idées entre les 9 candidats.  Qu'on arrête de faire le jeu de certains médias qui suivent la course comme un film d'Hitchcok.  L'urgence est dans un débat publique qui réunit les neuf candidats.


Je ne serai pas surpris que Monsieur Bernard Landry cède à la tentation pour répondre à l'appel et poser sa candidature à sa propre succession.   Mais avec tout le respect que je lui dois, je crois qu'il devrait plutôt réaffirmer, dans une déclaration publique, la grandeur dont il a fait preuve dans sa déclaration de démission.  Il est de son devoir envers les 9 candidats, envers son parti et envers sa patrie de laisser la sérénité faire son travail au cours de cette course déterminante dans l'histoire du Québec.  

 

Quelques jours après la démission de Bernard Landry, Louise Harel lui a rendu un grand hommage à l'Assemblée Nationale. Elle a cité une phrase que Landry aimait souvent répéter.    ''La patrie avant le parti et le parti avant la personne''.   ''Stop''.

 

Mohamed Lotfi

06.07.2005

Salma dépose les armes

Dédié à Zahra.

Chronique:  Mohamed fait son cinéma

Émission : Jamais 2 sans vous. Radio Canada.

6 juillet 2005

Dans le rôle de Salma Céline Bonnier.

Trame sonore: Quel côté des barreaux, chanson écrite par Line Boyer (ex détenue de Tanguay),

Interprétée et composée par Sylvie Tremblay.

Sortie du film: 2055..!!

   

Le film que j'ai toujours voulu réaliser, j'aurais pu commencer à le tourner il y'a 10 jours,  avec comme seul décor le camping médiatique installé juste devant le pénitencier Saint-Anne-des-Plaines.  Karla Homolka n’est pas l'objet principal de ce film.    La seule image que je retiendrais de son histoire pour l’introduction du long métrage, c'est la façon avec laquelle elle a réussi à échapper à tous ces journalistes et photographes qui l'attendaient depuis des jours.  La première image du film ce n'est pas le visage de Karla, mais plutôt les draps qui la cachaient au fond de la Fourgonnette.  On verra peut-être un bout de son pied en gros plan.    Ce n’est donc plus un documentaire, mais une fiction inspirée d’une attente de 5 jours devant une prison.


 

C'est l'histoire de Salma,  une jeune femme de 29 ans. Journaliste photographe de métier. Après avoir longtemps voyagé dans les pays dit pauvres et réalisé plusieurs expositions, elle est engagée comme pigiste pour un grand journal de Montréal.  Elle a été souvent appréciée par le chef du pupitre pour sa façon personnelle de capter les évènements.  C'est elle qu'il choisi pour aller capter les premiers instants de liberté de Karla Homolka et surtout son visage que personne ne sait plus à quoi elle ressemble depuis le début de sa sentence, il y'a douze ans. 

 

Salma ne dit pas non à son patron, elle n'a jamais encore eu l'occasion de capter une prisonnière à sa sortie de prison.  En plus de faire la première page, une double page sera consacrée à ses photos.  Elle est consciente de ce que cela représente dans sa carrière.  Mais Salma, toute excitée par l'offre qu'on vient de lui faire, elle a oublié qu'elle devait partir deux semaines en vacances avec son nouveau tchum.   Les billets sont déjà achetés.  Le jour du départ c'est le 5 juillet qui coïncide avec la date officielle de la libération de Karla Homolka !!

 

Ce n'est pas la première fois que Salma se trouve coincée entre son amour, sa vie privée et sa carrière. 

 

Nous sommes le vendredi 1 juillet.  C'est la fête du Canada.   Salma regarde autour d'elle.  Tous ces journalistes, caméramans et photographes.  Tous ces camions, ces paraboles, ces pylônes et ces tentes.  Salma croise un ancien amant qui va essayer de la reconquérir.  Mais elle n'a pas de temps à lui accorder, elle commence à chercher l’angle idéal d’où il pourra capter Karla à sa sortie.  Avec ses téléobjectifs et sa caméra numérique elle tourne autour de la prison plusieurs fois, on ne sait jamais, Karla pourrait apparaître tout d'un coup juste pour elle.   Généralement, le hasard fait bien les choses pour les photographes.  Elle se rend compte que Saint-Anne-Des-Plaines c'est une prison pour hommes.   Pourquoi une femme se trouve dans une prison pour Homme..?  Pourquoi Mom Boucher a été incarcéré durant un an dans une prison pour femmes..? Elle a plus de questions que de réponses.  Elle fait un tour dans le village.  Un seul sujet domine les discussions.  Karla.   Dans le camping, les photographes et les caméramans sont stressés, ils ont faim,  mais les téléobjectifs sont prêts à tirer à n’importe quel moment en direction de Karla.   

 

Le dimanche 3 juillet, 8h du matin, le cellulaire de Salma sonne.  C'est son tchum.  Il lui dit que ça ne le dérange pas de retarder ou même d'annuler le voyage.   Salma est touchée par la compréhension de cet homme qui partage sa vie depuis seulement quelques mois.  À partir de cet appel, l'action du film prend une autre tournure.   Salma regarde de nouveau autour d'elle.  Elle ne voit plus de la même manière tous ces journalistes, caméramans et photographes.  Tous ces camions, ces paraboles, ces pylônes et ces tentes.  ''Pourquoi suis-je ici exactement ?'', se demande t-elle. 
 

Elle réalise simplement que son sujet de reportage est juste devant elle.  Ce décor suréaliste va bientôt disparaître.  Elle regrettera amèrement d'avoir été là sans avoir saisi ces instants d'attente devant une prison.   Ça ne fera peut-être pas la première page du journal, mais elle s’en fout.  Et sans trop tarder, elle se met à croquer le camping.   De tous les angles, de loin, de près et de très près.  L’attente en gros plan sur des visages fatigués.  Toujours avec comme arrière plan la prison, ses murs, ses barreaux et cette entrée d'ou Karla Homolka ne semble pas pressée de sortir.  Salma jubile intérieurement. Amusés, certains journalistes se laissent faire pour passer le temps.   Mais seul son ex amant comprend pourquoi Salma tire sur tout, en toute vitesse.   En voix off, il confie toute sa tendresse ‘’Heureux celui qui partage ton lit ma belle Salma’’.   Désormais, il ne la séduira plus.  ‘’Cette femme sait trop ce qu’elle veut’’. 
 

Salma est arrivée au Québec à l'âge de 4 ans.  Ses parents avaient fuient la Tchkoslovakie juste après le printemps de Prague de 1968.   Le prénom arabe que son père lui a donné est celui du personnage principal du roman ‘’Les ailes cassées’’ de Gibran Khalil Gibran. Salma veut dire paix ou petite paix.  ‘’Tu portes bien ton nom’’ lui avait dit un jour son nouveau tchum.   Dans les pays arabes, son prénom lui ouvrait encore plus facilement les portes.   Elle en a photographié des centaines dans une vingtaine de vieilles villes du Moyen Orient et du Maghreb.   Des hommes, des femmes et des enfants qui rentrent et qui sortent simplement de leurs maisons.  Aujourd’hui, à Saint-Anne-des-Plaines, Salma est devant la porte d’une prison pour capter la sortie de la plus célèbre criminelle du pays. 


C’est lundi 4 juillet, il est 12h 30, Salma vient de prendre la dernière photo.  Un des journalistes a eu l’idée de réunir tout le monde pour une photo souvenir.  Personne ne lui pose la question. Pourquoi partir alors que Karla est sur le point de quitter la prison d’un moment à l’autre ? Salma sait très bien ce qu’elle fait. 

 

C'est devant l'entrée d'une prison que Salma a retrouvé son regard personnel pour voir le monde.  La prison, ses barreaux, ses murs et ce rassemblement extraordinaire des médias venus de partout du pays.   Les médias s'intéressent généralement aux criminels avant leur entrée en prison.  Pas à leurs sorties et encore moins durant leurs sentences.   Dans sa réflexion, Salma a fait un lien entre le vacarme médiatique sur la libération de Karla Homolka et la culture d'insécurité que certains médias raffinent de jour en jour.  La peur de Karla, la peur du musulman, la peur des sans statuts, la peur de l'autre.  Salma refuse de vivre dans la peur.   Voilà pourquoi elle a choisi de déposer les armes.

 

Mohamed Lotfi


ps: Même pas le tiers de cette histoire n'a été racontée à Radio Canada, faute de temps et d'autres choses...

 

 

 

05.07.2005

Sortir d'une prison pour entrer dans une autre

1- Mardi 4 juillet 10h

 

Y'a t-il une Zahra Kazemi devant le Pénitencier Saint-Anne-des-Plaines..? Si j'étais photographe, c'est le vacarme médiatique autour de la prison Saint-Anne des Plaines que j'aurais choisi comme sujet de reportage. Tous ces journalistes, caméramans et photographes. Tous ces camions, ces paraboles, ces pylônes et ces tentes. C'est le camping de la bêtise humaine que je trouve un sujet d'intérêt publique et artistique.

 

Je suis sûr que parmi les photographes campés devant le pénitencier, plusieurs y ont pensé. Mais leur mission n'est pas de révéler, mais de capter. Y'a t-il une Zahra Kazemi devant le Pénitencier Saint-Anne-des-Plaines..? Les médias accordent-ils une attention unique à la sortie de Karla Homolka comparativement à celle qu'on a réservé à l'entrée de Mom Boucher, Guy Cloutier ou Jean-Guy Tremblay..?

 

Il parait que jamais dans l'histoire des annales judiciaires canadiennes, les médias n'étaient aussi nombreux à camper durant des jours pour capter les premiers instants de liberté d'une femme qui vient de payer sa dette à la société. Au nom du droit à l'information, les médias semblent detrminés à la traquer partout ou elle passera. Karla ne savait pas au début de sa sentence que le verdict populaire, sur elle, serait incroyablement plus sévère que celui prononcé par la Justice.

 

La jeunesse et la beauté qui contrastent avec le crime de Karla seraient-ils les seuls facteurs qui expliquent notre fascination devant son histoire passée et à venir ? Entre le réel et la représentation du réel il devrait exister toujours un recul qui nous permet de faire la part des choses. J'ai peur qu'avec de tel cirque médiatique nous ne soyons rendus à un niveau d'aliénation ou seule la représentation du réel compte, tellement elle domine notre vie à chaque demi-heure de chaque jour. Au nom du droit à l'information, on tue quelqu'un sur la place publique.

 

Dans les circonstances je pose trois questions:

 

1- À quel point une médiatisation démesurée de la libération d'une personne peut nuire à sa réhabilitation..? Quand on sait le mal que représente la surmédiatisation...

 

2- N'est-ce pas contradictoire d'exiger d'une personne de réintégrer le droit chemin tout en lui coupant toutes les issues qui mènent à ce chemin..? 3- Les juges jugent et les médias rejugent, ou est passé une certaine sérénité..? Les médias prétendent agir pour notre bien. En traquant Homolka, ils se substituent à la justice. Par notre silence, nous validons leur action. Et si, au moment de la sortie de Karla Homolka de la prison, les photographes posaient leurs appareils par terre en rendant hommage à Zahra Kazemi !

 

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2- Mardi 4 juillet 21h

Karla est allé au devant de tous les médias. Elle a accordé finalement une entrevue exlusive à l'émission Le Point de Radio Canada. Diffusion ce soir. Après Nathalie Simard à TVA, Karla Homolka à Radio Canada. L'histoire ne raconte pas à quel prix l'entrevue est accordée. Dors bien Zahra.

 

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3- Mercredi 5 juillet 9h

''A t-on bien fait d'accorder une entrevue à Karla Homolka qui a réussi à déjouer tous les journalistes et photographes campés devant la prison pour finalement accorder une seule entrevue à un médias de son choix ?''.

 

J'imagine la frustartion des uns et la jouissance des autres. À la fin de l'entrevue à l'émission le Point, de Radio Canada, j'imaginais déjà l'histoire de Karla Homolka portée au grand écran. J'imaginais surtout les premières images de ce film. Sa sortie de la prison Saint-Anne-Des-Plaines. Cachée sous des draps en arrière d'une fourgonette, Karla Homolka échappe au spectacle du linchage publique. Combien de fois, réussira t-elle à en échapper ? Pour elle, contrairement à d'autres détenus, elle est sortie d'une prison pour entrer dans une autre. Ce matin, j'ai entendu un animateur de radio se poser la question ''A t-elle été sincère ou pas ?''.

 

Et voilà que le procès populaire se pousruit, toujours au nom du sacro-saint droit à l'information. Je conclue avec l'extrait d'un document signé Jean-pierre Charbonneau, député de Butrduas. Voici ce qu'il dit au chapitre intitulé La culture de vautour des médias. '' Si les manquements éthiques des membres de la classe politique portent lourdement à conséquence sur la participation citoyenne, il en est aussi de même en ce qui concerne les dérapages déontologiques des membres du pouvoir médiatique.

 

''Il ne fait plus aucun doute que la déformation des faits, les raccourcis simplistes et sensationnalistes d’un trop grand nombre de journalistes et de commentateurs autant que les interprétations souvent sarcastiques ou tendancieuses et même parfois outrancières sinon carrément vulgaires contribuent largement à alimenter le cynisme ambiant face à la politique et à ses acteurs, tout en nourrissant la nouvelle culture de la politique spectacle et de l’information spectacle ''

 

Imaginez une exposition de photos consacrée à la réaction des journalistes et des photographes apprenant que Karla Homolka leur a glisser sous le nez..!

 

Mohamed Lotfi

25.06.2005

Qui a peur des sans-statut?

Ce n'est pas tous les jours qu'une centaine d'hommes et de femmes décident de marcher durant huit jours pour défendre une cause. Des citoyens du Québec le font depuis le 18 juin en traversant à pied villes et villages, de Montréal jusqu'à Ottawa où, aujourd'hui même, se retrouveront des centaines de personnes de partout du Canada pour une grande manifestation devant la Chambre des communes.

La marche rappelle quatre revendications : la régularisation de toutes les personnes sans statut (200 000 au Canada), la fin des expulsions, la fin des détentions des migrants, immigrants et réfugiés ainsi que l'abolition des certificats de sécurité.

Se cacher

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette marche n'aura pas causé un vacarme médiatique; pourtant, l'enjeu qu'elle soulève nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statut et leurs enfants qui partagent les bancs d'école avec les nôtres. Mine de rien, ils font partie de nous. «Il suffit d'ouvrir les yeux», me disait une des organisatrices de la marche.

Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leur vie. A-t-on idée de ce que cela signifie, 200 000 personnes non régularisées au Canada ? Cela signifie que ces gens sont sans accès normal aux soins de santé, sans vie normale. Certains doivent vivre en cachette; d'autres ont des enfants nés ici mais sans les mêmes droits que les autres enfants.

Citons le cas d'une Algérienne. Arrivée il y a 13 ans au Québec avec son mari, elle a aujourd'hui cinq enfants, tous nés ici, mais elle n'est toujours pas régularisée. Pire, elle est menacée d'expulsion avec son mari et ses enfants.

Pourquoi ce silence ?

Je ne comprends pas le silence des médias à propos de cette marche : à peine quelques images aux téléjournaux et un petit reportage à la radio nationale. Faut-il attendre d'avoir un problème avec les autorités policières pour que, tout d'un coup, la marche existe ? On a attendu que Mohamed Cherfi se réfugie dans une église pour s'intéresser à son sort ! Des familles entières se réfugient pendant des mois dans les sous-sols d'église avant qu'on n'évoque leurs problèmes. N'est-ce pas ridicule d'avoir peur de personnes qui ont encore plus peur que nous ?

La marche «Personne n'est illégal» souligne le dixième anniversaire de la marche «Du pain et des roses», une autre marche historique. Ces deux marches revendiquent simplement la dignité : la première contre la pauvreté, la deuxième contre l'insécurité, la peur et la pauvreté.

Cependant, contrairement à la marche «Du pain et des roses», aucun artiste, aucune personnalité célèbre n'a pris part à la marche «Personne n'est illégal» pour lui donner un minimum de visibilité. Pourtant, quelle belle et noble cause ! Pourquoi ce silence, j'ose dire cette méfiance ?

Jean (Leloup) Leclerc est sorti de sa cachette pour faire une sortie médiatique pour deux amis arrêtés et détenus. Sans lui, je n'en aurais jamais entendu parler. Bravo pour l'amitié. Les sans-statut, eux, ont le malheur de ne pas avoir comme amis Jean Leclerc, Paul Piché, Dan Bigras ou quelque personnalité publique que ce soit, pour qui les micros s'ouvrent plus facilement.

Les sans-statut ont comme amis des étudiants qui, depuis des mois, se donnent corps et âme pour rendre possible une marche pacifique de grande envergure. Ni les certificats de sécurité ni les mises en scène de peur ne les impressionnent. La marche «Personne n'est illégal» entrera désormais dans l'histoire autant par la cause qu'elle défend que par cette volonté titanesque d'une trentaine de jeunes d'améliorer le sort de leurs prochains. Quels que soient les résultats de cette marche, ses jeunes organisateurs, membres de la coalition Solidarité sans frontières, me rassurent un peu sur l'avenir, et je leur dis merci. Un peu, c'est déjà beaucoup.

 

Mohamed Lotfi

20.06.2005

Fatima Houda Pépin, une musulmane modérée de service

"C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.." Amine Malouf, ''Les identités meurtrières''


Je n'arrive pas à saisir la pertinence de cette résolution de l'Assemblée Nationale du Québec adoptée le 26 mai 2005, qui s'oppose « à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada ». L'initiatrice de cette résolution est Madame Fatima Houda Pépin, députée de la Pinière. À deux reprises, elle était venue jouer la musulmane modérée de service à l'émission Pourquoi pas dimanche et Indicatif Présent de la radio de Radio Canada. Par les deux animateurs, sa démarche a été qualifiée de courageuse et héroïque.. !

Je trouve louche pour ne pas dire lâche qu'une députée de religion musulmane présente à l'Assemblée Nationale une résolution qui s'oppose « à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada » alors que personne au Québec n'en a fait la demande. La réalité de l'Ontario en matière Les membres de l'Assemblée Nationale croyaient-ils donner plus de crédibilité à cette résolution parce que c’est une députée musulmane qui la présente.. ? croyaient-ils, de cette manière, mieux se rapprocher de la communauté musulmane du Québec..!?

Tant qu'à adopter une résolution pour renforcer le principe de l’égalité de toutes et tous devant la loi et par l'occasion même, celui de la laïcité, pourquoi aucun des députés n'a eu l’idée de proposer un amendement pour remplacer le mot ''islamique'' par le mot ''religieux''..? La résolution adoptée le 26 mai 2005 à l’Assemblée Nationale visait une communauté en particulier au lieu d'aborder le problème dans sa globalité. En France, si le voile est interdit à l'école c'est pour se conformer à une loi qui interdit tout ''signe ostensible de religion''.

Le 4 mars 2005, le bâtonnier du Québec, M. Denis Mondor a déclaré : «Le principe de la diversité culturelle n'implique pas l'instauration de juridictions d'exception, telles que l'arbitrage religieux en matière familiale. Au contraire, [le Barreau du Québec] croit fondamental que le système de justice soit unique et applicable à tous les justiciables quelles que soient leur religion ou leur appartenance à une communauté culturelle.» Voilà une déclaration avec laquelle je suis tout à fait à l'aise parce qu'il ne vise aucune religion ni aucune communauté en particulier.

Je ne peux pas reprocher à Madame Houda Pépin son ambition de devenir la prochaine Ministre de l'Immigration, mais avec un tel manque de nuance et d'élégance, elle risque plutôt de perdre la confiance de plusieurs membres de sa propre communauté. De toute façon, Madame Fatima Houda Pépin représente d'abord ses propres électeurs à l'Assemblée Nationale. Elle qui rappelait, dans ces deux émissions, avec raison d'ailleurs, qu'un imam ne devrait avoir d'autorité sur personne et ne jouit d'aucune représentativité, je trouve ironique qu’elle se donne la légitimité de parler au nom des musulmans modérés. Un musulman modéré n’aurait jamais contribué à la stigmatisation d'une culture qui souffre déjà d'amalgame et de confusion dans la perception de beaucoup de non musulmans. Madame Houda Pépin ne fait pas preuve de courage ou d'héroïsme mais de récupération politique.

À la place de la députée de La Pinière, je militerais pour une laïcité qui ne doute pas d'elle même. Une laïcité qui tuerait dans l'œuf toute intrusion qui ferait reculer les droits acquis des femmes. Une laïcité contre la montée du communautarisme. Dans le contexte qui nous occupe, ça ne serait ni héroïque ni courageux. Ça serait simplement la suite logique des choses. Le meilleur accommodement raisonnable dont le Québec a besoin est une charte de la laïcité aussi forte et aussi claire que celle en France. Une charte qui tient compte de certaines particularités de la réalité au Québec. Une charte qui permet une meilleure cohabitation entre les différentes confessions.

Au Québec, les tribunaux rabbiniques ont droit de cité. Selon la loi québécoise, les beth din - expression signifiant "maison de la loi", en hébreu - sont en effet habilités à dissoudre des unions sur le plan religieux. Les beth din tranchent aussi des disputes touchant la garde des enfants ou le partage des biens. Dans le site Internet (http://www.mk.ca), on présente d'ailleurs ses tarifs et la liste de ses services d'arbitrage, en matière commerciale mais aussi matrimoniale.

Que doit-on retenir d’une résolution qui interdit à une communauté ce que la loi tolère déjà pour une autre.. ? Sommes-nous vraiment, toutes et tous, égaux devant la loi.. ?

Dans ces deux entrevues sur les ondes de Radio Canada, Madame Houda Pépin a répété à plusieurs reprises le mot ''rétrograde'' en parlant de l'islam. C'est le mot qu'on veut entendre d'un musulman ou une musulmane modérée. Le mot qui dit tout haut ce que certains québécois bien pensants pensent tout bas. Je suis de culture musulmane, non pratiquant, mais je connais assez bien l’islam pour ne jamais le réduire à un mot. Surtout en sachant que je m'adresse à des auditeurs dont la plus part ne savent plus quoi penser d'une religion perçue principalement à travers les conflits du Moyen Orient.

Madame Houda Pépin sait bien que l'extrémisme ou le fondamentalisme de certains musulmans n'est pas le fruit du hasard. Je ne partage nullement les idées des intégristes, mais je ne vois pas et je refuse de voir les intégristes musulmans comme des extra-terrestres. Les rejeter à coup de résolution et de tournée médiatique les visant particulièrement, les rend encore plus motivés, plus mobilisés et plus violents. Cela leur donne davantage l’impression d’être victimes. Si on se fie à leurs réactions, suite à l’adoption de la résolution, certains avaient l’air de la recevoir comme un cadeau. Si la résolution s’opposait à tout tribunal religieux, c'est la laïcité qui aurait fait un pas géant au Québec. Même Tarik Ramadan, dont les idées m'inspirent de la méfiance, a déclaré en 2005 à l'Université de Montréal lors d'un colloque, qu'il est absolument contre l'instauration de tout tribunal islamique au Canada. Sa position, clairement expliquée et affichée, a été à plusieurs reprises applaudit par une audience composée aussi d'hommes barbus et de femmes voilées..!

Par ailleurs, parler uniquement de l’agenda politique des extrémistes ne suffit pas pour mieux expliquer et connaître le phénomène islamiste qui, je rappelle est relativement récent. Un phénomène transitoire qui reflète une situation politique internationale complexe. Un phénomène dont la naissance ne relève pas uniquement de l'idéologie religieuse. La meilleure façon de le combattre, c'est d'abord de le comprendre. Quelque soit l'effort intellectuel que cela exige.

Le Parlement du Québec voulait passer un message clair pour calmer ou décourager les ambitions de quelques musulmans extrémistes du Québec. Je crains que l'effet pervers d'une telle résolution n'en rajoute à ce climat d’insécurité que certains politiciens occidentaux récupèrent au profit de leurs propres agendas.

Les musulmans modérés ne s'expriment pas beaucoup dans les médias par peur des représailles des extrémistes. C’est ce que l’animateur de l’émission Pourquoi pas dimanche a laissé entendre lors de cette entrevue avec Madame Houda Pépin. Je crois qu’il y’a une raison plus importante, c’est la peur d'être récupéré par des journalistes et certains animateurs qui se font un plaisir d'entendre un musulman dénoncer ou rejeter d'autres musulmans (dans les émissions françaises, c'est devenu un cirque), si vous appelez ça courage et héroïsme, moi j'appelle ça du cirque. Il ne faut pas s'attendre toujours des musulmans modérés dire ce qu'on veut entendre. Il y'a des musulmans modérés plus nuancés que d'autres. Ceux-là, on ne les invite pas. On ne les écoute pas. ''Viens à mon émission me dire ce que je veux entendre..'', C’est la formule privilégiée de certains médias.

Je respecte assez notre Assemblée Nationale et les hommes et les femmes qui y siègent pour me donner le droit de critiquer cette dérive qui me rappelle une autre. Ce n'est pas la première fois que mes les élus de l'Assemblée Nationale adoptent à l'unanimité une résolution sans la méditer profondément. Rappelons-nous celle votée contre Yves Michaud..!

La résolution qui interdit tout tribunal dit islamique, a été adoptée dans une Assemblée Nationale ou un crucifix est encore accroché juste au dessus de la tête du Président de l'Assemblée..! Le 26 mai 2005 aurait marqué une date historique avec la disparition de tout signe ostensible de religion à notre Assemblée Nationale. Au moins, par souci de cohérence, n'aurait-il pas fallu déplacer le crucifix dans un autre endroit de l'Assemblée Nationale ?

''La politique c'est l'art de se servir des gens'' dit Paul Valery. Je crains que la députée de la Pinière n'en abuse au profit de son propre agenda.


Mohamed Lotfi

28.01.2005

Libérations conditionnelles - Ce dont vraiment personne ne parle...

Pourquoi des détenus sont-ils libérés avant la fin de leur sentence? C'est une question légitime, mais pour une société qui a choisi l'option de la réhabilitation de ses criminels, je poserais plutôt d'autres questions.

Que fait-on avec un détenu pendant son passage en prison ? Peu importe qu'il soit libéré au sixième, au tiers ou aux deux tiers de sa sentence, que se passe-t-il entre son entrée et sa sortie ? Un détenu jugé dangereux, libéré au terme de sa sentence, devient-il vraiment moins dangereux ?

L'objectif des libérations conditionnelles et des sorties temporaires est de permettre à la personne incarcérée de faire une transition entre la prison et la communauté. Si parfois les libérations conditionnelles ont été utilisées pour libérer des cellules, cela ne devrait pas remettre en question la raison d'être d'un tel progrès de notre système correctionnel. C'est fondamentalement sur ce point qu'il se distingue d'autres systèmes correctionnels ailleurs dans le monde.

Libérations et réinsertion

À l'émission Tout le monde en parle, vous ne verrez jamais un détenu dont la libération conditionnelle a contribué à sa réhabilitation parce que, justement, personne n'en parle. Mais à y entendre Yves Thériault, auteur du livre Tout le monde dehors, on croirait que tous les détenus sont des prédateurs sexuels et que la prison, telle une machine, fabrique et garantit la réhabilitation uniquement quand un détenu est libéré au terme de sa sentence !

Puisqu'il a écrit un livre sur le sujet, M. Thériault doit savoir que des études prouvent le contraire. Les libérations conditionnelles contribuent à la réinsertion parce qu'elles permettent un encadrement et donc un retour graduel à la société. M. Thériault sait sûrement aussi que les prédateurs sexuels ne sont pas acceptés ni tolérés par la population carcérale. Un pédophile n'aimerait pas goûter à leur justice. Pourquoi confondre les uns avec les autres ?

 

Paul Valéry a écrit : «La politique, c'est l'art de se servir des gens», mais nul besoin d'être politicien pour exploiter l'ignorance. Il suffit d'écrire un livre et de lui donner un titre aussi frappant qu'un missile : Tout le monde dehors. Pourquoi pas Plus personne en dedans ?

L'émotion vendeuse

Apparemment, M. Thériault s'est bien servi des médias pour ne pas manquer sa cible, c'est-à-dire nos coeurs, encore ébranlés par l'assassinat du jeune Alexandre Livernoche par un prédateur sexuel. Certains journalistes ont fait de la sortie de Tout le monde dehors une occasion d'exposer leur propre ignorance du système correctionnel du Québec, un moment de sensationnalisme qui cultive la confusion.

L'assassinat du jeune Alexandre par un prédateur sexuel n'a pas fini de nous émouvoir. Mais l'émotion est vendeuse. D'une tribune à une autre, M. Thériault répète à qui veut l'entendre qu'il s'agit de la sécurité de sept millions de Québécois ! On se croirait aux États-Unis devant un discours de Bush !

Nous sommes sensibles, oui, mais pas cons. Au risque de choquer M. Thériault, je porte à sa connaissance que certaines personnes incarcérées sont moins dangereuses pour la société que la prison dans laquelle ils se trouvent. De petits criminels devenus de grands criminels à cause de leur passage en dedans, quel titre vendeur donner à un livre relatant leur histoire ? Tout le monde en dedans ? Ridicule.

Sauf quand ça pète, à tous les six ou sept ans, la prison n'intéresse personne. Mais pour les détenus les plus vulnérables, la prison s'avère une école du crime. [...] Certains en sortent moins indemnes que d'autres; c'est pourquoi il faut remettre en question la prison dans son ensemble, reconnaître ce qui s'y fait de bon (parce que tout n'y est pas noir) au lieu de s'attaquer à un seul aspect -- comme par hasard, celui qui la rend moins sordide que d'autres prisons dans le monde !

Une réforme, pas un remède miracle

Aussi frappant soit-il, le titre du livre d'Yves Thériault est plus vendeur que révélateur. Néanmoins, si la sortie de Tout le monde dehors réussissait à libérer bientôt les cinq millions de dollars nécessaires pour entamer la réforme des Services correctionnels, attendue depuis des années, la sortie de ce livre (plus que le livre lui-même) aurait quand même servi à quelque chose. Mais personne ne devrait voir dans cette réforme un remède miracle pour les détenus très dangereux, qui constituent moins de 1 % de la population carcérale du Québec.

Prévenir l'imprévisible : aucun système ni personne n'en est capable quand il s'agit de prédateurs sexuels et de violents chroniques. Dans leur cas aussi, les sentences ont une fin.

Par ailleurs, la réinsertion sociale des personnes incarcérées ne consiste pas à donner une première ou une deuxième chance aux personnes contrevenantes. Ce n'est pas une affaire de pitié, de compassion ou de faveur à leur égard. C'est dans l'intérêt de la société, d'un point de vue économique et social, de diminuer le taux de récidive dans les prisons qui correspondrait à une baisse de la criminalité.

Une libération conditionnelle est un moyen parmi d'autres : quelques erreurs, même graves, ne devraient pas la remettre en question. Comme la laïcité, le concept des libérations conditionnelles fait partie des progrès de notre société. C'est peut-être certains aspects de l'administration des libérations conditionnelles qu'il faudrait mettre en question, ainsi que le processus de nomination des commissaires.

Je dirai enfin que je côtoie l'univers carcéral depuis 15 ans. Dans le cadre d'une activité communautaire, j'écoute, je regarde, j'observe et je note ce proverbe de chez moi : «Quand l'oeil ne voit pas, le coeur ne souffre pas.».

Mohamed Lotfi

20.01.2005

Indignation 101

Qui a dit que l'indignation ne paye plus, ne fonctionne plus, que c'était out..?

90% des québécois viennent de donner une leçon d'histoire à tous ceux et celles qui ne croyaient plus aux effets positifs de l'indignation. Suite à l'annonce de Jean Charest de retirer sa décision (personnelle) de financer à 100% les écoles juives privées, j'ai pensé à ces hommes et femmes qui ont changé le cours de l'histoire avec comme seul arme, la force de leur indignation.

L'indignation populaire se mesure par sa force de frappe dans l'expression de chaque citoyen et par le degré d'unanimité qu'elle réussit à atteindre. Dans ce sens la dernière indignation des québécois est un exemple à enseigner aux élèves des écoles, publiques et privées. L'indignation est un droit et un devoir. L'indignation qui ne s'exprime pas publiquement, elle n'existe pas. Une vie citoyenne se nourrit également de l'indignation.

Je me permet d'exprimer un seul regret, celui de ne pas avoir entendu, dans la vague de cette indignation, beaucoup de voix d'immigrants, s'exprimer à titre personnel pour partager les préoccupations de la majorité des québécois. Ils ont manqué l'occasion d'un rapprochement culturel historique qui aurait contribué également à l'avancement de la cause de la laïcité.

Beaucoup d'immigrants sont des adeptes de la laïcité. Ils ont manqué une bonne occasion de le faire savoir. La position des directeurs d'écoles musulmanes privées qui ont vite affiché leur joie de bénéficier eux aussi éventuellement d'un financement à 100%, n'est pas représentative de l'opinion de tous les musulmans, encore moins celle de tous les immigrants.


Dans cette histoire, certains immigrants ont passé à côté de l'histoire..



Mohamed Lotfi

17.01.2005

Une leçon d'histoire...

Il est dans l'intérêt des communautés juives et ses représentants de refuser le cadeau empoisonné que le gouvernement du Québec vient de leur offrir. À juger seulement par la forte réaction de l'opinion publique, la décision de financer à 100% les écoles juives privées est loin de favoriser de meilleurs rapports avec le reste de la société québécoise. Les quelques directeurs d'école musulmanes, qui ont vite affiché leur joie de bénéficier eux aussi eventuellement d'une telle faveur, ne devraient pas répondre à cet appel à la division (diviser pour régner). Les juifs et les musulmans du Québec ont l'occasion, maintenant plus que jamais de créer un précédent dans l'histoire du Québec en refusant de s'associer à un projet de Partenariat Publique Privé de l'école déguisé sous forme de ''rapprochements culturels''. Je ne vois pas, dans le contexte de cette décision, d'autres rapprochements entre toutes les communautés du Québec que celui de dire haut et fort NON à toutes formes de financement publique de la religion. Religieux ou pas, la majorité des québécois adhèrent aux principes de laïcité. C'est le tour de certains immigrants de contribuer à l'avancement de la laïcité au Québec..?! Une leçon d'histoire à donner à ce gouvernement qui apparement, passe à côté de l'histoire.
Mohamed Lotfi
ps: pour vu qu'on n'arrête pas d'en parler dans quelques jours..

L'art de se tirer dans les pieds...

Un petit commentaire, pour donner suite au dernier article de Pierre Dubuc  ''Cout’donc, le Bloc es-tu troisième au Québec ?'' paru dans l'Aut'journal, qui met le doigt sur le manque d'équité de Radio Canada dans la couverture médiatique de la présente campagne électorale.

 

Pour la plus part des journalistes et animateurs de la branche francophone de Radio Canada dont le nationalisme est davantage bleu que rouge, chaque fois qu'il s'agit de couvrir ou de commenter une campagne électorale, le dilemme prend la forme d'une question existentielle.  Entre objectivité ou apparence d'objectivité, entre l'intérêt personnel ou celui de la collectivité, entre garder sa job ou exprimer sa ''souveraineté'',  lequel de ces choix passe en priorité ?  Le manque de solidarité envers l'expulsion de François Parenteau, de la part de ses collègues de l'émission ''Pourquoi pas Dimanche'', répond en bonne partie à cette question.  C'est un exemple flagrant d'une frilosité caractérisée que même Joël Lebigot en a fait la preuve en réagissant à cette expulsion tardivement et avec beaucoup de modération.  Lui qu'on pouvait croire qu'il n'a plus rien à perdre..!!

 

Pourquoi Parenteau n'a pas été remercié bien avant ou bien après la présente campagne électorale fédérale ?   Les patrons de Radio Canada auraient-ils jugé que la foi souverainiste de Parenteau  aurait été mal venue dans le contexte de la campagne électorale ?  Jugée trop contagieuse ? L'humour de Parenteau serait soudain devenu dangereux ?   Il est vrai qu'il se distingue d'autres humoristes, à la juste pour rire, qui envahissent de plus en plus les émissions de Radio Canada.   On dirait que cette expulsion tombe bien pour certains et j'aurais aimé ajouter, mal pour d'autres.    

 

La plus part des journalistes et animateurs de Radio Canada dont Lebigot lui-même, ont probablement voté OUI lors des deux derniers référendums sur la souveraineté.  Mais jusqu'à quel points sont-ils prêts à défendre leurs convictions souverainistes ?  Du moins, à quel point seraient-ils assez audacieux pour se permettre les mêmes libertés qu'on peut observer du côté de la couverture anglophone ? (comme le décrit Pierre Dubuc).  Si l'expulsion de François Parenteau a été perçue par certains auditeurs comme une attaque directe à la liberté d'expression, à mes yeux, c'est une attaque indirecte à la cause souverainiste elle-même.   Le fait que les responsables de cette décision soient des francophones ne devrait pas nous en cacher les motivations réelles.

 

Radio Canada aurait reçu 150 commentaires suite à l'expulsion de Parenteau.  C'est beaucoup pour certains.  Trop faible pour moi.  Encore plus faible,  pour ne pas dire lâche, cette absence de réaction de ses propres collègues.  Oui, il y'a eu la démission d'un collègue zapatiste et le commentaire tardif de Joël, mais cela est trop peu devant le danger de l'autocensure qui regagne du terrain à Radio Canada.   Cette expulsion est aussi un message envoyé à d'autres chroniqueurs qui ne cachent pas leur allégeance politique. 

 

Mon estime pour Joël Lebigot a grandi le jour ou j'ai entendu Parenteau à son émission.   Quelqu'un devrait tendre le micro à cet homme brillant dont le style et l'audace force l'admiration.   Je ne partage pas toujours ses points de vue, mais j'admire la vigueur et l'esprit de cet homme. Au delà de sa foi souverainiste,  Parenteau brille par son style et cela faisait le bonheur d'un grand nombre d'auditeurs devenus fidels au rendez-vous.   

 

150 commentaires ont été envoyés à la direction de Radio Canada pour contester cette expulsion. Ce n'est pas rien,  mais pas assez pour lui donner un sens qui va au delà du principal concerné.  On a su marquer le début d'une révolution, aussi tranquille soit-elle,  après l'expulsion de Maurice Richard du Canadien, il y'a 60 ans.   Parenteau n'est pas Richard, mais je reconnais et je ressens le même mépris qui a conduit l'un et l'autre à l'expulsion ?   Dans le cas de Parenteau, le mépris, sous forme de peur, vient directement de nous.   

 

Cette façon de se constituer son propre ennemi me rappelle cette histoire passée totalement sous silence et qui a conduit en 1994 le Président de l'ADQ, Mouncef Guitouni, à une démission forcée.  Un reportage du Point a été diffusé un an avant le référendum de 95,  pour salir la réputation de cet homme et le forcer à démissionner de la Présidence du parti.  Mouncef est un québécois d'origine tunisienne, souverainiste de conviction.  C'est Francine Pelletier, qui venait d'être engagée au Point, qui a réalisé ce reportage, pour soi disant brosser un portrait du premier immigrant à la tête d'un parti politique.   Le reportage s'est révélé une attaque en règle contre la vie professionnelle et privée de cet homme.  Le soir même de la diffusion de ce reportage, Guittouni a été invité à la démission par Mario Dumont.  En 1998, ce dernier a reconnu d'avoir agit trop vite. 

 

En 2000, la Cour supérieure du Québec a condamné pour diffamation Radio Canada à payer à  Moncef Guitouni une compensation de 635 355 $, avec intérêts.    Les détails de cette affaire sont racontés dans ''Le complot'', un livre de Daniel Martin publié en 2002.  Ni la décision de la cours, ni les révélations scandaleuses du livre n’ont soulevé la moindre tempête. Pas la moindre réplique et encore moins d’excuses.   Aucun commentaire de protestation envoyé à Radio Canada. 

 

Francine Pelletier est une souverainiste déclarée. Si elle avait compris que l'accès d'un immigrant souverainiste à la tête d'un parti politique est un avantage pour la cause souverainiste, aurait-elle réalisé son reportage avec l'intention de nuire à la vie d'un homme..?  Comment ne pas faire de lien entre le résultat des votes et l'opération de démolition contre Guitouni un an plutôt ?  Si Guitouni n'avait pas été exclu d'une participation à la campagne référendaire, le fameux vote ethnique n'aurait-il pas fait toute la différence dans les résultats du vote ?    

Quand je pense que c'est la même Francine Pelletier qui a réalisé, 10 ans plus tard, un documentaire sur Parizeau espérant lui sous-tirer un semblant d'excuses pour sa fameuse déclaration !  

 

L'expulsion de Guitouni de l'ADQ a duré plus que le temps d'un référendum.   Celle de Parenteau va t-elle duré le temps d'une campagne électorale..?    Je crains que la peur ne nous prive du meilleur de nous-même à force de cultiver l'art de se tirer dans les pieds. 

 

Mohamed Lotfi

12.01.2005

L’Ironie.

L'ironie veut que l'homme soit plus touché par les catastrophes naturelles que par celles qu'il provoque lui-même. Le Tsunami du 26 décembre 2004 aura mobilisé presque l'humanité entière pour secourir les survivants et entamer très vite la reconstruction des régions sinistrées. Souhaitons que des projets sociaux et économiques, longtemps mis en attente dans ces pays, se réaliseront dans la vague de cette aide sans précédent.


Souhaitons qu'à travers ce grand mal, le prix de consolation sera le début de la fin de la prostitution des enfants de certaines régions et leur esclavage. Souhaitons qu'une telle générosité n'affectera pas les levées de fonds pour les catastrophes humanitaires présentes et celles à venir ailleurs dans le monde..! Souhaitons de toutes nos forces que la proposition d'une TVA internationale, prélevée sur les marchés des changes, sur les ventes d’armes ou sur la consommation d’énergies non renouvelables soit mise en vigueur dans les plus bref délai. C'est maintenant que la plus grande émotion humaine de l'histoire doit servir à quelque chose de concret et de durable.

La plupart des guerres sont plutôt attendues, planifiées. Certaines sont même provoquées et servies en spectacle de télévision quotidien. Une catastrophe qui n'est pas l'oeuvre de l'homme serait-elle perçue comme l'oeuvre de Dieu ? Cette fois, Dieu n'est pas américain ! Cela expliquerait peut-être pourquoi l'Amérique elle-même a mis son arsenal militaire au service d'une cause humanitaire ? (Quand les hommes vivront d'amour!). Mais, là encore, ne cédons pas trop vite à l'aliénation de la télé. Allons-nous pardonner à Bush et son administration sa guerre illégale en Irak, parce que tout d'un coup il nous révèle son ''humanité'' ? Les populations arabes et musulmanes vont-elles soudainement voir en Bush un ami des musulmans puisqu'il vient au secours du plus grand pays musulman de la terre ? Bien sûr que non, mais le Tsunami ne pouvait pas mieux tomber pour tous ceux qui ont quelque chose à se pardonner. Ils sont nombreux à parader au milieu des ruines et les morts pour afficher d'eux une autre image. Leur présence ne devrait pas pervertir la nature propre des images du Tsunami, celles dont le message est sans ambiguïté. La nature aura toujours le dernier mot.

Si derrière les images de Tsunami se cachait un Dieu en colère, qui se cacherait derrière les images de la guerre en Irak ? Pourquoi la télé n'a pas le même impact sur nous quand les catastrophes sont le résultat de nos propres actions? En quoi les victimes civiles des guerres en Irak, en Tchétchénie ou en Afrique seraient-elles moins innocentes que celles des tsunamis ? Par cet élan de coeur envers les victimes innocentes de Tsunami, l'homme (occidental en particulier) reconnaît et exprime par la même occasion sa peur de l'inconnu, de l'inattendu. Sa vulnérabilité devant ce qu'il pourrait lui arriver n'importe où, n'importe quand. La plupart des guerres sont plutôt attendues, planifiées. Certaines sont même provoquées et servies en spectacle de télévision quotidien.

Une catastrophe qui n'est pas l'oeuvre de l'homme serait-elle perçue comme l'oeuvre de Dieu ? Cette fois, Dieu n'est pas américain ! Cela expliquerait peut-être pourquoi l'Amérique elle-même a mis son arsenal militaire au service d'une cause humanitaire ? (Quand les hommes vivront d'amour!). Mais, là encore, ne cédons pas trop vite à l'aliénation de la télé. Allons-nous pardonner à Bush et son administration sa guerre illégale en Irak, parce que tout d'un coup il nous révèle son ''humanité'' ? Les populations arabes et musulmanes vont-elles soudainement voir en Bush un ami des musulmans puisqu'il vient au secours du plus grand pays musulman de la terre ? Bien sûr que non, mais le Tsunami ne pouvait pas mieux tomber pour tous ceux qui ont quelque chose à se pardonner. Ils sont nombreux à parader au milieu des ruines et les morts pour afficher d'eux une autre image. Leur présence ne devrait pas pervertir la nature propre des images du Tsunami, celles dont le message est sans ambiguïté. La nature aura toujours le dernier mot.

À propos d'image, j'aurais cru que le très faible montant donné par le gouvernement québécois à la Croix rouge s'explique par une volonté de se soustraire à la récupération politique de la tragédie. Mais cela ne serait pas cohérent de la part d'un gouvernement qui a construit son image grâce à une campagne électorale de peur, faisant du Québec un hôpital et des québécois des malades. Dans quelques années, ou quelques mois, des témoignages de ministres du gouvernement Charest révèleront leur total désaccord avec une telle attitude. Les Ministres Michele Courchesne et Line Beauchamps ne devraient pas se sentir à l’aise. Le gouvernement québécois semble oublier que l'apparence de solidarité fait partie de la solidarité. Que la solidarité, même en apparence, ne devrait pas tenir compte des calculs politiques et des équations entre le nombre des ressortissants haïtiens (125 000) et celui des sud asiatiques (25 000). À la télé, l'Asie du sud est aussi proche de nous que Gonaïve.

Le gouvernement du Québec, par la voix de son chef, a atteint un sommet d’inconscience, non seulement en ne réalisant pas qu'il s'agit de la pire catastrophe naturelle du siècle, mais aussi en sous-estimant l'impact de la télé sur les coeurs des québécois traditionnellement sensibles aux images des catastrophes naturelles. À moins que la générosité du gouvernement Charest soit calculée au nombre des victimes québécoises du Tsunami. On ne dénombre pour l'instant qu'une seule victime du Québec parmi les trois du Canada. Finalement, le gouvernement québécois aura agit en cohérence avec ses politiques qui se vident de solidarité sociales pour se remplir de PPP, Prisons Privés Pour tous ou Pourritures Pas mal Pourris (Le concours est ouvert à qui traduit le mieux PPP Partenariat Publique Privé..!!) (Proposition du concours: Profiteur de la Privatisation du Public, Prévarication du Patrimoine Public, Partie Pour la Privatisation, Privatisation du Profit Public, Privatiser les Programmes Publics, Pas Partie Pour ).

Les pays du G8 envisagent de geler les dettes des pays dévastés par les tsunamis. Ricardo Petrella a raison de réclamer le gel, voir même l'annulation des dettes de tous les pays dévastés par la pauvreté. Encore, faut-il que le gel ou l'annulation de la dette n'entraîne pas la perte de crédits de ces pays auprès des institutions financières et le FMI. Le Liban avait refusé l'annulation totale de la dette pour conserver ses crédits ce qui lui a permis de se reconstruire !

Si elle n'est pas aussi naturelle, la pauvreté est plus ravageuse que les tsunamis de la terre. Elle est essentiellement le résultat des injustices de l'homme, de sa soif de domination, de sa bêtise et de son manque de vision qui se traduit souvent par son contrôle des politiques économiques de pays dits Souverains. Des réalités que ne nous répéterons jamais assez au nom de la solidarité et de l'espoir. L'espoir que la plus grande émotion de l'histoire serve vraiment à quelque chose.


Mohamed Lotfi

06.12.2004

Un peu de silence SVP

Si j'étais le poète Claude Poliquin, je vous aurais crié de toute mes forces, ''Fermez vos gueules bandes de caves''.   Je suis poli alors, je vous parle calmement. Les 14 femmes victimes de la tuerie de Polytechnique méritent qu'on les laisse en paix en cette journée du 6 décembre.  Si vous voulez vraiment que leur mort sert à quelque chose, parlez-en n'importe quand dans l'année, mais pas le 6 décembre, encore moins en ce 15 ième anniversaire.  Abordez le drame à l'endroit. Ne vous en servez pas le temps d'une journée pour dégueuler vos propres frustrations, vos propres haines. 

 

La cacophonie que j'ai lu et entendu toute la journée du 6 décembre m'indigne au plus haut point.  Les accusations affluaient de toutes parts, certaines féministes envers les hommes, certains hommes envers les féministes.  Les uns accusent les autres de frustrées ou de lâches, de ne pas avoir compris, de trop récupérer.  Certaines femmes ont même essayé subtilement de culpabiliser les gars qui n’ont rien fait pour empêcher le massacre. Certains hommes se découvrent courageux de crier à la conspiration des féministes.  Certaines féministes persistent et signent que c'est le féminisme qu'on a voulu assassiner ce 6 décembre 1989.  Certains journalistes se sont fait un malin plaisir de rappeler les origines maghrébines de Marc Lépine, ce qui a donné lieu à des propos haineux et franchement raciste tel que ''beaucoup de femmes battues au Québec le sont par des immigrants ayant emporté dans leurs bagages leur culture rétrograde''.  À qui dit mieux..?!!

 

Devrais-je ce jour là en particulier, avec toute l'émotion qui m'habite donner mon opinion.. ? Fournir une analyse et peut-être même la grande vérité sur les racines du drame.. ? Parce que j'ai une opinion voyez-vous, mais j'ai appris de ma culture ''rétrograde'' le respect des morts, le respect des martyrs et le respect de la vie qui nous reste à vivre.  J'ai une opinion, mais en ce tragique souvenir du 6 décembre, moi je pleure.  Je me recueille.  Je donne à mon cerveau la pause que je lui dois quand c’est le tour du cœur de vivre pleinement sa peine.  Et quelle peine.  Une des plus tragique de l’histoire du Québec.   Est-ce par peur de vous voir pleurer, hommes et femmes, qu’en ce dernier 6 décembre 2004, vous avez passé votre temps à parler, à exposer vos analyses et vos théories comme si c'était simple.  Comme si la Vérité devait tomber ce jour là de vos propres bouches. Les médias et vous, vous vous êtes accaparé les uns des autres, dans une confusion de propos qui n’aura apporté rien de plus pour moi.  Lépine était-il fou ou lucide.. ?  La même rengaine.  Et si un peu de silence donnait à mieux réfléchir.. ?

 

Parce qu'à chaque 6 décembre, l’émotion est trop forte, parce que le silence fait peur et parce que le recueillement n’est pas un sport national de notre société,  alors on parle.   Est-ce normal qu’on en parle..? Avant et après le 6 décembre, Oui. Ça serait encore plus souhaitable qu’on ne se taise pas le reste de l’année sur tous les tueries à petites doses.  Les moyens de préventions ne passent pas uniquement par le contrôle des armes.  Parlons de la violence verbale, du harcèlement psychologique, au travail et dans le couple.  Parlons-en à l'école, au milieu du travail et aussi en famille. Parlons-en mais,  avec recul et sérénité.  Si ces deux conditions minimales ne sont pas réunis pour parler de vilence, attendons.

 

Si le drame de Polytechnique nous appartient à tous, faisons comme les familles des victimes.  Silence et recueillement une journée par année. Ce n'est pas à tord que certaines familles des victimes se sentent parfois dépossédés de leur deuil.  Pour beaucoup de médias, le 7 décembre, c’est déjà du passé pour aborder le drame.  Imaginez en janvier..!

 

Dans mon recueillement, le 6 décembre dernier, je pensais aussi à cet étudiant de Polytechnique qui s’est donné la mort un an plus tard pour ne pas avoir réagit au moment du drame.  On ne parle jamais de cet homme qui est parti avec peut-être une petite partie de la grande réponse que nous cherchons.  Sans juger son geste, je me pose quand même souvent la question. Pourquoi a-t-il préféré la mort à la vie.. ?  De quoi serait-il senti coupable vraiment.. ?  De ne pas avoir réagit pour défendre ses copines ou de porter sur son épaule le poids de l’injustice de l’Histoire.. ?  Celle des hommes envers les femmes.

 

Je ne connais pas son nom, je pense à sa famille, à celles des 14 victimes et je leur offre toutes mes sympathies. 

 

Mohamed Lotfi

 

24.11.2004

Racisme made in Québec..

Peut-on poser une question sur le racisme au Québec sans provoquer un tremblement de terre, sans être taxé de paranoïaque et surtout sans se révéler raciste soi-même?  Le malaise que ça provoque, ne motive personne à trop en parler.  Moi-même, je n’accepte pas que certains immigrants voient du racisme partout.  Je refuse qu’on utilise le racisme comme prétexte pour justifier un manque de volonté de s’intégrer.  Pire que l’ignorance, c’est le manque de curiosité des uns envers les autres qui fabriquent des comportements racistes.  


Je suis musulman. Je ne pratique pas Ramadan. C'est un québécois de souche qui m'a dit, sans doute il croyait me faire plaisir; ''Toé, t’es un musulman plus civilisé''.  Cela s'est passé vers la fin du dernier Ramadan, en plein jour, dans un resto arabe de Montréal.  Après l'avoir invité à ma table,  cet homme a eu droit à un petit cours Ramadan 101 pour apprendre que c'est au mois de Ramadan que le 1 milliard 200 millions de musulmans de la terre sont justement les plus civilisés. Ramadan est un mois de pardon, de savoir vivre, de partage et un mois ou le taux de criminalité dans les pays musulmans est à son plus bas.   Sachant que j'allais participer à l'émission ''Il va y avoir du sport'' sur le racisme,  j’ai donc demandé tout bonnement à mon nouvel ami s'il croyait que le racisme existait au Québec.   Il s'était levé brusquement et a disparu de ma vue sans dire un mot!  

 

Au Québec le racisme c'est un racisme made in Québec.   C'est un racisme sans racistes..!  Un racisme qui ne dit pas son nom tellement il est sournois et discret.  Pas de place pour un Jean-Marie Lepen au Québec.  Rassurant,  n'est-ce pas?    Mais un racisme sans visage fait-il moins mal et moins de victimes?  Je n'en suis pas sûr.   Si les institutions juridiques, chartes des droits et compagnies protègent les individus du racisme et découragent son institutionnalisation, le racisme trouve néanmoins sa mutation dans des comportements dont certains frisent carrément le grand art.   L'art d'être raciste sans jamais en avoir l'air.    Ainsi, les apparences sont sauves, la paix sociale est maintenue et la réputation d'un Québec accueillant et chaleureux continue de faire l'unanimité!   Au nom de la paix sociale, je ne devrais donc pas en parler.   Mais, parlons-en quand même, du moins de temps en temps, parce que les apparences ne sont pas si sauves que ça et la paix sociale ne supporte pas longtemps les mensonges. 

 

Aucun groupe culturel n’a le monopole du racisme au Québec.  Néanmoins le rapport de force demeure en faveur de celui qui tient le pouvoir politique, le pouvoir des médias et le pouvoir d’employer.  Malgré les efforts deployés dans les politiques d’emploi, il est toujours plus difficile pour un immigrant de trouver un emploi à la hauteur de ses qualifications.  Très difficile pour un immigrant ou une immigrante de se hisser à un poste de pouvoir.  Et en prison il y a toujours trop de noirs!  Le racisme fait très mal lorsqu’il touche la dignité des gens, leur travail.  Par conséquent, toutes les victimes du racisme au travail n'ont pas les moyens financiers pour supporter de longues et douloureuses poursuites.  

 

L’utilisation systématique par les médias, les chercheurs, les sondeurs et les politiques des termes ‘’communautés culturelles, minorités ethniques ou minorités visibles’’ a fini par insérer dans nos têtes des territoires mentaux correspondant à des ghettos qui n’existent pas tant que ça en réalité.   Ce qui attire des haïtiens, des indiens et des arabes au quartier Parc Extension,   c'est moins un désir particulier de se concentrer que le coût bas des loyers. Il n’existe pas de communautés culturelles.  Il existe des hommes et des femmes venus de pays et de cultures différentes.  Les directeurs d’associations qui parlent en leurs noms ne représentent pas tous les immigrants et c’est un mensonge que de laisser croire qu’un immigrant a la légitimité de parler au nom de tous les immigrants.  Le tribunal islamique de Toronto, que quelques musulmans de Montréal avaient soihaité importer,  est le projet de trente personnes (29 hommes et une femme). 

 

Mine de rien, la politique du Multiculturalisme du gouvernement canadien, sous ses apparences de noble protecteur des droits des ‘’minorités’’, cultive un communautarisme culturel faisant en sorte qu'un immigrant qui ne veut pas entrer dans ce moule, s'y voit forcé malgré lui.   Ce qui expliquerait le malaise  d’un Wajdi Mouawad à présenter son film Littoral dans le cadre du Festival du Monde Arabe de Montréal.   Ce qui expliquerait aussi que son film soit  critiqué (à tort) pour l’utilisation de comédiens québécois incarnant des personnages arabes. Le racisme au Québec se nourrit aussi de cette ambiguïté entre diversité et communautarisme culturel. Cela a des conséquences sur la perception et le comportement des uns envers les autres.  Peut-on s’appeler Mohamed, être québécois d’origine arabo-afro-musulmane sans pratiquer Ramadan ni manger le couscous tous les vendredis..?  La réponse est oui.

Suis-je le seul à penser que 2004 devrait être l'année de trois noirs du Québec.  Entre juin et novembre 2004,  Maka Kotto, a été élu comme premier noir francophone à la Chambre des Communes, Yolande James,  comme première femme noire élue à l’Assemblée Nationale et Luck Mervil déclaré par la Société St-Jean Batiste comme premier québécois noir patriote de l’année. 

 

Sans en faire une maladie et sans croire qu’on finira un jour avec le racisme, on doit quand même l’avoir à l’œil, dans les institutions, au milieu du travail et même dans la rue, avec un peu d’humour à l’occasion. 

 

C’est avec tendresse que je pense souvent à mon ex-voisine. Elle avait 75 ans et des yeux bleus à faire rêver. Un jour, en la croisant au coin des rues St-Zotique et St-Denis, elle me cria, ‘’Quand est-ce vous allez retourner chez-vous, vous-là.   Voleur de job .. ?’’.   Après deux ans de voisinage, c’était la première fois qu’elle réagissait à mon bonjour.  ‘’Mais, c’est ce que je suis en train de faire chère Madame, chez-nous, c’est juste au bout de la rue, faîtes-moi l’honneur et le plaisir de venir prendre un thé à la menthe ou un café..’’.  Devant les beaux yeux, moi je deviens Gabin, alors je drague. Je crois avoir irradier toutes traces de xénophobie chez cette femme qui est décédée quelques mois après notre rencontre et à qui j’avais dis ce qu’elle n’avait jamais entendu de son défunt  mari  ‘’T’as des beaux yeux tu sais’’.

 

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Voici quelques signes et symptômes qui pourraient révéler un racisme made in Québec.  

-    La plus part des arabes et des noirs qui forment 85% des chauffeurs de taxi à Montréal possèdent des diplômes universitaires.
-    Selon une étude de la revue Découvrir, 15 ans après leur arrivée, 23% des immigrants quittent la province.  
-    Selon les détenus de Bordeaux eux-même, 1 détenus sur 6 est noir..|
-    Trop de noirs en prison, donc trop de noirs grandi ici se font déporter à leurs pays d'origine..!
-    Parmi les femmes pauvres, les femmes noires sont encore plus pauvres.
-    L’école privée pour beaucoup de parents (y compris certains parents immigrants..!), est un moyen d'éviter à leurs enfants la fréquentation d'une école à  ''concentration ethnique''.
-    Le choix de Luck Mervil comme premier noir déclaré Patriote de l'année par la Société St-Jean-Batiste serait de la pure récupération politique si cela n'est  pas  accompagné  de mesures réelles pour questionner la surreprésentation des noirs en prison et les déportations abusives des jeunes haïtiens.

-   Le Journal de Montréal a dedmandé à un journaliste blanc de se déguiser en noir pour aller tester le racisme des québécois de souche. Le Journal de Montréal n'emploi pas de journaliste noir..! Le Devoir non plus..!

 

-    Le silence des médias sur l'affaire Guittouni est troublant.  Le 10 octobre 2000, la Cour supérieure du Québec a condamné Radio Canada à payer à M. Moncef Guitouni une compensation de 635 355 $, avec intérêts, pour diffamation à l'émission télé Le Point.   Un reportage diffamatoire diffusé en août 1994, juste avant les élections provinciales (et un an avant le référendum de 95) a provoqué l'expulsion de Guitouni de la présidence de l'ADQ.  Les détails de cette affaire sont racontée dans le livre ''Le complot'' de Daniel Martin, publié en 2002.  Ni la décision de la cours, ni les révélations scandaleuses du livre n’ont soulevé la moindre tempête. Pas la moindre réplique et encore moins d’excuses.  Par leur silence,  les principaux responsables dans cette affaire, valident-ils la thèse d’un racisme made in Québec..?  

 

Dire que le racisme existe au Québec exige une certaine manière de le dire.   Parce que le racisme est une forme de violence, on ne réagit pas à la violence par la violence.  Mais ce n'est pas une raison de ne plus l'avoir à l'oeil.   Le symptôme du mal n'est pas nécéssairement le mal.  Mais de temps en temps un diagnostic s'impose.  Et si le mal de tête cachait une tumeure..?!  Le Québec évolue très vite.   Il n'y a pas de diagnostique définitif.   La fameuse phrase de Parizeau m'a beaucoup moins impressionné que la réaction franchement raciste de certains immigrants envers les québécois de souche.  S'il fallait déclencher un concours, qui aurait remporté le prix du meilleur raciste..!  S'ils avaient été plus nombreux au pouvoir, les immigrants..!  Et c'est JUSTEMENT parce qu'ils ne sont pas plus nombreux au pouvoir que Parizeau a dit ce qu'il a dit.   Comme tous les québécois, Parizeau écoute les médias.  Lui aussi, il avait inséré dans sa tête, ce qu'il a appelé lui-même, les ''ethnies'', dans un térritoire mentale qui ne correspont pas tant que ça à la réalité.  En tant que premier Ministre de tous les québécois, il a commis une gaffe.  Mais ce soir de 1995, Parizeau a vu lui échapper le titre du ''Père de la Souveraineté du Québec'', en tant que citoyen du Québec, je ne pardonne pas sa gaffe, mais il ne fera pas de moi un ''ethnie'', un étranger, encore moins un raciste.   La meilleure façon pour certains immigrants de lui donner tort à mon avis, c'est beaucoup moins de le traiter de raciste que d'investir l'action politique provinciale et fédérale.  Ils commencent à le faire, ce n'est qu'un début, continuant le combat..  Quel journal va t-il déclaré Maka Kotto, Yolandes James et Luck Mervil: La femme et les deux hommes de l'année..?

 

Mohamed Lotfi

 

25.02.2004

Dévoile-thon

Que les jeunes musulmanes françaises tenant à porter leur voile à l'école le laissent tomber une seule fois, mais publiquement...


Deux femmes sont assassinées chaque jour au Pakistan dans le cadre de ce qu'on appelle des crimes d'honneur. Ce genre de crime subsiste dans plusieurs pays du Moyen-Orient (Syrie, Jordanie, Turquie). L'excision fait encore des ravages dans plusieurs pays d'Afrique. La lapidation des femmes n'a pas disparu.

En Arabie Saoudite, la femme n'a le droit ni de voter, ni de conduire une voiture, ni de parler à un homme en dehors du cercle familial, ni de voyager ou de traiter une affaire sans le consentement de son mari. La chute des talibans en Afghanistan a à peine donné aux femmes un peu plus de liberté de circulation, notamment la possibilité de retourner à l'école, mais le commerce de la burqa, qui existait avant et sous les talibans, existe toujours aujourd'hui.

En Inde, des femmes se font encore brûler vives et, dans certaines régions, la tradition veut qu'elles soient violées par le chef spirituel avant d'être confiées à leur mari. Dans plusieurs pays d'Europe, prétendument plus civilisés, la traite des Blanches prend des formes connues et d'autres insoupçonnées.

Bref, la révolution féministe n'est pas terminée. Un plus grand défi se pose devant elle : partager ses fruits avec les femmes du monde, à commencer par celles qui ont déjà les pieds en Occident et qui sont de plus en plus voilées.

L'aliénation derrière le voile

Le 17 janvier dernier, un peu partout dans le monde, des femmes ont manifesté contre la loi sur la laïcité en France. Vu la situation déplorable de millions de femmes dans le monde, j'aurais aimé voir dans cet événement un peu plus que le refus d'une loi. En tant que citoyennes du monde, ces manifestantes devraient se sentir concernées par le sort réservé à leurs soeurs. Pourquoi alors ne pas dénoncer, par la même occasion, l'excision, la lapidation, l'inceste, les crimes d'honneur, l'absence de tout droit et autres atrocités subies par des femmes dans le monde ? Pourquoi ne pas avoir crié d'une seule voix : «l'esclavage et la soumission des femmes, c'est assez» ?
C'est moins le port du voile qui me dérange que l'aliénation qui se cache derrière. Cela est vrai pour le port de n'importe quoi qui soit exclusivement associé à une religion ou à une idéologie. N'oublions pas que le port de certains habits est plus associé à une tradition qu'à une religion. Mais le port du voile par des jeunes filles dont les mères ne sont pas nécessairement voilées a quelque chose de troublant.

Plus troublante encore est la réaction radicale de tout un gouvernement prétextant la défense des valeurs républicaines du pays. Pourquoi, au Québec, la question ne se pose-t-elle pas ? Parce que le problème est aussi d'ordre démographique. La France voit une menace dans cinq millions de musulmans parce que le passé colonial de la France n'est pas étranger à cette crise. Si la vigilance est tout à fait justifiée pour défendre les valeurs républicaines, les moyens de rappeler ces valeurs trahissent un manque de savoir-faire politique et de mémoire historique. La loi sur la laïcité est tout aussi voilée.

À mon avis, une solution est possible pour dénouer la crise. Elle consiste moins à interdire le port du voile à l'école que de lui donner un sens plus large qu'une simple appartenance religieuse. Si les jeunes musulmanes françaises tiennent à porter leur voile à l'école, je leur propose simplement de le laisser tomber une seule fois, mais publiquement ! J'invite chacune de ces jeunes filles à un grand événement organisé au Stade de France, à Paris, celui-là même où le monde entier avait assisté à la victoire de la France au Mondial de soccer en 1998.

Imaginez ces jeunes femmes rassemblées dans le plus grand stade du monde. L'une après l'autre, chacune de ces jeunes femmes viendrait au milieu du stade, monterait sur un podium et ferait le geste ultime : se défaire de son voile sous les applaudissements de la foule ! Libre à elle de le remettre ou pas. Dans le contexte actuel, le geste serait hautement symbolique; il aurait un impact non négligeable pour rappeler les conditions déplorables de millions de femmes dans le monde. Se défaire publiquement de son voile pour une bonne cause, cela devrait contribuer à cesser de donner un sens exclusivement religieux au port du voile. Être musulmane voilée n'empêcherait pas d'être citoyenne du monde.

Laisser tomber son voile au milieu du plus grand stade du monde serait un geste républicain de fraternité, d'égalité, de liberté, et aussi un geste de mémoire pour ces femmes assassinées à bout portant au milieu du stade de Kaboul.

Si j'étais le gouvernement français, voilà ce que j'aurais proposé aux jeunes musulmanes de France avant de procéder à l'adoption d'une loi; si j'étais le gouvernement français, si j'étais une femme ou si j'avais de la notoriété, je proposerais aux jeunes musulmanes voilées de France un dévoile-thon.

Mais je ne suis pas le gouvernement français, je ne suis pas une femme et je n'ai pas la moindre notoriété pour que cette proposition soit entendue, discutée et encore moins exécutée ! Je reproche aux femmes dites modernes et libérées de ne pas réagir et de ne pas faire entendre leur voix au delà des conversations de salon. Comme si les images des manifestations mondiales du 17 janvier 2004 nous parvenaient d'une autre planète. Il y a, dans le fruit que le féminisme a apporté à des millions de femmes occidentales, une part de confort et de quiétude qui m'inquiète.

 

Mohamed Lotfi

31.01.2003

La prison, pour punir ou pour guérir

''Il ne faut pas que la prison soit un endroit
où on oublie les gens''
Albert Jacquard

 

Texte écrit suite à la dernière émeute de Bordeaux en janvier de 2003.

 

Une émeute éclate, les médias accourent.  Tout le monde en parle. La prison et ses prisonniers existent soudain. Entre deux émeutes, il se passe des années, durant ce temps la prison et ses prisonniers n'existent pas. Quand ça n'éclate pas, ça n'explose pas, ça n'existe pas..! Seule une émeute, un suicide, une surpopulation, ou une guerre de gangs rappellent l'existence d'une prison. Évidement, une émeute c'est encore plus frappant pour envahir les nouvelles à toute heure de la journée, durant quelques jours. Et si par hasard, une des causes de l'émeute était cette inattention chronique pratiquée à l'égard de la prison avant l'émeute..?

 

Par définition, la prison est un foyer de tension, toutes sortes de tensions. Celles des prévenus, des détenus, des gardiens et tous ceux qui se trouvent à l'intérieur des murs, que ce soit pour garder ou être gardé. Tous ne réagissent pas à cette tension de la même façon ni avec la même vulnérabilité. Évidemment, les différentes activités et programmes aident beaucoup à faire baisser les tensions, mais jamais complètement. Malgré tout le contrôle qu'on exerce pour canaliser les tensions, le volcan est imprévisible parce que personne ne peut contrôler ce qui se passe dans la tête d'un homme entouré de murs. L'espace de liberté qui reste pour un prisonnier est dans sa tête. C'est peu et c'est beaucoup, cela dépend de sa capacité de profiter de tout ce qui peut donner sens à ce reste de liberté. Cela dépend aussi du degré d'encouragement et de promotion qu'on exerce à l'égard des activités et programmes pour qu'ils profitent aux maximums de détenus. Il est possible pour un détenu d'exister autrement que dans son statut de détenu. Il est possible aussi pour un gardien d'exister autrement que dans son rôle de surveillant. Un gardien qui aide un détenu à choisir l'activité qui convient à ses besoins n'est plus seulement et uniquement un gardien. La relation d'aide entre gardiens et gardés non seulement ça canalise les tensions en prison, cela pourrait aider certains détenus à cheminer vers un aller simple pour la société.  C'est ce qu'on appelle la réinsertion sociale.

 

Mais l'attention du gardien vers le prisonnier et toutes les activités qu'on lui offre ne peuvent suffire si la société reste indifférente au sort du prisonnier. Si on accordait au prisonnier le dixième de l'attention qu'on lui accordait aux déroulements des procès aux palais de justice, ça serait déjà mieux. Une fois jugée et sentencée,  une fois passée de l'autre côté des murs de la prison, la personne contrevenante ne nous intéresse plus. Elle n'a plus rien à dire. Elle est bonne à punir. L'oublie est la pire des punitions.

 

C'est moins par bonté ou par charité qu'on devrait accorder davantage d'attention aux prisonniers que par intérêt social et économique. Ce qui nous coûte dramatiquement plus cher qu'une émeute à tous les dix ans, c'est le taux de récidive des prisonniers évalué entre 55 % et 60 %. Ce qui nous coûte cher aussi ce sont nos préjugés sur la prison qui causent des dommages insoupçonnés. Nos préjugés sont les véritables murs qui nous séparent de l'univers carcéral. La perception que la majorité des médias, particulièrement la télé, donnent de la prison et des prisonniers, a elle seule, me paraît plus dangereuse que bien des émeutes. ''Avons-nous perdu le contrôle sur nos prisons..?''.  C'est suite à un reportage de Dimanche Magazine, il y'a trois ans, la prestigieuse émission de Canada, que cette question a été posée aux auditeurs.  J'aurais préféré entendre ''Connaissons-nous assez nos prisons pour comprendre ce qui est arrivé à la prison de Bordeaux..?''. La question de Dimanche Magazine suppose que ça va mal dans toutes les prisons du Québec. Une information non équilibrée est une fausse information. Un journaliste qui se contente de ses préjugés pour faire un reportage sur la dernière émeute à Bordeaux perpétue l'image d'une prison synonyme de mal. Barricade, bagarre, feu, casse, gangs, drogue, des mots qui croustillent et réconfortent les préjugés.

 

Alors qu'il y'a tellement d'autre chose qui se passe entre deux émeutes. Tellement de chose à dire sur la prison qui peut faire oublier même son nom. Nous sommes plusieurs à travailler avec des prisonniers dans le sens de l'épanouissement et de l'ouverture sur la communauté. Dans chaque prison il y'a une vraie école avec des vrais profs. Juste pas loin du secteur A, lieu de la dernière émeute à la prison de Bordeaux, se trouve un Centre de formation avec des vrais cours scolaires, de musique, d'art plastique, d'informatique, de croissance personnelle et une bibliothèque. Cet aspect de la prison n'est presque jamais couvert dans les médias ou à peine mentionné. (Je mentionne le beau reportage de Marie-France Abastado sur la lecture en prison diffusé il y'a 4 ans à Sans Frontières). L'attention dont les prisonniers ont besoin passe aussi par la valorisation collective de leurs activités occupationnelles, culturelles et scolaires. La tension d'une prison, bien canalisée, provoque aussi des trésors de réflexions et de poésie.

 

À tous les jours, des émeutes de mots en prison éclatent en rap, des mots explosent en vers et en proses, frappent, assiègent, dérapent, étonnent, détonnent, des mots écrits et criés, confiés, des mots colères, des mots repentir, des mots qui font du bien, des mots qui ne demandent qu'à être entendus. Une autre façon de payer sa dette à la société, c'est d'y revenir un peu moins révolté, moins frustré, moins délinquant, moins criminel et pourquoi pas plus épanoui. Tous les prisonniers ne sont que de passage en prison, mais beaucoup multiplient leur passage. Pourquoi..? Le concept d'une prison dont la seule vocation est de faire payer aux criminels leur dette à la société ne tient plus. Le système correctionnel au Québec tarde à faire le virage qui privilégierait l'ouverture des personnes incarcérées à la communauté. C'est à mon avis la meilleure façon de rendre la prison plus humaine et moins dangereuse pour la société que les criminels qui se trouvent en dedans.

 

La prison nous appartient et nous sommes responsables de ce qui lui arrive. À nous de choisir clairement. Une prison pour punir ou pour guérir.

 

Mohamed Lotfi
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