20.10.2008
Aider Haïti: Passer de la parole aux actes.
Dans votre discours d'accueil prononcé, le 17 octobre dernier, devant 69 délégations et chefs d'États participants au Sommet de la Francophonie à Québec, j'ai retenu ces quelques phrases à propos d'Haïti: ''Notre solidarité envers ce pays est plus que jamais nécessaire. Haïti est le plus important bénéficiaire d'aide au developpement à long terme du Canada''.
Pour votre information, Monsieur le Premier Ministre, le Canada continue à renvoyer à leur pays d'origine des ressortissants haïtiens dont la plus part sont arrivés très jeunes au Canada. En quoi le pays que vous dirigez peut-il prétendre être solidaire avec Haïti en lui renvoyant des hommes dont la précarité et la vulnérabilité ne feront qu'aggraver l'instabilité du pays? En quoi le Canada peut-il restaurer l'État de droit en Haïti en lui renvoyant des hommes dont plusieurs, pour survivre à leur sort, n'ont d'autre choix que de se joindre à des groupes criminalisés?
J'ai déjà réalisé pour Radio-Canada deux documentaires radiophoniques sur la situation des déportés haïtiens. J'ai été envoyé en 2002 comme journaliste à Port-au-prince pour obeserver et rapporter leur réalité. Deux déportés du Québec m'avaient conduit au grand cimetière de la capitale haïtienne pour lire sur plusieurs tombes les noms de quelques hommes que j'avais connus à Montréal. Comment le Canada qui prétend défendre les droits de l'homme peut-il réserver à des hommes qui ont été longtemps sous sa responsabilité, un destin aussi tragique?
Même si les déportations touchent des ressortissants de plusieurs origines, celles qui touchent des membres de la communauté haïtienne méritent qu'on s'y arrête. Il y a présentement au Canada et surtout au Québec, plusieurs haïtiens qui n’ont pas la nationalité canadienne même s’ils sont arrivés enfants au pays. Parmi eux, certains ont commis, comme tant d'autres jeunes, pendant leur adolescence des actes criminels ce qui les a rendu indésirables aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration. Ils sont donc condamnés à la déportation en Haïti après avoir purgé leurs peines au Canada.
Monsieur le Premier Ministre, des témoignages d'une vingtaine de déportés que j'avais rencontrés à Port-au-prince, je vous transmet l'essentiel de leurs arguments en espérant que cela vous rend sensible au sort de ceux que le Canada envisage expulser dans les prochains mois:
1- Nous sommes arrivés jeunes au Canada. C'est là que nous avons grandi et c'est là que nous avons appris le crime. Donc, c'est au Canada que nous devons être réhabilités et réinsérés dans la société.
2- Nous avons au Canada une famille et des enfants dont nous avons été séparés. Ne trouvez-vous pas ça injuste pour nos enfants d'être séparés de leurs pères. Quand on sait le rôle négatif que peut jouer l'absence du père dans l'éducation d'un enfant.
3- Nous considérons que nous payons le prix de la négligence de nos parents. Ce sont eux qui n'ont pas rempli les formalités nécessaires pour l'obtention de notre nationalité canadienne. Notre vrai crime, c'est d'être les enfants de parents négligents.
4- Nous sommes déportés dans un pays où le taux de chômage dépasse les 80%, la pauvreté touche 90% de la population. La situation politique et sociale est très instable depuis le départ du Duvalier en 1986. Haïti n'est pas encore un pays assez organisé ni assez sécuritaire pour nous assurer un nouveau départ dans la vie.
5- Après avoir vécu toute une vie au Canada, on nous dit finalement que nous ne sommes pas canadiens. Déportés en Haïti, la population nous juge indignes d'être haïtiens. Si nous ne sommes ni canadiens, ni haïtiens, que sommes-nous..?
J'apporte à votre connaissance Monsieur Harper, qu'au Canada on ne déporte un contrevenant qu'à la fin de sa peine ce qui lui donne le sentiment de subir une double peine surtout quand la destination des déportés s'appelle Haïti.
La déportation des ressortissants haïtiens soulève des questions qui méritent un débat sérieux auprès de vos collègues de la Chambre des Communes:
Une personne qui arrive jeune au Canada devrait-il être jugée pour sa déportation au même titre que celui qui arrive à un âge adulte ? Beaucoup d'immigrants ayant un dossier criminel ne seront jamais déportés parce qu'ils ont obtenu leur nationalité canadienne et pourtant la plus part sont arrivés à un âge adulte. Quand on sait que certains ont choisi le Canada comme refuge après avoir commis des crimes contre l'humanité!
Quel est le vrai drame d'un déporté haïtien? Celui d'avoir un dossier criminel au Canada sans avoir la nationalité canadienne ou celui d'être né en Haïti..? Légalement le Canada a le droit de déporter des criminels qui n'ont pas la nationalité canadienne. On peut se poser néanmoins la question: Est-il moralement acceptable que les autorités canadiennes renvoient des personnes qui ont grandi et construit leur identité au Canada sachant pertinement que le pays où ils sont expulsés est aussi instable comme c'est le cas d'Haïti?
Si les autorités d’Immigration Canada ne font qu’appliquer la loi en renvoyant ces jeunes à leurs pays d’origine, cette mesure a été suspendue, par orde du gouvernement canadien, dans le cas des ressortissants haïtiens durant la période qui a suivi le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986 jusqu’au retour d’exil du Président Jean-Bertrand Aristide en 1995. Mais la situation sociale et politique en Haïti n’est pas toujours stable et la formation d’une police haïtienne par le Canada n’a aucunement amélioré la sécurité. Sans oublier que ces dernières années la nature n'a pas ménagé ce pays suite aux ouragans qui ont fait des milliers de morts et détruit le peu d'infrastructure de certaines régions.
Monsieur Harper, la politique de déportation de votre gouvernement envoie le message que le Canada n’est pas un pays ouvert à tous. Encore moins aux criminels de ce monde. Message destiné à rassurer une partie de l’opinion publique mais nous savons que la politique de déportation n’a jamais contribué à faire baisser le taux de criminalité au Canada. Notez bien que dans le cas de la plupart des déportés Haïtiens, c'est au Canada qu'ils ont été inités à la criminalité. Les déportés qui ont grandi et construit leur identité au Canada, payent trop cher le prix de l'obsession sécuritaire du gouvernement canadien et tous les dérapages qu'elle produit depuis le 11 septembre 2001.
Si vous désirez réellement que le Canada contribue au developpement d'Haïti, procédez SVP dès maintenant à rétablir le moratoire sur la déportation de tous les ressortissants haïtiens ayant un dossier criminel. Vous rendrez un meilleur service au Canada et à Haïti si vous choisissez comme alternative à la déportation, des programmes de réinsertion sociale.
Monsieur Harper, je vous demande en tant que canadien de donner à votre discours d'accueil prononcé devant plusieurs chefs d'États de la francophonique dont la Gouverneure générale du Canada, le sens de la cohérence. Notre solidarité envers Haïti ainsi que notre aide pour son developpement n'auront de sens que si votre gouvernement cesse dès maintenant de corriger une erreur par une autre erreur.
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.
------------------------------------------------------
Il neige pas à Port-au-Prince
« C'est ici que j'ai grandi, c’est ici que j’ai appris à voler, donc c’est ici que je dois changer… ». Plusieurs fois j'ai entendu ce genre de paroles, la première fois par Jean Wilder, quelques semaines avant sa déportation en Haïti, au printemps 1998 et la dernière fois par Carl Jean-Batiste déporté en mai 2001. À partir de 1997, je suis devenu le témoin impuissant de la souffrance de ces hommes considérés, du jour au lendemain, persona non grata aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration. « Tu commets un crime, tu n’as pas la nationalité canadienne, tu retournes là où tu es né » Ainsi le veut cette loi qui ne prévoit aucune exception pour les immigrés arrivés très jeunes, ceux qui ont grandi et construit leur identité au Canada.
Si c’est au Canada que Jean Wilder et Carl Jean-Batiste ont appris à voler, selon la logique d'Immigration Canada, c’est dans leur pays d’origine qu’ils doivent payer le prix de leur crime. Quelle punition plus sévère peut-on donner à un criminel d’origine haïtienne, quand on sait qu’Haïti est un des pays les moins stables politiquement et socialement ? Qu’est-ce que Jean, Carl, Jimmy et les autres peuvent faire dans un pays où 90 % de la population est pauvre et où le taux de chômage atteint 80 %? Qu’arrivera t-il par exemple à Carl, loin de sa femme (québécoise) et de ses deux enfants restés au Québec? Les autorités canadiennes ne savent-elles pas qu'en Haïti les déportés sont très mal acceptés de la population et des forces policières?
C'est quand j'ai appris la mort tragique en 1999 d'un déporté que toutes ces questions ont pris un sens plus grave. Il a été trouvé assassiné dans la rue à Port-au-Prince. On ne connaît pas les circonstances de sa mort. À son arrivée, il ne connaissait personne au pays. Il avait 37 ans, il avait vécu 23 ans au Québec, père de trois enfants, tous nés au Canada.
Et pourtant, on ne peut pas mettre sur le même niveau la déportation d’une personne arrivée très jeune au pays et une autre qui est immigrante seulement depuis quelques années. On devrait juger avec plus de nuances celui dont le profil criminel trouve ses racines dans sa terre d’accueil.
De tous les déportés haïtiens que j'ai connus, Jimmy est celui qui n'arrivait pas à croire à sa déportation, c'est pourquoi il est revenu illégalement au Canada après avoir été expulsé deux fois. Il me disait : « Mon pays c'est l'hiver. Il neige pas à Port-au-Prince ». Il a été déporté pour la troisième fois, laissant derrière lui deux anfants âgés maintenant de 6 et 5 ans.
Mohamed Lotfi
08:34 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.09.2008
L'art de ne pas se faire avoir.
Si la politique, d'après Paul Valéry, c'est l'art de se servir des gens, ça serait peut-être aux gens de servir de la politique pour faire de l'art. L'art de ne pas se faire avoir.
Quand le 21 avril 2002, Jean-Marie Lepen a été qualifié au second tour des élections présidentielles en France, 82% des électeurs français, de différents courants politiques, se sont mobilisés au second tour pour voter contre l'extrême droite. Des manifestations de masse avaient eu lieu tous les jours exprimant l'opposition populaire à la politique d'extrême-droite de Le Pen. Devant une telle mobilisation, les chefs des autres partis, les communistes, les socialistes et les verts, ont appelé à voter pour Chirac. Dans le Journal Libération, Daniel Cohn-Bendit avait qualifié la nécessité de voter pour le candidat de droite de ''super mensonge ludique''.
Chez nous, malgré le danger réel que représente la réélection du parti conservateur en gouvernement majoritaire, apparemment rien ne laisse présager que les autres partis politiques vont constituer en pleine campagne électorale un front anti-Harper. Le NPD ne se ralliera jamais au parti libéral et le Bloc ne cédera jamais la place au NPD. Et pourtant, nous avons au Canada, et particulièrement au Québec, une plus forte raison pour imiter les français, puisque notre extrême droite est déjà au pouvoir depuis deux ans et demie. Et nous savons maintenant concrètement de quoi elle est capable.
La division de la gauche a grandement contribué aux succès de la droite partout dans les démocraties occidentales. La montée spectaculaire de l'ADQ en 2007 et l'élection du parti conservateur en 2006 sont révélateurs de la faiblesse de la gauche et de son incapacité à former une coalition forte et solidaire. La menace d'un gouvernement majoritaire formé par le parti conservateur va-t-elle mettre fin à cette division?
À défaut de compter sur une coalition Bloc-NPD avec le parti libéral, le seul front capable d'empêcher Harper et son parti d'être réélus demeure celui des voix progressistes. Les objecteurs de conscience devraient s'exprimer haut et fort à l'intérieur et en dehors des partis politiques, pour réhabiliter une certaine conscience canadienne, celle fondée sur la justice sociale, les droits de l'homme, la promotion de la paix, le soutien à la culture et la protection de l'environnement. Des valeurs qui placent le Canada parmi les pays les plus modernes attirant chaque année des milliers d'immigrants. Des valeurs pour lesquelles le parti conservateur a démontré clairement son total mépris.
Durant son premier mandat, Harper et son gouvernement conservateur ont coupé dans le financement aux organismes d'aide à la condition féminine. Ils ont remis en question, avec leur projet de loi C-484, le droit à l'avortement. Ils ont consacré 15 milliards à l'armement. Ils ont voté contre l'adoption de la Déclaration des droits des peuples autochtones. Ils ont enfoncé le Canada en Afghanistan dans une guerre coûteuse, inutile et dont personne ne prédit la fin. Ils ont écarté toute possibilité pour le Canada d'adhérer aux objectifs de Kyoto. Ils ont coupé dans les programmes d'aide à la culture. Ils ont essayé de museler les journalistes de la Chambre des communes. Ils ont modifié la loi pour que les jeunes contrevenants de 14 ans reçoivent des peines pour adultes et ce malgré l'opposition de la cour suprême. Ils ont refusé de rapatrier un jeune canadien de l'enfer de Guantanamo lui enlevant toute possibilité d'être jugé au Canada dans un procès juste et équitable. En quoi ces actions et ces mesures du gouvernement conservateur correspondent aux valeurs canadiennes?
Quand Stephen Harper nous dit avec ironie qu'il se contenterait d'un autre gouvernement minoritaire, c'est parce qu'il sait lui-même à quel point les canadiens et particulièrement les québécois ne peuvent adhérer totalement aux valeurs de son parti. Des valeurs propres à une idéologie d'extrême droite que Harper essayent de camoufler derrière l'image d'un père aimant et un homme touché par la mort de jeunes soldats. ''J'ai pleuré'' a t-il dit aux journalistes pour parler des premiers soldats morts en Afghanistan.
Aucun de ces journalistes n'a osé demander à Harper quelle genre d'émotion avait-il ressenti face aux images d'un jeune canadien en détresse, détenu à Guantanamo depuis 2002. Apparemment les journalistes, ainsi que les autres partis politiques, ne considèrent pas l'affaire Omar Khadr comme un enjeux électoral. Quelle voix sera assez courageuse pour rappeler que l'affaire Omar Khadr, c'est notre affaire à tous. Une affaire de respect. Le respect du droit, le respect des droits de l'enfant et le respect des conventions internationales dont le Canada est signataire interdisant le recrutement et l’utilisation des enfants soldats. À nous de nous servir de la politique pour faire du respect de la dignité humaine un enjeu électoral.
Certains pensent que voter contre ou voter stratégique n'est pas la meilleure façon de servir la démocratie. Mais l'histoire nous enseigne que la démocratie est souvent une affaire d'ironie. Les présidentielles de 2002 en France est un parfait exemple. Des millions de français ont marché sur leur orgueil en votant pour un candidat qui n'était nullement leur préféré. Ils l'ont fait pour une bonne cause. Pour combattre la résignation.
Résignation, une pilule au goût amer que des sondeurs, des analystes et beaucoup de journalistes essayent de nous faire avaler pour supporter, selon eux, l'inévitable réélection du parti conservateur. Comme si l'histoire était écrite d'avance. Comme si Harper était un ouragan contre lequel on ne pouvait rien. Comme si les citoyens n'avaient plus leur mot à dire. Comme si aucune alternative aux conservateurs n'était possible. Et comme si le vent de changement et d'optimisme qui règne aux États-Unis ne pouvait pas nous inspirer.
Quel que soit le parti pour lequel vous envisagez voter le 14 octobre prochain, il serait peut-être pertinent de vous demander simplement si votre vote, pour votre candidat ou votre parti préféré, ne favorise pas indirectement l'élection d'un parti qui ne vous ressemble pas.
Une autre façon de mieux orienter votre vote, serait de faire partie d'un groupe d'électeurs échangistes anti-Harper. D'après Radio-Canada, cette nouvelle façon de voter a été initiée par un internaute de Hamilton en Ontario. Dans le cadre d'un réseau d'amis sur facebook, de plus en plus de citoyens canadiens envisagent voter de la façon suivante: ''Si par exemple un électeur néo-démocrate vit dans une circonscription où il est possible pour le parti libéral de battre les conservateurs, il peut proposer de voter libéral et, en échange, un autre internaute votera NPD dans une autre circonscription''.
Aussi stratégique, pour ne pas dire ludique, soit-il, votre vote doit tenir compte de la menace que représente la réélection d'un gouvernement conservateur, qu'il soit minoritaire ou majoritaire. C'est votre droit d'exercez votre art de ne pas vous faire avoir...
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio
10:49 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.07.2008
Lettre à Michaëlle Jean.
Madame la Gouverneure Générale,
Au moment ou j'écris ces lignes, le Premier Ministre du Canada demeure obstiné et imperturbable devant les images de l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents de la SCRS. Aucune demande de son rapatriement n'est encore envisagée.
Comme des milliers de canadiens, je viens de signer la pétition d'Amnistie Internationale demandant urgemment à Stephen Harper de rapatrier le jeune Omar Khadr de l'oubliette américaine Guantánamo bay. Mais c'est sur vous Madame la Gouverneure Générale, que j'ose compter pour faire quelque chose.
Le Premier Ministre du Canada, selon son site web, a déjà démontré une plus grande sensibilité pour des chats et des chiens abandonnés, que pour un humain qui croupit dans une oubliette américaine. Comme tout le monde sait, Guantánamo bay a été déclaré comme illégal par la cour suprême des États unis. Il ne répond à aucun critère des conventions internationales encore moins à la Convention internationale des droits de l'enfant dont le Canada est signataire.
Le comportement du Gouvernement canadien dans l'affaire Kadhr depuis son arrestation en 2002 illustre grandement le recul de notre pays sur le plan du respect des droits de la personne. Si Omar Kadhr n'est pas rapatrié dans les prochains jours, c'est la réputation internationale de ce pays dont vous êtes le chef qui en souffrira. Déjà des milliers d’immigrants canadiens comme vous et moi, se demandent ce qui arrive à ce pays qu’ils ont choisi pour fuir justement le genre de calvaire qu’Omar Kadhr est en train de vivre.
En tant que Gouverneure Générale du Canada, demander officiellement au Premier ministre de rapatrier le jeune Omar Khadr pour être jugé selon nos lois, dans le contexte d'après 11 septembre, c'est un geste nécessaire pour rétablir dans ce pays certaines notions de respect de la dignité humaine:
1- Le respect du droit. Permettre à un citoyen canadien un procès juste et équitable.
2- Le respect des droits de l'enfant. Le Canada est signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant.
3- Le respect des protocoles et conventions internationaux (dont le Canada est signataire) interdisant le recrutement et l’utilisation des enfants soldats.
Avant la diffusion des images de l'interrogatoire d'Omar Khadr par des agents canadiens, cette affaire a dû sûrement vous interpeller à plusieurs niveaux: En tant que mère d'abord, en tant que citoyenne et aussi en tant Gouverneure Générale de tous les canadiens.
À plusieurs reprises j'ai été témoin de vos efforts, souvent loin des caméras, pour appuyer des initiatives citoyennes qui vont dans le sens de la mission que vous vous êtes donnée, celle de l’humanisation de l'humanité. Vous êtes allés, là où aucun Gouverneur Général avant vous n'est jamais allé. À la rencontre des jeunes marginalisés, des femmes victimes de violence conjugale, des communautés autochtones isolées. À deux reprises, vous avez rendu visite à des personnes incarcérées pour appuyer leurs efforts de réinsertion. Apparemment, les médias n'attachent pas une grande importance à cet aspect de votre mission, mais j'ose imaginer que c'est essentiellement pour cet aspect là que vous avez accepté d'occuper le poste de Gouverneure générale.
Une occasion historique se présente à vous Madame Jean pour accomplir une autre action plus grande que l'institution que vous représentez. Porter assistance à un jeune canadien en danger. En tant que Gouverneure Générale de tous les canadiens, vous avez le devoir moral d'intervenir officiellement pour demander au Premier Ministre du Canada de rapatrier Omar Khadr.
Le 12 août 2005, dans les pages du journal le Devoir j'avais publié un texte de soutien à votre nomination en le concluant par ces mots: ''Ma conviction, c'est que pour une fois, le passage d'une femme noire à la tête d'une des plus grandes institutions du pays sera pour une mission plus grande que l'institution elle-même..''.
Si vous considérez que l’objet de ma demande ne relève pas de vos fonctions de Gouverneure Générale, faîtes-le alors comme citoyenne de ce pays qui a une occasion privilégiée pour réparer une grave erreur. Toutes les bonnes actions que vous avez accompli jusqu’à maintenant pour contribuer à l’humanisation de l’humanité, prendront réellement leur sens en intervenant pour sauver le jeune Omar de l’injustice américaine.
Si le Premier Ministre du Canada ne répond pas à votre demande, je vous laisse juger de la pertinence de votre démission. Avant vous, aucun Gouverneur Général n'a jamais démissionné de son poste pour protester contre certaine politique du Gouvernement. À vous de juger si une éventuelle démission participera à cette humanisation de l’humanité.
Dans le même texte de soutien à votre nomination, j'avais écris aussi:
''Naturellement, si l'institution qu'elle s'apprête à représenter lui enlève toute liberté d'opinion, si elle exige d'elle uniquement la promotion de l'unité canadienne, et si finalement son combat au poste de gouverneure générale n'apporte rien ni à la dignité ni à la souveraineté de personne, je m'attends d'elle et de son mari à ce qu'ils se retirent honorablement. L'histoire lui dira alors deux fois bravo''.
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.
10:33 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Des femmes de passage à Oukacha
Pour Saïda Fikri c'est un vieux rêve qui se réalisait, celui de vivre un moment d'échange et de partage avec des personnes incarcérées. C'est donc sans hésitation que l'auteure compositeure intérprète marocaine a accepté de rencontrer des femmes détenues du Centre de détention Oukacha à Casablanca. C'était le vendredi 27 juin 2008.
Cette rencontre a été aussi une première expérience radiophonique dans un Centre de détention marocain réunissant une artiste et des femmes qui ont tant de choses à dire et à chanter.. Cette rencontre s'est déroulée dans une ambiance de fête, de joie, d'humour et de musique.
Depuis 2002, la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus a pour mission l'humanisation des centres de détentions marocains en établissant des programmes éducatifs, socio-culturels et de formation professionnelle. Le Roi Mohammed VI, qui est aussi le Président du Conseil d'administration de la Fondation, en six ans, il s'est rendu 25 fois à plusieurs centres de détention à travers le Maroc pour inaugurer différents programmes de réinsertion. Dans les bureaux de la Fondation on nous a présenté, à Saïda et moi, des oeuvres d'art signées par des détenus ainsi que des objets d'artisanat de grande qualité, fabriqués dans le cadre de différents ateliers de formation professionnelle.
--------------------------------------------------------------------------------
Depuis 1990, je réalise l'émission Souverains anonymes à l'Établissement de Détention de Montréal.
Mais c'est la première fois que j'ai l'honneur et le plaisir de réaliser dans mon pays d'origine une rencontre radiophonique derrière les murs d'une prison. Cela a été possible grâce à la grande collaboration de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et avec l'autorisation de l'administration pénitentiaire.
En 1995, deux ministres québécois étaient venus inaugurer un nouveau studio de radio et de télévision à l'Établissement de Détention de Montréal pour le programme Souverains anonymes. À cette occasion, je me rappelle avoir dis que je venais d'un pays où lorsqu'une personne entre en prison, ce n'était pas pour faire de la radio, encore moins de la télé, mais pour faire son temps..
Comparées à une autre époque de l'histoire récente du Maroc, force est de constater que les choses dans les prisons marocaines sont en train de changer réellement. Une évolution spéctaculaire a eu lieu en quelques années. En préparant cette rencontre radiophonique, j'ai eu l'occasion de visiter deux écoles de métiers, une pour hommes et l'autre pour femmes, installées au coeur même du Centre de Détention Oukacha. J'ai même assisté à un atelier de musique offerts aux jeunes. Plusieurs détenus bénéficient de cours de musique donnés bénévolement par des professeurs du conservatoire municipal. On m'a parlé aussi de pièces de théâtre qui ont été écrites, mises en scène et jouées entièrement par des détenus devant le public en dehors de la prison.
Dans la rencontre avec Saïda Fikri, Nadia et Salma, deux résidentes de Oukacha ont évoqué leur initiation à l'expérience théâtrale et leurs rêves de devenir un jour comédiennes et chanteuses. Saïda les a entendu chanter, elle n'a pas caché son émotion et son admiration devant tant de talent. C'est naturellement qu'elle a invité Nadia à chanter avec elle ''Khossara''. Impressionnée par la belle voix de cette dernière, Saïda Fikri lui a offert de l'aider à réaliser son propre album. Avec l'autorisation de la direction de Oukacha, Nadia a pu participé il y'a deux ans à l'émission de télévision Studio 2M (un genre de Star académie). En attendant de devenir un jour une chanteuse reconnue, Nadia compte à sa sortie de Oukacha ouvrir un salon de coiffure. Elle possède déjà deux diplômes en coiffure et en esthétique.
L'interprétation de la chanson Nadmana est un des moments les plus émouvants et les plus interessant de cette rencontre entre Saïda Fikri et les résidentes de Oukacha. Pour la première fois dans une rencontre radiophonique, la chanteuse a confié l'histoire qui a inspiré cette chanson. C'est pour rendre hommage à une copine de jeunesse délaissée par sa propre famille et par la société que Saïda a écrit cette chanson alors qu'elle n'avait que 16 ans. Derrière la chanson Nadmana (celle qui regrette) se cache un double regret, celui d'une jeune adolescente d'avoir franchis les ligne de la morale. L'indifférence et le mépris l'ont amené à l'alcoolisme au point d'en mourir. C'est aussi le profond regret de Saïda elle-même qui n'a jamais pu tendre la main à sa copine. Sa famille et la pression sociale lui interdisait de porter secour à une jeune femme égarée. Devant les résidentes de Oukacha cette chanson prenait tout son sens. Comme leur a dit Saïda, le regret c'est beau, mais à condition d'en faire une leçon pour avancer dans la vie. Sans doute que plusieurs résidentes de Oukacha savent très bien de quoi elle parlait Saïda. Elles savent apprécier le regard qui ne les réduit pas exclusivement à une erreur. Elles sont prisonnières, mais pas pour la vie.
D'ailleurs, une des participantes à l'émission a tenu à rappeler que toutes les femmes présentes à cette rencontre possèdent un métier qu'elle ont appris à Oukacha. Chacune d'elles quittera le centre de détention avec un ou plusieurs diplômes. Elles seront désormais cuisinières, coiffeuses esthéticiennes ou couturières.
Au Maroc, la réinsertion sociale des personnes incarcérées est une nouvelle culture qui se développe dans un esprit de respect des droits humains. Tranquillement mais sûrement.
La rencontre des femmes de Oukacha avec Saïda Fikri est une façon de mettre la radio au service de la réinsertion sociale de personnes incarcérées. Donner voix à des sans voix. La réinsertion passe aussi par une plus grande valorisation du potentiel créatif de ces femmes détenues. Dans leur rencontre avec Saïda Fikri, les femmes de Oukacha ont démontré, en réflexion et en création, de quoi sont elles capables. À travers leur invitée vedette, c'est à toute la société que la parole de ces femmes s'adressait.
Quelque soit la durée de leurs sentences, ces femmes ne sont que de passage en prison..
Leur avenir est aussi un peu le nôtre.
--------------------------------------------------------------------------------
Un grand Merci à Monsieur Abdellah Belamine pour sa grande collaboration à la réalisation de ce projet.
À Monsieur Azzedine Belmahi, Coordonateur de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.
À Assia El Ouadie pour sa précieuse collaboration.
Un Merci spécial à Kabira ainsi qu'à tous les administrateurs et aux surveillants du Centre Oukacha de nous avoir ouvert la porte.
C'était une première, ce n'est peut-être pas la dernière.
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio.
10:29 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.03.2008
T comme Tibet
À tous les futurs médaillés québécois des Jeux Olympiques de Pékin.
Malgré les multiples appels au boycotte, l'évènement olympique chinois aura lieu cet été. Vous y participerez en représentant le Québec et le Canada. Je présume que certains parmi vous se sont déjà demandés, face aux images qui nous parviennent du Tibet, comment participer à de tels jeux sans paraître complices des atteintes aux droits de l'Homme dont les tibétains sont victimes ?
Si vous cherchez à souligner votre désaccord devant de telles atteintes sans pour autant boycotter les jeux, il se présente à vous une occasion en or pour l'exprimer en toute liberté, tout en donnant un sens historique à vos victoires.
Ce qui fera de votre médaille un objet unique, ce n'est pas l'incrustation d'un disque de jade au revers de chaque médaille, comme on peut l'apprendre dans un communiqué de l'organisation des jeux. Ce qui en fera une innovation audacieuse dans l'histoire de la confection des trophées olympiques, un objet de collection unique, c'est le sens que vous lui donnerez vous-mêmes en posant un petit geste.
Une fois sur le podium, après la réception de votre médaille rien ni personne ne peut vous empêcher de la dédier au peuple tibétain. Avec votre médaille dans la main, il vous suffit simplement d'exécuter face au monde entier un signe de ''Time out'' faisant allusion à la lettre T. T comme Tibet.
Suite à votre geste, vous n'êtes pas obligés de faire un discours ni aucune déclaration à la presse. Pas besoin de crier des slogans genre ''Nous sommes tous des tibétains''. Tout le monde aura compris votre message.
Voici cinq raisons pour justifier et motiver un tel geste:
1- Le Tibet existe comme pays et comme peuple depuis 127 av JC. La Chine a violé la souveraineté du territoire tibétain en 1950.
2- La souveraineté d'un peuple ainsi que la protection de sa culture est un droit inaliénable reconnu par l'Organisation des Nations Unies.
3- Revendiquer le droit des tibétains à leur territoire et à la pratique pleine et entière de leur culture, c'est plus qu'un geste de compassion. C'est un devoir de
solidarité internationale envers un peuple qui a choisi longtemps la non violence comme politique de résistance.
4- Les impacts d'un tel geste, les chinois seront les premiers à en bénéficier. Le respect des droits de l'Homme au Tibet, des millions de chinois le désirent pour
eux-mêmes. Pour une Chine véritablement moderne. Liberté d'expression, liberté de presse, ouverture sur Internet.
5- À quoi ça sert de gagner une médaille olympique, aussi unique soi-elle, si elle contribue à déshumaniser les Jeux et par le fait même, une certaine humanité..?
Si certains parmi vous doutent de la pertinence d'un tel geste ou de son impact auprès du gouvernement chinois, je vous cite l'extrait d'un article publié au Québec, au journal le Devoir le 22 mars 2008 où Gil Courtemanche nous apprend ceci:
''En 1968 à Mexico, les Américains John Carlos et Tommie Smith, médaillés du 200 mètres, avaient brandi un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination raciale dans leur pays. Ils sont passés à l'histoire, et aujourd'hui, sur le campus de la State University de San Jose, une statue rappelle leur geste courageux et exemplaire'' (voir photos ci-bas). Quarante ans plus tard, des millions d'américains blancs envisagent sérieusement de choisir un homme noir comme Président.
Si parmi vous, médaillés québécois, certains réussissent à accomplir un tel geste, sans doute que d'autres médaillés d'autres pays suivront votre exemple. Si au cours des Jeux, vous êtes de plus en plus nombreux à faire un T de vos deux mains, si votre petit geste fait boule de neige, votre plus grande victoire, votre véritable exploit, sera d'avoir réussi à redonner aux jeux olympiques leur dimension initiale, celle que Pierre Coubertin prônait, à savoir que ''le sport est un moyen de redressement de l'esprit''.
Un petit geste pacifique très rarement vu dans l'histoire pour faire réfléchir une partie de l'humanité, dont plus d'un milliard de chinois, sur le sort d'un peuple. Un geste qui peut s'avérer plus efficace que toutes les pétitions et de tous les scénarios de boycottage. Également, un geste qui fera sourire le Dallai Lama, lui-même pratiquant d'une résistance pacifique et spirituelle.
Au cours de l'histoire, le sport n'a t-il pas contribué à éviter des guerres et peut-être même des conflits mondiaux. En appuyant les tibétains et leur chef dans leur résistance pacifique, votre victoire sera aussi de faire mentir ceux qui prétendent que les enjeux et les intérêts commerciaux avec la Chine l'emportent sur les droits fondamentaux d'un peuple de 5 millions. La Chine ne peut accéder à la modernité sans en payer le prix. C'est à dire le respect des droits de l'Homme.
Ne vous laissez pas berner par ce mensonge que le sport et la politique ne vont pas ensemble. Si vous partez avec vos médailles sans faire le moindre geste envers les tibétains, votre silence sera aussi politique. Allez, osez donner une leçon d'honneur à tous ces chefs d'État du monde qui tremblent devant le ''monstre chinois'' en prétendant le faire dans notre intérêt..!!
Petit conseil, si l'idée de faire un T de vos deux mains vous paraît envisageable, n'en parlez à personne avant de le faire. Cela ferait partie de votre exploit..!
Le premier parmi vous qui osera cet été, du haut de son podium avec sa médaille à la main, porter assistance à un peuple en danger, entrera indéniablement dans l'histoire.
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio..
Montréal.
www.souverains.qc.ca/flash4.html
07:22 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.12.2007
Libres de le porter, libres de l'enlever.
Le 10 décembre dernier, Muhammad Parvez d'origine pakistanaise a tué sa fille de 16 ans, Aqsa Parvez, parce que cette dernière ne voulait plus porter le hijab. Ce crime commis dans la région de Toronto serait le premier du genre au Canada. Au Pakistan, on appelle ça un crime d'honneur.
En apprenant cette nouvelle, combien de femmes au Canada, portants le foulard islamique, auraient eu envie de laisser tomber leurs foulards ne serait-ce qu'une journée, pour exprimer toute leur indignation face un crime aussi horrible ?
Qui parmi toutes ces femmes musulmanes voilées de partout au Canada, seraient prêtes à initier une marche à la mémoire d'Aqsa Parvez ? Qui parmi ces femmes, oseraient faire partie de cette marche, la tête dévoilée ? Qui parmi elles, seraient assez lucides pour se dissocier d'une certaine aliénation derrière le voile ?
Voilà une occasion qui se présente à toutes ces femmes musulmanes voilées pour donner un autre sens à ce voile devenu l'objet d'amalgame par excellence.
Se défaire de son voile, le temps d'une marche, est un geste qui me paraît nécessaire dans les circonstances parce qu'il va va dans le sens même de la foi de ces femmes croyantes. Je les invite à poser ce geste symbolique frappant pour rappeler d'abord ce en quoi elles devraient croire profondément, à savoir que Dieu seul donne la vie et Dieu seul peut la retirer. Le prophète des musulmans n'a t-il pas dit qu'une personne qui tue une autre personne tue l'humanité toute entière.
Je les invite à se défaire de leurs voiles pour rappeler aussi qu'elles sont tout aussi libres de le porter que de l'enlever.
Elles sont nombreuses ces femmes musulmanes voilées qui ne manquent pas une occasion médiatique pour affirmer qu'elles portent leurs voiles par libre choix. Au nom même de cette liberté, je les invite à l'enlever pour une bonne cause. Celles qui pensent qu'elles n'ont pas de compte à rendre à personne, le meurtre d'Aqsa doit leur rappeler que certaines femmes ne sont pas au même degré d'exercice de leur liberté.
Le meurtre d'Aqsa Parvez me paraît aussi grave que la tuerie de Polytechnique. Qui mieux que des femmes portants le foulard islamique pour le dénoncer publiquement, en laissant tomber leurs voiles. Libres à elles de le porter à nouveau ou de le laisser tomber à jamais. L'important est de marquer l'imaginaire collectif par un acte de liberté. Ce même acte qu'une jeune fille de 16 ans a payé de sa vie.
Si elles ne sont que trois ou quatre femmes musulmanes à répondre à cette invitation, le combat solitaire d'Aqsa n'aura pas été vain.
Si j'étais une femme musulmane voilée, voilà ce que j'aurais fais. Parce qu'en tuant Aqsa Parvez, on a tué une partie de moi-même..
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio / Montréal
www.souverains.qc.ca/flash4.html
ps: Le 25 février 2004, le Devoir a publié un texte dans lequel je proposais ''Que les jeunes musulmanes françaises tenant à porter leur voile à l'école le laissent tomber une seule fois, mais publiquement''. Cliquez pour la suite , Un autre article sur le voile :
06:05 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Quelques textes publiés
Mon Québec à moi
Le dîner de con n'a pas eu lieu
L'amour avec un grand B
Lettre à Janette: Réaction 1
Lettre à Janette: Réaction 2
Dévoile-thon:
Qui a peur des sans statuts
''Réveillez-vous, avant que nous, on se réveille''
Partir, revenir
Racisme made in Québec
SVP, appelez-le par son nom
Nomination de Michaelle Jean, La souveraineté, la dignité, même combat.
Libération conditionnelles: Ce dont vraiment personne ne parle
03:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.12.2007
Monsieur le Premier Ministre, je vous écris une lettre...
''Dans la définition du Nous québécois, on devrait envisager la possibilité pour un homme musulman
de faire sa prière cinq fois par jour dans une église catholique. Je le fais depuis deux ans''.
Abdelkader Belaouni / le Journal le Métro 27 décembre 2007
Richard Desjardins, Louise Vandelac, Louise Harel; Christian Mistral, Marc Dery; Geneviève Brouillette; Richard Séguin, François Avard; Jamil Azzaoui; Édith Butler, Coral Egan, Catherine Durant; Georges Leroux, Norman Baillargeon, François Gendron et Jean-Pierre Charbonneau font partie de la liste finale des 106 signataires de la lettre adressée au Premier Ministre Stephen Harper lui demandant de poser un geste humanitaire (Voir liste des signataires en bas de la lettre)
Si vous êtes d'accord avec le message de cette lettrejoignez votre nom en bas de la page ainsi que votre fonction. Retournez cette lettre à mon adresse anonymes@sympatico.ca, je me charge après de l'envoyer au bureau du Premier minsitre et aux médias. Il faut agir vite.. (Faîtes circuler SVP)
Merci.
ML
----------------------------------------
Comme vous savez, le 5 décembre dernier, le président français Nicolas Sarkozy a lancé, lui-même, un appel au chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie Manuel Marulanda pour demander la libération de la franco-colombienne, Ingrid Betancourt. Les mots de Sarkozy prononcés en direction de la jungle colombienne sont ceux du premier chef d'État qui ose ce qu'aucun autre chef d'état avant lui n'a jamais osé. Malgré tout ce que je pense de Nicolas Sarkozy et de ses méthodes populistes, je salue solennellement son geste.
En écoutant l'appel de Sarkozy, j'ai pensé à Abdelkader Belaouni qui lutte depuis deux ans, à partir du sanctuaire de l'église St-Charles à Montréal, pour obtenir un statut de réfugié. Bien sûr, Belaouni n'est pas l'otage d'une guérilla et se trouve loin d'une jungle. Le seul point commun entre Belaouni et Betancourt, c'est l'état dégradant de leur santé. En tant qu'aveugle et diabétique, Belaouni aussi se trouve au bout de ses forces. Pour des raisons humanitaires, le Canada doit libérer cet homme de l'angoisse qui le ronge quotidiennement. Le 1er janvier 2008, l'angoisse aura duré deux ans.
Je vous invite Monsieur le premier Ministre à poser un geste humanitaire, un geste courageux qui ne sera pas le premier accordé par le Canada à un demandeur d'asile. Avant lui, plusieurs d'autres algériens ont déjà obtenu le statut de réfugié, pourquoi pas lui? Belaouni ne représente aucune menace à la société, son dossier est celui d'un homme qui a fui un pays où sa vie était en danger. Il y a quelques mois un réfugié iranien a obtenu, pour des raisons humanitaires le statut de réfugié. Lui aussi avait trouvé refuge dans une église anglicane à Vancouver depuis 2004.
Est-ce trop vous demander Monsieur Harper d'accorder un statut de réfugié à Abdelkader Belaouni avant la fin de ce mois pour qu'il célèbre lui aussi Noël, avec ceux et celles qui constituent maintenant sa famille?
Qui au Canada, Monsieur Harper, aurait peur d'un homme aveugle et diabétique? Un homme dont le parcours force compassion et admiration. Après avoir été champion national de judo dans son pays d'origine, le sort lui a réservé un autre destin. Après avoir perdu la vue en 1992, il aurait pu perdre la vie s'il n'avait pas fuit un pays oũ une guerre civile a fait quelques 150 000 morts. Ce sont les menaces répétées contre sa vie qui l'ont poussé à l'exil d'abord aux États-unis, puis au Canada en 2003. En tant qu'aveugle, Abdelkader a toujours peur pour sa vie, sa situation est trop vulnérable devant d'éventuels règlements de compte du passé.
D'autre part, depuis quatre ans, Abdelkader s'est très bien intégré au Canada où il se sent maintenant chez-lui. Il bénéficie d'un réseau de soutien extraordinaire. Cela prouve et confirme les capacités d'intégration de cet homme que ses amis appellent Kader. 54 associations et organismes dont la Ligue des droits et libertés, la Table de concertation Action Gardien de Pointe St-Charles, la Clinique médicale Communautaire de Pointe St-Charles et les Services Juridiques Communautaires de Pointe St-Charles et le Comité « Welfare Rights», ont clairement et officiellement exprimé leur soutien.
Jean Lalande, Coordonnateur de Welfare Rights affirme: "M.Belaouni s'est bien intégré à la vie de notre quartier, participant à de nombreuses activités communautaires et s'étant fait de nombreux amis dans la population locale. Abdelkader est maintenant devenu un des nôtres et c'est pourquoi tant de gens chez nous sont si préoccupés pour sa sécurité". D'ailleurs, 5 citoyens canadiens, issus de sa nouvelle communauté, sont prêts à le parrainer.
J'ai fait la connaissance d'Abdelkader Belaouni en 2005 lors de cette marche de 5 jours de Montréal à Ottawa en solidarité avec les sans-statut. Il ne savait pas alors que sa demande de statut de réfugié allait être rejetée. J'ai parlé longuement avec lui. Ma curiosité n'était plus du journalisme, mais celle d'un homme qui rencontre un autre homme. Il m'a raconté son parcours douloureux mais plein de courage. J'ai noté son humour et son optimisme naturel qui explique pourquoi il avait autour de lui autant d'amis. Des amis qui n'arrivent toujours pas à comprendre pourquoi le statut de réfugié lui a été refusé. Depuis deux ans, personne ne le laisse tomber. Cela explique pourquoi malgré son état de santé très fragile, Kader tient le coup. Cinq fois par jour il fait sa prière dans un sanctuaire catholique.
Monsieur Harper, l'enjeu des sans-statut nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statut et leurs enfants qui partagent déjà les bancs d'écoles avec les nôtre. Mine de rien, ils font partie de nous. ''Il suffit d'ouvrir les yeux'' me disait une femme qui soutient la cause de Belaouni. Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leurs vies.
Kader n'a pas la chance d'avoir le Président français comme ami. Les sans-statuts comme lui ont comme amis des hommes et des femmes ''ordinaires'', des citoyens canadiens qui se donnent corps et âme pour rétablir la dignité. Parfaitement conscients de leurs droits et de leur devoir, le sentiment d'impuissance ne les atteint pas.
Monsieur Harper, les citoyens canadiens qui soutiennent Kader perçoivent le Canada comme la terre des possibles. Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, une femme noire a été nommée au sommet de l'État. De plus en plus de canadiens venus d'ailleurs sont élus à la chambre des Communes et à l'Assemblée Nationale du Québec. Ça serait dans la suite naturelle des choses que de régulariser le statut d'un homme qui a démontré son attachement à sa société d'accueil. Abdelkader Belaouni aime le Canada et particulièrement le Québec parce qu'il s'y sent plus en sécurité. Avec autant de solidarité, comment ne peut-il pas se sentir chez-lui?
Monsieur le Premier Ministre, puisque les promesses de plusieurs députés de l'opposition ne donnent apparemment aucun résultat, je vous écris une lettre, vous la lirez peut-être, si vous avez le temps. C'est le temps des fêtes, le temps de poser un geste d'humanité.
Allez-y, SVP faites-le, je vous le demande solennellement.
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio
anonymes@sympatico.ca
Appuyé par :
1- Louise Vandelac Professeure à L'UQAM
2- Richard Desjardins Artiste / Montréal
3- François Avard Auteur / Montréal
4- Richard Séguin Auteur - compositeur - intérprète
5- Edith Butler Artiste/ MONTREAL
6- Jamil Azzaoui Artiste/ Montréal
7- Catherine Durand Auteure-Compositrice-Interprète
8- Georges Leroux Professeur à l’UQAM
9- Coral Egan Artiste / Montréal
10- Pierre Jasmin Professeur à l'UQAM et président des Artistes pour la Paix
11- Marie-Michele Poisson Professeure de philo au CEGEP Ahuntsic
12- Clotilde Bertrand Membre d'Amnistie internationale / Montréal
13- Marcela Valdivia Avocate
14- Claude Grégoire Réalisateur / chargé de cours, Université de Montréal
15- Majid Blal Auteur, poète, chroniqueur et économiste / Sherbrooke
16- Nicodème Camarda Poète / Montréal
17- Bruno Bouliane Cinéaste / Montréal
18- Isabelle Burgun Journaliste / Montréal
19- Bianca Côté Auteure / Montréal
20- Nicole Fontaine Écrivaine / Eastman
21- Anne Lescot Cinéaste / membre du Collectif 2004 Images (Paris)
22- Tony Tremblay Poète, écrivain et communicateur
23- Béchir Gacem Éditeur
24- Silvia Martinez Féministe et Organisatrice communautaire
25- Denis Kosseim Professeur de philosophie Collège André-Laurendeau
26- Priscilla Bittar Conseillère syndicale CCMM-CSN
27- Clément Trudel Journaliste (retraité) / Percé
28- Alain Gerbier Journaliste / Sculpteur / Montréal
29- Bruce Katz Membre fondateur du groupe Palestiniens et Juifs (PAJU)
30- Louise Dugal Cinéaste
31- Jean-Luc DION Ingénieur / Trois-Rivières
32- Thibaud de Corta Artiste / Montréal
33- Audrey Bernard Artiste chanteuse / Montréal
34- Claire Vezina Musicienne, auteure-compositeure / Québec
35- Kattam Laraki-Côté Musicien percussionniste / Montréal
36- Pascale Hamet Intervenante en santé mentale / Montréal
37- Jean-Luc Thievent Artiste / Montréal
38- Amghar Mohammed Karim Rapeur & Poète urbain.
39- Céline Flahault Artiste / Montréal
40- Gaëtan Dostie Écrivain / Montréal
41- Serge Lemire Animateur radio / Sherbrooke
42- Mélissa Lavergne Musicienne percussionniste / Montréal
43- Eric Allain Agent d'artistes / Montréal
44- Geneviève Bilodeau Artiste / Montréal
45- Caroline d'été Auteur-compositeur-interprète / Montréal
46- Denise Babin Membre de l'AQOCI / Montréal
47- Anne-Marie Gélinas Auteure - compositeure - intérprète / Montréal
48- Lundo Musicien / chango family / Montréal
49- Martin Petit Chercheur socioéconomique IRIS / Montréal
50- Philippe Côté Artiste urbain / Montréal
51- Aicha Barkatis Sociologue
52- Karine Chapdelaine Artiste/ Montréal
53- Pierre-Alain Cotnoir Chercheur / Montréal
54- Aldo Miguel Paolinelli Montréal
55- Annie Bujo Artiste / Montréal
56- Maryse Letarte Auteur-compositeur-interprète / Mont-St-Hilaire
57- Bruno Dubuc Rédacteur / vidéaste / Montréal
58- André Le Corre Fondateur du groupe de Montréal des AmiEs du Monde Diplomatique
59- Rachad Antonius Professeur de sociologie a l'UQAM
60- Claire Lapointe Coopérante au Mali
61- Louise Harel Députée Hochelaga-Maisonneuve
62- Jack Costello Director, Jesuit Refugee and Migrant Service / Toronto
63- Marcel Sévigny Résident de Pointe-Saint-Charles et membre du comité de soutien à Kader
64- Marco Silvestro Étudiant au doctorat en socio, UQAM Chargé de cours en socio, UQAM / Résidant de Pointe-Saint-charles
65- Stéphane Gendron Maire de Huntingdon / animateur radio.
66- Ratiba Hadj-Moussa professeur de sociologie à l'Université York (Toronto)
67- Éric Tadros Artiste
68- Chafiik Membre de Loco Locass / Montréal
69- Marie-Claude Gagnon Auteure et professeure de communication
70- Isabelle Baez Enseignante èa l'UQAM et journaliste
71- Sylvain Beaudet Platrier
72- Yves Poisson Professeur retraité / Université Laval
73- Marc Déry Artiste / Montreal
74- Audrey Camirand Artiste et professeur / Centre du Québec.
75- Geneviève Lambert-Pilotte Intervenante chez Les Scientifines
76- David Barbeau Médecin / Montréal
77- Isabelle Senécal Psychologue / Hôpital du Sacré Coeur / Montréal
78- Alexandre Senécal Médecin vétérinaire / Montréal
79- Philippe Robert de Massy Avocat
80- Lou Vercelletto Étudiante en cinéma / Montréal - Lyon
81- Louise Boivin Doctorante en relations industrielles
82- Nadia Ghalem Écrivaine
83- Anna Kruzynski Professeure adjointe, École des affaires publiques et communautaires, Université Concordia
84- Sonia Béland Intervenante en sécurité alimentaire / Montréal
85- Christian Mistral Écrivain.
86- Éric McComber Écrivain
87- Norman Baillargeon Professeur èa l'UQAM
88- Maria-Hélèna Pacelli Photographe / Montréal
89- France Gauthier Journaliste, animatrice et auteure
90- Denise Robitaille-Robert, psychologue, psychothérapeute.
91- Dany Lafrenaye Capitaine.
92- Maryse Beauregard Producteur
93- Louise Caroline Bergeron Maitrisante en philosophie pour l'enseignement au collégial / Sept Îles.
94- Marie-Thérèse Fortin Directrice artistique / Montréal
95- Geneviève Brouillette Actrice / Actrice
96- Gaston Bellemere Éditeur
97- Nathalie Collin Recherchiste Radio / Huntingdon
98 - Marc Chabot Parolier / Québec
99- Iolande Cadrin-Rossignol Réalisatrice, scénariste
100- Khadija Mounib Conseillère en développement de carrière
101- Jean-Pierre Charbonneau Ancien président de l’Assemblée nationale du Québec
102- Guy Robert Psychologue
103- Gabor Szilasi photographe
104- Ève Lamont Documentariste
105- Yves Robitaille Administrateur errant et conteur ambulant, Montréal
106- Françcois Gendron Député d'abitibi-ouest
Reportage L'appel du sanctuaire. Cliquez :
02:20 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.11.2007
La bonne cause au cachot
Cet article est paru dans Voir et le Devoir en juin et juillet 1998.
----------------------------------
Les causes difficiles à défendre sont-elles nécéssairement perdues..? Les sans patries, les sans-abri, les sans voix, les exclus, les détenus.. Dans le cas de ces derniers, je crois qu'il y a toujours une part de responsabilité collective derrière chaque crime. C'est ce qui justifie, à mon avis, de faire de la réinsertion sociale des personnes incarcérées une cause sociale tout aussi importante que celle du sida, de la pauvreté ou de la mal nutrition des enfants.
Mais comment expliquer aux « honnêtes citoyens », qu'un détenu récidiviste a autant besoin d'aide qu'un malade du sida. Qu'avec un taux de récidive de plus 60% sur l'ensemble des détenus au Québec, la réinsertion sociale des personnes incarcérées n'est pas encore notre choix de société. Et pourtant, la réinsertion sociale des personnes incarcérées est la solution la plus économique à une véritable sécurité publique. De quoi donc souffre cette cause pour qu'elle soit aussi impopulaire..?!?
Elle est victime d'un manque de beauté. Un manque de marketing..!
De nos jours, les causes ne se contentent pas d'être bonnes, elles doivent aussi être belles. Pour cela, elles s'associent à des noms célèbres. Céline Dion et les autres que vous connaissez bien, parce qu'ils passent à la télé et donnent des autographes par milliers. Aujourd'hui, une bonne cause, ne peut exister sans être associée à un artiste très aimé de tous. Ainsi le veut le start- système..!
Quel organisme communautaire n'a pas fait appel à un artiste pour vendre sa cause..? Quel gérant d'artiste n'a pas magasiné dans le marché florissant des bonnes causes celle qui colle le mieux à l'image de son client. Parce qu'une cause, disons le, est très payante pour un artiste. Qu'il soit débutant ou non. Les retombées sont plus importantes que vous pouvez imaginer. Une publicité gratis. Les spécialistes de la pub vous le diront. Les produits les plus populaires ne peuvent se passer de publicité. C'est ainsi que certains artistes fonctionnent. C'est ainsi que les bonnes causes vivent. Un échange de service.
Et pourtant, je suis pour l'engagement social des artistes. Depuis huit ans j'ai invité moi-même quelques deux cents artistes québécois à rencontrer quelques 4000 détenus de Bordeaux dans le cadre de l'émission radiophonique « Souverains anonymes ». Je les invitais en tant qu'artistes citoyens. En tant que représentants de la communauté. Ces artistes, poètes et écrivains, pour la plupart, ils participent à la vie communautaire de leur environnement sans trompette ni tralala. En rencontrant les Souverains de Bordeaux, ils ont contribué à élargir l'ouverture des personnes incarcérées à la communauté. L'artiste citoyen est celui qui est au service d'une cause et non l'inverse. Ce que retiennent les auditeurs de l'émission Souverains anonymes, c'est moins les réponses des artistes-invités que les questions des Souverains. Des questions dans lesquelles les détenus se racontent et se réhabilitent en hommes libres d'esprit. Rien dans leur propos qui pourrait conforter nos préjugés sur les criminels.
De ces rencontres entre artistes d'en dedans et artistes de dehors, est né l'album « Libre à vous » lancé en octobre dernier. Un album bénéfice au profit du Fonds des détenus de Bordeaux. Une cinquantaine d'artistes, chanteurs compositeurs et musiciens, ont accepté de prêter leur savoir faire pour mettre les créations poétiques des détenus dans un album de chansons pour exprimer en toute liberté ce que les murs et l'indifférence réduisent au silence. L'objectif ultime d'une telle démarche à la fois sociale et artistique est simple, rappeler que la réinsertion sociale des personnes incarcérées est une cause sociale bonne à défendre. C'est l'affaire de tous.
Dans l'album « Libre à vous » les détenus sont les principaux artisans de leur cause. En tant qu'initiateur du projet, je souhaitais que les Souverains anonymes participants à l'album, seraient eux-mêmes les portes paroles de leur cause, accompagnés parfois par des artistes-invités de l'album.
Mais les recherchistes de certaines émissions populaires, vitrines de nos produits culturels, ne voient pas la chose de cette façon. Parce que la sacro-sainte formule des bonnes causes en vogue ne fait pas partie de ma stratégie de promotion. Aucun artiste-vedette-vendeur n'est associé officiellement à Souverains anonymes comme porte-parole, et ce malgré la participation de plusieurs artistes populaires dans l'album « Libre à vous ». Les animateurs vedettes accordent aux artistes portes paroles des causes sociales plus de temps pour raconter leur dernier voyage ou leur régime amaigrissant que d'expliquer la cause qu'ils représentent. Généralement, on reserve les trente dernières secondes de l'entrevue pour souligner la cause. Je me suis donné le droit de refuser tout scénario d'entrevue ou on ferait des représentants de l'album « Libre à vous » des bouche-trous. Pas question non plus d'envoyer seul un des artistes vedettes de l'album à une de ces émissions populaires.
La recherchiste d'une émission de Radio Canada a poussé le ridicule jusqu'à faire appel à des artistes connus qui ne font même pas partie de l'album pour en parler. Une autre voulait recevoir Christian Mistral (auteur d'une des chansons de l'album) pour lui faire dire des choses croustillantes sur ses déboires avec les femmes. Dans une autre émission, on voulait bien recevoir un ex-détenu, mais d'avantage pour parler de son passé criminel que pour dire son cheminement vers la réinsertion. Pour d'autres recherchistes, il n'est pas question d'associer leurs prestigieuses émissions à des ex-criminels (pour sauver les APPARENCES). Je vous laisse deviner les noms de ces émissions populaires dont les animateurs vedettes sont devenus nos spécialistes dans l'art de combler le vide par le vide. Heureusement, il y a les autres émissions que je salue bas de résister à la médiocrité.
Aujourd'hui, certaines bonnes causes en cache d'autres. Cherchez l'erreur..
Mohamed Lotfi
13:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.10.2007
L'identité au cœur d'un projet politique.. Dangereux..!
Pour un mieux vivre ensemble, le concept de citoyenneté s'est élargi au cours de l'histoire en incluant des réalités politiques, sociales, économiques et écologiques. Dans le contexte québécois, un projet de citoyenneté devrait tenir compte de ces facteurs dans un esprit rassembleur. La reconquête du pouvoir est légitime, mais instrumentaliser des préoccupations identitaires pour y arriver c'est gravement dangereux.
En mettant l'accent sur l'apprentissage du français du nouvel arrivant, le projet de loi du PQ réduit une question de citoyenneté à une affaire d'identité.
Oui, le français est au cœur de l'identité québécoise, mais comme dirait Amine Maalouf, ''l'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence.''. Cela va sans dire aussi bien sur le plan personnel que collectif. Le français d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Il a pris des couleurs nouvelles, des accents plus variés et des tournures qui reflètent un imaginaire collectif plus riche. La langue est la même, mais le langage est en permanente évolution.
C'est moins la perte du français qui inquiète certains québécois dits de souche que l'avènement de langages différents portés par des cultures différentes. Ainsi, la jeune fille née ici mais de parents libanais, bien qu'elle parle un français bien ''de chez-nous'', elle participe, mine de rien à une transformation du langage en concert avec des milliers d'autres enfants d'immigrants.
Dans son livre '' Je nous et les autres, être humain au-delà des appartenances'' (Aux éditions Le Pommier), François Laplantine avance que '' L'identité "propre" conçue comme propriété d'un groupe exclusif serait inertie, car n'être que soi-même, identique à ce que l'on était hier, immuable et immobile, c'est n'être pas, ou plutôt n'être plus, c'est-à-dire mort''. Maalouf appellerait cela une identité meurtrière.
Par ailleurs, plusieurs études démontrent que depuis les 25 dernières années les immigrants au Québec s'intègrent plus facilement et cela malgré le chômage qui les touche ici plus que partout ailleurs au Canada.
Je crains que le PQ, qui est à l'origine de la déconfessionnalisation du système scolaire ne débarque du train que lui-même a fait avancer. Au lieu de concentrer ses efforts sur la conception d'une charte de laïcité à la québécoise, le PQ dérive sur une voie qui risque de l'éloigner d'un projet rassembleur et politiquement rentable.
Mohamed Lotfi
08:00 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.10.2007
Immigrant et laïque, c'est possible...!
Mais de quels immigrants parle t-on ? L'article fait allusion à six personnes du Groupe d'action politique des Québécoises et Québécois issus de l'immigration du Parti québécois (GAP-QI), qui ont exprimé par une lettre, publiée le même jour au Devoir, leur réserve face au projet du PQ de proposer une charte sur la laïcité. En quoi les propos de six immigrants seraient représentatifs de tous les immigrants ?
Quand la responsable du GAP-QI, Madame Kerlande Mibel, dit que «parler de laïcité, c'est une façon de masquer l'intolérance», je lui rappelle qu'une partie de la population du Québec, qu'elle soit issue de l'immigration ou pas, exprime la même réserve face à la laïcité. Je lui rappelle aussi que le débat au Québec sur la place de la religion ne date pas d'hier. La marche du Québec vers la laïcité est entamée bien avant l'arrivée des foulards islamiques et des kirpans.. Nous connaissons l'histoire du Québec des cinquante dernières années.
Par ailleurs, je suis d'accord sur le constat que fait le GAP-QI, quand il affirme que certains politiciens, essayent de récupérer le débat actuel sur les accommodements pour provoquer un antagonisme qui n'a pas lieu d'être. Nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission Bouchard-Taylor que le retour du religieux n'est pas uniquement l'affaire de certains immigrants. Effectivement, la laïcité ne doit pas être présentée comme un instrument de protection contre les nouveaux arrivants. Mais ce n'est pas parce que certains politiciens messagers se montrent confus, maladroits ou populistes que pour autant il faut tirer sur le message.
J'apporte à la connaissance du GAP-QI, mais aussi à certains élus du Québec, que certains québécois issus de l'immigration, dont moi-même, sont tout aussi attachés à la laïcité que certains québécois dits de souche. Cela aussi, nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission. Les valeurs d'égalité homme-femme, de non violence ou de laïcité sont, pour moi, des valeurs universelles partagées par d'autres citoyens du monde dont plusieurs arrivent un jour ici.
Cette valeur universelle qu'est la laïcité demeure très mal comprise par une partie des citoyens du Québec qu’ils soient immigrants ou pas. Je dis à ceux et celle qui la considère comme une religion que cela a pris plus d'un siècle après la révolution de 1789 avant que la France instaure une loi sur la laïcité en 1905. Ni foulards islamique, ni kirpans ne circulaient alors dans les rue de Paris.. La laïcité a fini par s'imposer comme alternative pour mettre fin à des siècles de guerres de religion et pour stopper le pouvoir l'Église sur les affaires de l'État.
Dans le contexte actuel, une charte sur la laïcité serait le meilleur accommodement que le Québec peut s'offrir. Cela aura pour résultat de favoriser une meilleure cohabitation entre les québécois quelque soit leurs origines et leurs appartenances religieuses. Cela ne veut pas dire la disparition de Dieu dans la vie des gens. Encore moins la disparition de la Croix de Mont-Royal ni de la fête de Noël. On ne deviendrait pas croyant à temps partiel, parce que selon la nouvelle charte, les signes religieux ne seraient plus portés par les représentants de l'État dans l'exercice de leurs fonctions.
Cette uniformalisation de la société québécoise dont Madame Kerlande Mibel semble avoir peur n'aura pas lieu. Dans les rues, les supers marchés, les parcs, les restaurants et dans les transports en commun, les gens continueront à porter les signes qu'ils désirent, excepté dans les institutions de l'État surtout lorsqu'ils sont en situation d'autorité. Les juges, les profs, les policiers et les pompiers. Par ailleurs, cette règle ne devrait pas concerner les élèves, les étudiants, les patients dans les hôpitaux ainsi que des personnes incarcérées, puisqu'ils ne représentent pas l'État.
Dans les institutions publics, un employé n'aurait pas à faire de choix difficile entre sa foie et sa profession. Le fait par exemple qu'une femme musulmane policière, gardienne de prison ou professeur enlève son voile pour pratiquer sa profession ne l'empêche pas de rester croyante. Ne fait pas d'elle une moins bonne musulmane. Dans une classe d'école, des élèves de différentes appartenances religieuses devraient percevoir leur professeur d'abord comme une professeure. Une musulmane riche de sa foie ne devrait aucunement avoir de problème avec une telle mésure.
N'importe quel parti politique au Québec n'attisera aucunement ma colère s'il adopte une charte sur la laïcité Made in Québec. Cela doit être fait cependant avec beaucoup de pédagogie et dans un esprit du bien commun ce qui, à cause de certaines luttes partisanes, n'est pas toujours le cas.
Mohamed Lotfi
10:45 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Speak white, version Marois..!
Insérer le droit à l'apprentissage du français pour tous dans une nouvelle charte des droits c'est louable, mais l'obligation d'apprentissage pour les immigrants comme une condition sine qua non à l'obtention de la citoyenneté québécoise me paraît inacceptable constitutionnellement. À défaut d'une connaissance appropriée du français, le nouvel arrivant, ne pourrait se présenter aux élections municipales, provinciales, financer un parti politique et présenter des pétitions ! Je doute sur l'éffécacité de cette manière..
Actuellement, trois partis politiques au Québec se disputent un concours de populisme. Lequel des trois va t-il se montrer le plus transigeant envers l'immigrant..? Comme si la qualité du français, la laïcité et l'identité ne peuvent être abordés que sur le dos de l'immigrant.. Comme si le Québec n'était pas capable de se tenir debout sans se pencher sur le nouvel arrivant, devenu objet de toutes les imperfections.. Je vois que la panique s'empare du PQ. S'il était l'opposition officiel, ce projet de loi aurait été certainement plus nuancée. Le PQ que je connais ne participe pas à un concours de girouettes.
Depuis l'annonce de ce projet de loi sur la citoyenneté, il y'a deux jours, j'ai reçu les commentaires de plusieurs personnes issues de l'immigration qui m'ont fait part de leur équeurement. Il faut dire que ce projet tombe à un moment ou les émotions sont vives. Mais au delà des réactions, le projet de Pauline demeure une astuce politique pour reconquérir le pouvoir. Pour piger dans l'assiette de Mario Dumont.. Par les temps qui courent, il est rentable apparemment politiquement de taper sur l'immigrant pour marquer des points, certains médias aidant.
En 95 Parizeau accusait le vote ethnique d'avoir empêché le Québec d'accéder à son indépendance. 12 ans plus tard, les comportements de certains politiciens, y compris celui de Pauline Marois n'a rien de rassurant pour des immigrants qui voient dans certains points de ce projet de loi, une façon de les traiter de citoyens de secondes zones.
Je suis d'accord pour sauvegarder le caractère français du Québec. Mais les manières policières, beaucoup d'immigrants les ont fuient. Si l'homme en politique c'est le style, la femme aussi. Je crains qu'à force de se montrer transigeant, on révèle une vulnérabilité qui aura l'effet contraire sur les résultats attendus. Une vulnérabilité qui, j'espère, n'est pas partagée par tous les membres du Parti québécois.
Je crois que le Québec peut continuer à progresser à plusieurs niveaux, en étant le model de ce qu'il attend des immigrants et non pas une police. Faut-il nécessairement vivre l'exil pour ressentir l'âme de l'exilé et sa sensibilité au rejet..?
J'invite Madame Marois et son parti à nuancer son projet de loi en mettant d'avantage l'accent sur la conception d'une charte de laïcité en considérant certains points que je propose dans mon texte précédent ''Immigrant et laïque, c'est possible''.
Mohamed Lotfi
Ps: Je ne discute pas la finalité du projet du PQ mais la manière avec laquelle il s'y prend.. Une autre manière aurait été plus efficace à mon avis pour intégrer le nouvel arrivant au français, c'est de lui offrir du travail. Or, au Québec, il y'a 2 fois plus de chômage chez les immigrants que dans le reste du Canada. Les arabes et les noirs sont les plus touchés.. Le hasard veut que les arabes soient les plus diplômés.. 28 % des magrébins sont en chômage. L'astuce réside dans le fait qu'il est moins payant politiquement pour le PQ d'insister sur une politique de l'emploi inclusive que de se montrer transigeant envers le nouvel arrivant..
Le paradoxe du Québec est d'exiger l'intégration de l'immigrant tout en continuant à l'exclure des postes importants. Imagine une sec le nombre d'immigrants en chômage qui se sont dits depuis 2 jours, ''Ah, je le savais qu'ils étaient racistes''. Je sais qu'il faut arrêter d'être impressionné par de tel remarques, mais n'ajoutons pas de l'huile sur le feu.. ''La politique c'est l' art de se servir des gens'', c'est aussi un art pour les servir, les unir autour d'un projet commun et rassembleur.
Non, on ne veut pas d'immigrants dans les postes clefs.. Monssif Guitouni en sait quelque chose. Voici un immigrant souverainiste qu'on a sali et expulsé de son poste de président de l'ADQ en 1994. Ironique d'entendre un an plus tard Parizeau pointer le vote ethnique. Personne ne pourrait affirmer que cette expulsion n'a rien changé au résultat du vote..! Comment expliquer l'acharnement exercé sur cet homme. En lisant ''Le Complot'' de Daniel Martin, on découvrire la commande avant les commandites..! J'aurais appeler ce livre ''L'art de se tirer dans les pieds''.
Avant de démontrer la confiance en soi devant l'autre, il faut d'abord l'acquérir pour soi. L'autre n'aurait d'autre choix que de la reconnaître et de l'apprécier.
10:45 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.10.2007
Le dîner de con n'a pas eu lieu
Non, il n'aura pas eu lieu finalement ce dîner de con auquel l'imam Saïd Jaziri a été invité au dernier enregistrement de l'émission Tout le monde en parle, au grand dam des responsables de l'émission et les autres invités.
Une heure avant son apparition sur le plateau, un proche de l'imam a appelé pour annoncer qu'il ne peut se présenter pour des raisons de santé. L'animateur et ses invités avaient l'air très déçu par ce qu'ils ont considéré comme un manque de savoir vivre de la part de l'imam. L'animateur de TLEMP est allé jusqu'à qualifié le faux banc de Jaziri ''d'un manque de respect à notre communauté'', mais au nom de quelle communauté parles-tu Guy-A..?
Voilà le genre de détails qui trahissent ce ''Nous'' exclusif qui représente le paradoxe québécois. On fait appel à l'intégration de l'immigrant tout en continuant à le considérer comme l'autre, ''de la visite'' ! Bref, passons.
Ce n'est pas la première fois qu'un invité ne se présente pas au plateau de TLEMP ou le quitte au milieu de l'entrevue, mais le cinquième invité de la dernière émission aura brillé plus par son absence que par sa présence. Chaque invité est allé de son petit commentaire dont le plus intéressant est celui de la célèbre animatrice Suzanne Levesque qui regrettait de ne pas avoir l'imam en face d'elle pour lui demander pourquoi est-il trop présent dans les médias alors qu'il n'est pas représentatif des musulmans du Québec ?
Enfin une question pertinente, mais que Suzanne Levesque aurait dû poser plutôt directement à Guy-A Lepage lui-même. D'autant plus que ce dernier n'a pas manqué de souligner que son émission avait reçu une centaine de courriers de la part des musulmans du Québec pour demander de ne pas inviter cet homme. Eh oui Guy-A, pourquoi as-tu invité cet homme ? Est-ce parce que ''tout le monde a parlé'' de ses propos sur le vin et l'homosexualité à l'émission le 3950 ? À mon avis, en invitant Rachid Badouri, dimanche dernier, c'est la meilleure réplique que ton émission a pu faire à celle de Mervil.
Depuis quelques mois, avec le débat sur les accommodements, de tous les musulmans du Québec, certains médias s'acharnent à inviter particulièrement celui par qui le scandale arrive. Un homme avec des antécédents judiciaires en France, menacé de déportation par les autorités canadiennes et qui a déjà eu le projet de construire une grande mosquée au Centre-ville de Montréal. Mais le scandale réside moins dans ces informations sur le passé de l'imam que sur le fait que certains médias le prennent pour un con qu'on invite régulièrement pour amuser la galerie. Et si son refus de ne pas se présenter à l'émission était simplement sa façon de dire ''Je suis moins con que vous ne le pensez''.
Il existe au Québec des milliers de musulmans capables de s'asseoir à une table et accepter de bavarder avec des chrétiens, des juifs, et des bouddhistes sans être le moindrement dérangés par une bouteille de vin au milieu de la table et encore moins de traiter les homosexuels de malades. Mais ceux que je connais ne diront pas nécessairement ce que ces médias aimeraient toujours entendre. On n'invite pas la nuance.. C'est tellement plus amusant, pour ne pas dire payant, d'inviter un imam qui ne représente que lui-même, pour réconforter certains préjugés sur l'islam et les musulmans.
Je ne reviendrai pas sur les propos de Jaziri sur le vin et l'homosexualité à l'émission de Luck Mervil. Pour moi, cet homme demeure une autre version du conseiller municipal d'Hérouxville. C'est à dire une personne très maladroite pour parler de choses sérieuses et que certains médias utilisent pour mousser leurs spectacles. Je ne sais pour quelle raison véritable, il a décidé de ne pas se présenter à TLEMP. La suite des choses nous dira lequel entre Jaziri et certains médias continuera à jouer au plus con..
Mohamed Lotfi
17:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01.10.2007
L'immigrant parfait et le paradoxe québécois..
Pour ajouter au ridicule de la perfection, pourquoi pas mettre en priorité des immigrants qui répondraient à des critères optionnels. Les blancs, les blonds, les grands et ceux dont les yeux sont couleur d'azur. Ne parlons pas de ceux dont la langue, la cuisine et le vin seraient exclusivement français..!
Blague à part, au fur et à mesure que la Commission fait son tour du Québec, la plupart des propos entendus jusqu'à maintenant orientent le débat vers la place de l'immigrant et son intégration alors que la place de la religion en société devrait à mon avis être la question fondamentale. Le débat sur la place de la religion au Québec est entamée depuis presque 50 ans. Bien avant l'arrivée des foulards islamiques et les kirpans.
Quelques mois avant le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, certains médias et politiciens avaient savement entretenu la confusion entre immigration et religion. Deux débats qui méritent d'être abordés séparemment. En mélangeant les deux débats lors des forums de la Commission, on peut observer à quel point l'immigrant parfait, est devenu la nouvelle obssession d'un Québec qui se découvre soudainement lui même imparfait. À force de pointer les signes religieux de certains immigrants, beaucoup de québécois ont soudainement découvert que des signes et des pratiques de la religion catholique ne sont pas totalement absents de certaines institutions du Québec. Je crains que la Commission, malgré certaines mises au point de Gérard Bouchard, ne fassent que cultiver le paradoxe.
Déjà le 26 mai 2005, les députés de l'Assemblée Nationale avaient consacré le paradoxe québécois en matière de religion en votant à l'unanimité (dans une salle où le crusufix est exposé depuis 1936) la fameuse motion interdisant tout tribunal islamique. Personne de ceux et celles qui prônent la laïcité comme solution idéale dans notre culture commune, n'avaient noté l'absence d'une nuance de taille dans cette motion. La marche du Québec vers la laïcité aurait fait tout un pas si la motion interdisait plutôt tout tribunal de type religieux. Mais le courage politique n'était pas au rendez-vous.
Sous prétexte que l'Ontario a failli introduire un tribunal islamique, les élus du Québec ont senti l'obligation d'envoyer un message clair, mais à qui ? Personne au Québec n'avait fait la requête d'un tel tribunal. Je ne connais aucun musulman du Québec qui a déjà senti le besoin d'être jugé selon d'autres lois. Le code civil au Québec ne donne, de toute façon, aucune chance à l'avènement d'un tel tribunal. Mais puisqu'un avertissement devait se faire, pourquoi ne pas l'avoir fait simplement sous forme de Déclaration, à savoir que désormais le Québec est une société laïque. Un nouveau tribunal de quelque religion que ce soit ne serait pas le bienvenu. Cette nuance de taille a échappé même à mes amis du Mouvement Laïque Québécois qui ont applaudit cette motion en sous-estimant les conséquences de l'amalgame qu'elle contient et son impact sur l'opinion publique.
Lorsqu'on veut protéger sa maison du vol, on ne programme pas de codes qui permettraient à certains voleurs, mais pas à d'autres, de franchir la porte. La motion du 26 mai 2005, laisse entendre que la laïcité au Québec est de mise uniquement quand il s'agit d'islam ou de musulman. Ce n'est pas étonnant que la confusion régne encore dans les forums de la Commission.
La tragédie du 11 septembre et les deux guerres qu'elle a provoquées en Irak et en Afghanistan, devrait plus que jamais nous rappeler que la laïcité est née comme alternative suite à des siècles de guerres de religions. Le 11 septembre aura eu raison de nous si le raisonnable fait place à un certain aveuglement. Aussi longtemps que le Québec ne se dotera pas d'une charte sur la laïcité, les confusions, les amalgames et les paradoxes subsisteront. De toutes les interventions aux différents forums de la Commission Bochard-Taylor, je note celle d'un jeune de St-Jérôme qui rappelait avec raison que nous n'avons qu'à être le modèle de c



Richard Desjardins, Louise Vandelac, Louise Harel; Christian Mistral, Marc Dery; Geneviève Brouillette; Richard Séguin, François Avard; Jamil Azzaoui; Édith Butler, Coral Egan, Catherine Durant; Georges Leroux, Norman Baillargeon, François Gendron et Jean-Pierre Charbonneau font partie de la liste finale des 106 signataires de la lettre adressée au Premier Ministre Stephen Harper lui demandant de poser un geste humanitaire (Voir liste des signataires en bas de la lettre)